Foot - D1 (F) - Accord de diffusion à l'international pour la D1 féminine : « Une bonne nouvelle pour l'exposition du football féminin français »

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La FFF a annoncé jeudi que la D1 féminine serait diffusée dès cette saison à raison d'un match par journée dans quatre grands pays de football féminin dont les États-Unis et le Royaume-Uni. « Une bonne nouvelle pour l'exposition du football féminin français », décrypte l'économiste du sport Luc Arrondel. Il n'y a pas que de mauvaises nouvelles pour le football français en matière de droits télé cette semaine... L'accord de diffusion de la D1 féminine à l'international, annoncé jeudi par la Fédération - sans en dévoiler le montant - est une belle reconnaissance pour le football féminin français, 3e nation FIFA, mais aussi, potentiellement, un coup de pouce économique pour les clubs, explique l'économiste du sport Luc Arrondel, co-auteur avec Richard Duhautois d'un livre à paraître le 22 octobre sur l'économie du football féminin (Comme les garçons ? L'économie du football féminin, Éditions Rue d'Ulm-Opuscule CEPREMAP). lire aussi Droits télé : accord pour la diffusion internationale de la D1 féminine « La diffusion de la D1 dès cette saison dans des bassins de consommation comme les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Allemagne ou l'Italie, peut-elle être une vraie incitation pour les marques internationales à s'intéresser aux clubs et joueuses stars du Championnat ?
Cette diffusion de la D1 à l'international est une bonne nouvelle pour l'exposition du football féminin français et de ses partenaires commerciaux présents et futurs, même si les équipes phares, l'OL et le PSG, brillaient déjà en Ligue des champions. Elle vient à point nommé car la suprématie des Lyonnaises en Europe risque d'être remise en cause par la montée en puissance des autres Championnats, notamment la ligue anglaise qui s'est fortement réformée depuis 2016 dans la perspective de l'Euro 2022 organisé sur son sol. Pour preuve, c'est en Angleterre et non en France qu'ont décidé d'aller jouer plusieurs championnes du monde 2019 américaines : Alex Morgan à Tottenham, Sam Mewis et Rose Lavelle à Manchester City, Tobin Heath et Christen Press à Manchester United. lire aussi Aide au foot féminin : les amateurs veulent leur part du gâteau L'accord de diffusion à l'international est-il aussi un pas de plus vers la professionnalisation d'un Championnat féminin pour l'instant semi-pro ?
Les instances ont intérêt à accélérer la professionnalisation afin que les clubs assurent la formation des joueuses et les salarient en tant que pros. L'Angleterre l'a fait récemment et l'Espagne est en train d'y procéder. Mais la réforme va poser des questions délicates. Faut-il adosser les clubs féminins à des clubs pros masculins, au risque de voir disparaître des équipes historiques ? Faut-il créer une Ligue professionnelle indépendante comme en Angleterre ou non ? Quand la LFP a décidé récemment d'aider le football féminin à surmonter les effets de la crise sanitaire (6 M€ tirés des droits télé de la L1/L2), elle l'a fait en favorisant les clubs adossés à des clubs pros masculins. Ils reçoivent 500 000 € par saison contre 170 000 € pour les autres. Luc Arrondel, économiste du sport « Malgré la croissance de ses revenus, le football féminin est de plus en plus déficitaire » Dans votre livre, vous décrivez l'économie du football féminin comme un "petit business". Dans quels compartiments du jeu a-t-il surtout progressé ces dernières années ?
Même si les sommes concernées sont sans commune mesure avec celle du football masculin, la D1 féminine dispose aujourd'hui d'un sponsor (Arkema pour 1 M€ par saison) et a renégocié ses droits télé (1,2 M€ par saison) avec Canal + qui diffuse maintenant la totalité des matches. Si l'équipe de France a trouvé son public, dans les stades ou sur les écrans, les clubs de D1 sont à la peine pour remplir leurs tribunes : moins de 1 000 spectateurs par match en moyenne. Malgré la croissance de ses revenus (auxquels s'ajoutent les subventions de la Fédération), le football féminin est de plus en plus déficitaire. Ce sont souvent les clubs pros masculins qui assurent l'équilibre des équipes féminines quand elles leur sont adossées. La question de l'égalité des salaires avec les hommes revient en permanence. Tout est question, écrivez-vous, de taille de marché...
La question doit être traitée différemment selon qu'il s'agit des fédérations ou des clubs. Pour les joueuses internationales, l'égalité des traitements est pertinente : les fédérations peuvent ainsi faire de la redistribution. Pour le football de club, le problème est différent. Les inégalités de rémunération entre hommes et femmes ne résultent pas d'une discrimination mais plutôt de la taille du "gâteau" à distribuer : en 2019, le budget total de la Ligue 1 était de 1,9 Mds€ et celui de la D1 de 19 M€, soit 100 fois moins. Tout comme le salaire mensuel moyen d'un footballeur professionnel au milieu des années 1970 était d'environ 2 500 de nos euros, soit environ trente fois moins qu'en Ligue 1, mais finalement comparable au salaire moyen d'une footballeuse de D1 aujourd'hui. Certains objecteront que ces inégalités s'expliquent par le fait que les hommes ont tenu les femmes à l'écart du football au XXe siècle : c'est une réalité, mais c'est une autre histoire ! »

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