Foot - Chambly - Bruno Luzi raconte son départ après 31 ans à Chambly : « C'est un déchirement »

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Après trente-et-un ans passés au FC Chambly, qu'il aura mené du niveau départemental à la Ligue 2, comme joueur puis comme entraîneur, le coach picard a démissionné vendredi. Un choc, dans cette ville de 10 000 habitants, où il était le Guy Roux local. Pour sa première saison en Ligue 2 et avec l'un des plus petits budgets du Championnat, le FC Chambly a réussi l'exploit de finir à la 10e place, et d'assurer son maintien. Mais le club de l'Oise doit faire face depuis vendredi à un coup de tonnerre : la démission de son coach emblématique. « Vous avez décidé de démissionner de votre poste d'entraîneur du FC Chambly, après avoir passé trente ans dans ce club, comme joueur puis entraîneur. Que s'est-il passé ?
En début de saison, nous nous étions dit avec le président (Fulvio, son frère aîné) que ce serait sans doute ma dernière saison ici. Les choses se sont passées comme on l'avait prévu. C'est le moment de donner un nouvel élan au club, un nouveau souffle. Pour notre première saison en L2, on a fini dixièmes. Je pense que c'est une très bonne saison, une excellente performance avec nos moyens. Mais quitte à partir, autant le faire maintenant ; le club a quatre mois devant lui pour trouver un successeur. C'est le bon moment. Vous partez pour raisons personnelles ? Le courant ne passait plus avec votre frère ?
Si c'était le cas, de toute façon, vous vous doutez bien que je n'en parlerai pas dans les médias. Je n'ai pas envie de tout raconter, personne n'a envie de faire ça. On n'est pas là pour s'épancher là-dessus. Des désaccords, il y en a toujours, dans les clubs, entre dirigeants. On n'est pas fâchés. « Je suis sur le marché. Si mon profil peut intéresser quelqu'un » Partez-vous sur un coup de tête ?
Non, je vous dis, on parlait déjà de mon départ il y a un an. C'est une décision qui mûrissait. Le club a fait une bonne saison, ses structures avancent (la construction du nouveau stade, qui a obligé l'équipe à jouer à Beauvais et à Charléty, cette saison). Si le club était en moins bonne posture, dans une division inférieure, je ne serais peut-être pas parti. Mais on est stabilisé au niveau professionnel, il ne reste plus qu'une marche à gravir. Vous étiez là depuis 1989, à la création du club et vous habitez Chambly. Votre départ devrait laisser un immense vide, non ?
Certainement, forcément, je ne vais pas vous dire le contraire. J'étais un peu le Guy Roux local, j'espère que je saurai rebondir ailleurs, que je saurai être aussi bon ailleurs qu'à Chambly. Pensez-vous le club capable de s'en remettre ?
Sincèrement oui. Je lui souhaite. De quoi avez-vous envie désormais ?
Je suis sur le marché. Si mon profil peut intéresser quelqu'un. Je n'en sais rien. Peut-être que des gens se disent que je ne serai bon qu'à Chambly, et nul ailleurs. Peut-être que des gens penseront le contraire et me donneront ma chance. Je suis ouvert à tout, mais surtout à un projet en France. À l'étranger, j'aimerais bien entraîner un jour en Italie. Mais bon, ça me parait tellement loin la reprise du foot, dans cette période de crise sanitaire. « Ça nous fera tellement bien de faire un bout de chemin les uns sans les autres » Vous donnez le sentiment de partir à contrecoeur ?
Oui, forcément, c'est un déchirement. Vous croyez que c'est facile ? Chambly sera toujours dans mes pensées, dans mon coeur. Ce club sera toujours en moi. Ce n'est peut-être qu'un au revoir, pas un adieu. Mais ça nous fera tellement bien de faire un bout de chemin les uns sans les autres. J'avais toujours été là et voilà. Mais il faut le faire. Maintenant. Il y a deux ans et demi, au début de la saison 2017-2018, vous aviez proposé votre démission mais elle avait été refusée. Qu'est-ce qui a fait la différence, cette-fois ?
À l'époque, on avait eu un début de saison compliqué en National, je ne sentais pas trop l'adhésion, j'avais le sentiment que ce serait mieux sans moi, j'étais volontaire pour qu'on change les choses et qu'on voie de nouvelles têtes. Mais on était en cours de saison et les dirigeants m'avaient dit de continuer. Finalement, j'étais resté et on était allés en demi-finale de la Coupe de France (éliminé par les Herbiers 2-0). Là, on est en fin de saison, on remet les compteurs à zéro, il y a du temps pour trouver une solution. C'est différent. Le club n'est pas dans la mouise. J'ai l'impression de partir un peu par la grande porte, cette fois. Vous étiez sous contrat ?
J'avais une option pour une prolongation d'un an, en cas de maintien. Donc oui, j'étais sous contrat jusqu'en 2021. Mais ce n'est pas un problème ça. On va s'entendre là-dessus. On insiste mais cela ressemble à un déchirement familial.
Écoutez, si c'était le cas, je n'en parlerai pas. Travailler en famille, cela peut être compliqué ?
C'est comme tout, il y a des bons et des mauvais côtés. Votre entourage a-t-il compris votre décision ?
Non. Beaucoup de gens m'appellent depuis hier (vendredi) soir pour me faire changer de décision. Ça continue aujourd'hui, là, maintenant. Mais je ne ferai pas machine arrière. C'est une décision ferme et réfléchie. Cela n'empêche pas le doute, non ?
L'être humain passe sa vie à se poser des questions. Bien sûr que je m'en pose : est-ce que j'ai fait le bon choix ? Je n'en sais rien. On verra. Mais c'est comme ça. Comment vous sentez-vous : soulagé ? triste ?
Les deux sentiments sont mêlés. C'est comme lorsque tu quittes une femme avec laquelle tu vis depuis trente ans, tu es triste mais tu dois le faire, pour toi, pour elle, pour la suite. Je le fais pour le club et pour moi. Faut-il être plus inquiet pour le club que pour vous ?
Non, pas du tout. Il n'est pas dit que je retrouve un club, je vais peut-être rester sur le carreau. Peut-être que les gens vont se dire que j'ai eu de la chance à Chambly et ne penseront pas à moi. Mais bon, autant de chance sur toutes ces saisons, je ne pense pas quand même (il rigole). Vous démissionnez en pleine période de confinement, un contexte qui peut rendre les gens plus sensibles. Pensez-vous que la période ait pu exacerber vos sentiments ?
Non, pas du tout, le confinement n'a eu aucune influence. Il a au contraire permis une coupure avec l'activité et permis de faire le bilan et le point. Cela donne plus de temps pour réfléchir. On avait des contacts réguliers avec les dirigeants. »

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