Foot - Coronavirus - « Dur d'aller chercher ce supplément d'âme » en cas de match à huis clos

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Comme le pense Christophe Pelissier, l'ancien entraîneur d'Amiens aujourd'hui à Lorient (L2), l'absence de supporters dans les stades a une influence sur le mental des joueurs. Cela paraît une évidence. Les huis clos, qui risquent de se généraliser dans le football professionnel français d'ici à la fin de la saison, vont globalement pénaliser les équipes qui reçoivent. « C'est clairement un désavantage de ne pas pouvoir compter sur son public, notamment dans certains moments clés d'un match, comme la fin de la première mi-temps et la fin de match, quand tu veux égaliser ou prendre l'avantage et que tu as besoin de mettre la pression sur l'équipe adverse », estime Jocelyn Gourvennec, l'ancien entraîneur de Guingamp et Bordeaux. Huis clos : quelles conséquences d'organisation ? C'est à l'En Avant qu'il a connu ce cas de figure, avec, coup sur coup, des déplacements à Nice (2-1), le 13 mars 2015, puis à Bastia (0-0), une semaine plus tard. « Quand on gagne au Ray, l'absence de supporters nous avait vraiment avantagés, admet le technicien breton. Face au Sporting, c'était différent car c'était sur terrain neutre, à Fos-sur-Mer. » Et Gourvennec affine son analyse, la nuance même, quand il affirme que « le huis clos peut servir à des équipes en difficulté et dont le public s'est retourné contre elles. Elles subissent moins de pression, du coup. » Cela reste à la marge, tout de même. Mais c'est ce dont a pu profiter Amiens, le 1er avril 2018, à Lille (1-0). « Une semaine plus tôt, les supporters lillois avaient envahi la pelouse et menacé physiquement leurs joueurs », se remémore Christophe Pelissier. Les quatre précédents du PSG à huis clos L'actuel entraîneur de Lorient (L2) n'avait pourtant que peu apprécié son dimanche après-midi, malgré un succès capital pour le maintien. « Le stade Pierre Mauroy, qui contient 50 000 places, était bien sûr vide, mais il y avait le toit et on se serait cru dans un immense gymnase, raconte-t-il. C'est dur, pour les joueurs, d'aller chercher ce supplément d'âme. Pour le coup, cela n'avait été évident pour aucune des deux équipes. » Beau perdant, son homologue Christophe Galtier n'avait pas cherché d'excuses. « Ce n'est pas l'absence de supporteurs qui fait que l'on a perdu, avait-il alors déclaré. On ne va pas se réfugier derrière ça. Les entraîneurs, les joueurs sont les seuls responsables. » Globalement, le pourcentage de succès à l'extérieur est en légère augmentation lors de huis clos, par rapport à des matches disputés dans des conditions normales. Depuis la saison 2009-2010, sur 16 rencontres de Ligue 1 sans public, 6 ont été remportées à l'extérieur, 6 à domicile, pour 4 résultats nuls, donc. Et c'est d'autant plus compliqué d'affirmer une supériorité à la maison quand vous êtes, déjà, outsiders. C'est ce qu'a vécu Philippe Hinschberger avec Metz, le 5 avril 2017, en recevant Lyon (0-3). « Ça fausse tout, c'est toute une partie de ton métier, son émotion, qui est bannie, juge le coach de Grenoble (L2). Sur des matches comme celui-là, sans tes supporters, tu te tires une balle dans le pied. » Philippe Hinschberger, entraîneur de Grenoble « Cela reste de petits problèmes de football par rapport à une menace de santé mondiale » À écouter les intéressés, cette absence de public serait davantage préjudiciable pour les clubs de l'élite que pour ceux de Ligue 2. « Car, dans cette division, il n'y a qu'un vrai gros public, c'est celui de Lens, reconnaît Pelissier, dont l'équipe est à la lutte avec les Sang et Or pour la montée. Alors, si ces mesures devaient se prolonger au-delà du 15 avril, ce serait vraiment pénalisant pour eux. » Seulement, quel que soit l'environnement, Gourvennec est persuadé que les plus forts s'en sortiront, toujours, globalement mieux : « Quand je vois ce qu'a fait Lille, dimanche contre Lyon (1-0), je me dis qu'ils gagneront, peu importe le contexte. » Suivez toute l'actualité liée au coronavirus Mais tous les techniciens s'accordent sur le fait que l'urgence sanitaire est prioritaire. « Bien sûr que cela peu fausser le Championnat, mais on ne peut pas reporter autant de matches à la fin de saison, assure Hinschberger. À l'arrivée, cela reste de petits problèmes de football par rapport à une menace de santé mondiale. » Cela paraît une évidence.

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