Foot - CM - «Au Luxembourg, le football n'est pas la priorité»

L'Equipe.fr

Plusieurs joueurs français évoluant à Dudelange, champion du Luxembourg, racontent leur épanouissement dans un pays qui ne vibre pas beaucoup pour le foot avant la venue des Bleus, samedi.L'équipe de France aura beau effectuer son plus court déplacement des qualifications au Mondial 2018, samedi au Luxembourg, elle se rendra pourtant, le temps d'un week-end, dans un autre monde. Celui où «le football n'est pas la priorité», celui où les joueurs ne possèdent que le statut amateur, mais celui aussi où de nombreux Français y ont trouvé leur bonheur, leur «équilibre».Rien qu'au F91 Dudelange, pas moins de huit expatriés tricolores ont signé une licence cette saison. Ils résident dans leur pays natal mais franchissent tous les jours la frontière, certains pour travailler, d'autres seulement pour jouer au foot. «C'est moins visible et moins reconnu, mais il y a d'autres avantages, reconnaît Kevin Nakache, milieu (27 ans) du club champion en titre. C'est intéressant pour des joueurs comme nous qui n'avons pas atteint le top niveau.»La plupart d'entre eux ont connu «des problèmes à un moment donné», constate Julien Quercia, retraité depuis 2015, à la suite d'une grave blessure, et qui a choisi le Luxembourg pour reprendre l'exercice, après trois ans d'inactivité, pas du tout par hasard. «Je savais très bien où je mettais les pieds, assure l'ancien attaquant de Lorient, tenté par l'expérience après avoir assisté à plusieurs matches avec des amis pendant sa rééducation. Les joueurs qui arrivent au Luxembourg n'ont pas réussi à percer ou n'étaient pas prêts mentalement à passer pro. Ils avaient peut-être les qualités pour le devenir mais ont eu un souci. Souvent ensuite, ils n'en repartent plus, parce qu'ils ont trouvé un travail. Et se sont rendu compte qu'ils n'auront peut-être pas mieux ailleurs.»Un contrat amateur avec les termes d'un contrat proArrivé en 2012 à Dudelange, Jerry Prempeh s'y plaît vraiment. Issu de la région parisienne, formé à Troyes et passé par la République tchèque et l'Allemagne notamment, le défenseur franco-ghanéen (28 ans) s'est construit une vie à cheval entre la Moselle et le Luxembourg. Employé d'une entreprise de machines à café le jour, il enfile son maillot rouge et jaune «tous les soirs ou presque», ainsi que les week-ends. «En alliant foot et travail, on arrive à s'en sortir», indique-t-il, financièrement parlant. Plutôt bien même.Car au Grand-Duché, le Smic est plus élevé que partout ailleurs en Europe (1999€ bruts mensuels contre 1480,27€ en France). «Dans les clubs luxembourgeois, tu gagnes bien ta vie, confirme Nakache, qui ne possède pas d'emploi à côté. On signe l'équivalent d'un contrat amateur mais avec tous les termes d'un contrat pro.»Les conditions d'entraînement semblent également à la hauteur, «du moins dans les trois ou quatre meilleurs clubs», précise Quercia, en référence à Dudelange, Differdange, La Jeunesse d'Esch et Fola Esch. «Les installations sont top, dignes de celles d'un club pro», témoigne l'ancien grand espoir tricolore, qui juge par ailleurs le Championnat «intéressant et pas faible», avec des joueurs «d'un très bon niveau», comme le puissant ailier Daniel Alves Da Mota, le rugueux défenseur ou encore le jeune attaquant David Turquel, tous retenus pour affronter les Bleus. À titre de comparaison, les premiers clubs pourraient «tranquillement jouer en National, voire en Ligue 2 en visant le maintien, estime Prempeh. Le reste équivaut à de la DH ou du CFA.»Mais face à un adversaire essentiellement composé de joueurs pros évoluant à l'étranger (14 sur 23) et dans un stade Josy-Barthel qui affichera complet (environ 8000 spectateurs), - «Ce ne sera pas chaud comme en Turquie ou en Grèce» (Nakache) - Didier Deschamps et ses hommes ne s'aventureront pas en terre voisine pour «faire n'importe quoi». «Je ne pense pas que les Bleus s'attendent à ce que le Luxembourg soit aussi bon, imagine d'ailleurs Julien Quercia, qui souhaiterait y rester la saison prochaine, ailleurs qu'à Dudelange, pour poursuivre sa reconversion dans l'encadrement d'un club. Mais ils doivent être prévenus. Même si ce n'est plus comme avant, il reste un gros écart.» «Normalement, conclut Kevin Nakache, il n'y aura pas match.»

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