Tous sports - Les commotions cérébrales touchent plus les femmes

L'Equipe.fr
·2 min de lecture

Malgré la rareté des études, des scientifiques tentent d'alerter sur le fait que les femmes souffrent davantage et plus longuement de commotions cérébrales. La commission digital, culture, média et sport du Parlement britannique s'est lancée depuis le début du mois dans une vaste enquête sur les commotions cérébrales dans le sport et leur corollaire à terme, les maladies dégénératives. En première ligne de leurs travaux, la protection des enfants. Mais des scientifiques l'ont rapidement invitée à se pencher sur les commotions touchant les femmes, trop longtemps restées dans l'ombre. « Beaucoup de recherches ont été menées dans le sport d'élite masculin mais très peu dans le sport d'élite féminin, a lancé le Dr Willie Stewart, expert national des commotions, lors de son audition. Alors que les règles du foot, du rugby ou d'autres sports sont exactement les mêmes pour les deux sexes, le risque de commotion est environ deux fois plus élevé pour les femmes ! » Longtemps cantonnées au foot US et au hockey masculins, les études américaines ont commencé à se tourner vers d'autres sports plus paritaires sous l'impulsion de la chercheuse Tracey Covassin. Elles ont systématiquement constaté la plus grande sensibilité des femmes aux commotions, à sport égal, en fréquence comme en durée. Sans pouvoir encore y apporter d'explications définitives. « C'est tout à fait vrai, confirme le neurologue Jean-François Chermann, qui fait autorité en France sur la question. J'ai publié récemment une étude portant sur le suivi de plus de 500 sportifs ayant des syndromes post-commotionnels prolongés, et les facteurs de prédisposition que j'ai trouvés sont surtout les femmes, les enfants et les personnes ayant eu plusieurs commotions rapprochées. » En cause, un cou moins musclé et un suivi insuffisant Comme ses confrères anglo-saxons, Chermann avance la moindre musculature du cou des femmes (comme des enfants) comme explication de leur plus grande vulnérabilité, le cerveau se heurtant d'autant plus à la boîte crânienne que la tête est ballottée. Selon une étude, la circonférence du cou des femmes, inférieure de 30 % à celle des hommes, pourrait accroître la vitesse de leurs mouvements de tête de 50 %. On évoque aussi la professionnalisation plus tardive des sports féminins de contact, la prévalence des commotions étant plus importante chez les amateurs. Quant à la plus longue durée des syndromes post-traumatiques, tous dénoncent le suivi insuffisant des sportives commotionnées. Comment expliquer par exemple que les protocoles français de L1 et L2 prévoient une consultation neurologique 48 heures après le choc mais rien pour les joueuses de D1 ? Idem pour les rugbywomen, amateures et donc hors cadre. Dans une société où le sport féminin veut prendre toute sa place, l'urgence n'est-elle pas à la santé de ses pratiquantes ?