Foot - D2 (F) - Les joueuses de D2 militent pour la reprise de la compétition

L'Equipe.fr
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À l'arrêt depuis le mois d'octobre, les équipes de D2 réclament de terminer au moins la phase aller de leur Championnat. « Le fait de ne pas jouer fait du mal aux joueuses », assure Théodore Genoux, l'entraîneur d'Yzeure pour lequel la situation actuelle est « dramatique ». Elles ont pris « une grosse claque derrière la nuque », un « coup de couteau dans le dos ». Une grande partie des joueuses de D2 n'ont pas compris le rétropédalage de la Fédération française de football qui a indiqué le 3 mars que leur Championnat n'allait pas reprendre, deux semaines après avoir annoncé une reprise pour le 18 avril. La semaine dernière, un collectif de footballeuses de D2 a lancé une pétition à l'initiative de joueuses du club d'Yzeure. « Nous, joueuses de football évoluant dans le Championnat de France de Deuxième Division, que nous soyons professionnelles, semi-professionnelles, amatrices (défrayées ou pas) nous entraînons toutes entre 5 et 8 fois par semaine. Condition sine qua non pour évoluer à un tel niveau ! C'est avec engagement, passion, sérieux et détermination que nous pratiquons ce sport », peut-on lire dans cette pétition qui a déjà recueilli plus de 900 signatures. Depuis quelques semaines, la frustration monte au sein des clubs de D2 où les joueuses peuvent s'entraîner mais sans perspectives de disputer des matches. Le Championnat est à l'arrêt. « On vit très mal la situation, nous confie, remonté, Théodore Genoux, l'entraîneur d'Yzeure. On n'a jamais cessé de s'entraîner, mais on ne peut pas jouer. Nous sommes dans l'incompréhension. Nous avons des internationales dans nos effectifs. Par exemple, à Yzeure, nous avons Christine Manié, la capitaine de l'équipe camerounaise. Nous avons appris récemment qu'elle doit disputer un barrage pour les JO en Turquie prochainement. Comment peut-elle s'y préparer ? » Anna Banuta, joueuse de Brest. « Tout s'est arrêté du jour au lendemain. Ce n'est pas facile à vivre. On se pose 10 000 questions » La décision de la FFF s'appuyait sur celle du ministère des Sports qui annonçait que « les divisions de Nationale 2 masculine et de 2e Division féminine, dont la reprise avait été initialement envisagée au regard de la proportion de sportifs professionnels dans les clubs de chaque division professionnelle, ne pourront pas reprendre dans l'immédiat. » Ancienne capitaine de Rodez, Anna Banuta (29 ans) a signé un contrat d'un an avec Brest l'année dernière avec l'idée de vivre enfin du football. Le Covid a perturbé son plan de carrière. « Tout s'est arrêté du jour au lendemain, regrette l'attaquante. Ce n'est pas facile à vivre. On ne sait plus vraiment quoi faire, comment travailler. On se pose 10 000 questions. » Théodore Genoux confirme le mal-être grandissant chez les filles qu'il entraîne et côtoie au quotidien. « Nous avons des joueuses qui sont atteintes psychologiquement, assure-t-il. Le rêve d'une joueuse de D2 est d'évoluer en D1. La plupart sont freinées dans leur progression. Elles font des sacrifices, sont loin de leur famille, et le fait de ne pas jouer leur fait mal. C'est dramatique. » Nora Coton-Pelagie, joueuse de Nancy. « On ne peut pas faire de bulle sanitaire et c'est trop compliqué d'avoir zéro risque. En ayant des moyens, les pros arrivent quand même à avoir des cas positifs » Après plusieurs saisons en D1 (PSG, Saint-Etienne, Issy, OM...), Nora Coton-Pelagie s'est engagée en début de saison avec Nancy, en D2. La milieu offensive, « déçue de ne pas jouer, mais pas frustrée », relativise davantage la situation. « Je comprends qu'on ne reprenne pas, explique-t-elle. On ne peut pas faire de bulle sanitaire et c'est trop compliqué d'avoir zéro risque. En ayant des moyens, les pros arrivent quand même à avoir des cas positifs. Alors nous... » Les clubs de D2 aimeraient pouvoir au moins aller jusqu'au bout de la phase aller alors que les équipes n'ont pu disputer que cinq ou six matches avant l'interruption du Championnat en octobre. « On peut attendre jusqu'à mai-juin s'il le faut, assure l'entraîneur d'Yzeure. On est aussi prêt à se plier à un protocole sanitaire si nécessaire. Mais la décision la plus juste est de finir les matches aller, tout le monde aura rencontré toutes les équipes. » Nora Coton-Pelagie s'interroge. « Si on ne va pas au bout, comment cela se passera-t-il pour les deux équipes censées être reléguée en D1 ? Et si on va au bout ceux qui monteront seront contents, ceux qui descendent ne seront pas contents. C'est inextricable. » L'autre point de frustration réside dans le fait que la Coupe de France masculine ait pu reprendre alors que celle des femmes s'est arrêtée après les matches disputés entre les équipes de D1. « Ils ont eu le culot de nous dire qu'ils testaient d'abord chez les hommes », s'étonne la milieu de Nancy. « C'est une grande injustice, pour Théodore Genoux. On ne comprend pas pourquoi nous ne pouvons pas la jouer alors que les hommes ont pu le faire. Je ne savais pas que le virus se transmettait plus chez les femmes que chez les hommes », ironise-t-il. Théodore Genoux, entraîneur d'Yzeure. « Je ne savais pas que le virus se transmettait plus chez les femmes que chez les hommes » Comme dans la pétition, Anna Banuta s'étonne aussi que les joueuses de D2 de handball et de basket, qui évoluent en salle, puissent s'affronter en compétition, contrairement aux footballeuses. « Nous sommes conscientes que la situation sanitaire est grave, mais on a du mal à comprendre pourquoi on est bloqué, alors que d'autres peuvent pratiquer leur métier », souffle la Brestoise. Au final, pour Théodore Genou, c'est aussi l'image du football féminin français qui pâtit de cette situation. « Cela donne une image négative en Europe, d'après le technicien. En Angleterre la D2 joue, en Espagne aussi, même en Roumanie, où elles ont moins de moyens, ça continue. Si on veut que la D2 se développe, qu'elle ait plus de sponsors, de contrat, on doit pouvoir jouer. Là, on l'empêche de grandir. Qu'est-ce qu'on va faire l'an prochain si le virus ne ralentit pas ? » Anna Banuta n'a pas la réponse mais elle s'oblige à rester positive. « Je suis l'une des rares qui a encore de l'espoir, sourit-elle. Tant qu'ils n'ont pas donné de décision finale, ce n'est pas mort. La chance qu'on a, c'est qu'on a le temps de reprendre jusqu'à mi-avril, la situation peut s'améliorer. On est prête à reprendre. » Dimanche dernier, de passage sur le plateau de l'émission beIN Center, sur beIN Sports, Brigitte Henriques, la vice-présidente de la FFF, avait redonné un peu d'espoir aux joueuses de D1 : « Dans les quinze jours qui viennent, on attend vraiment les directives du gouvernement pour savoir si on va pouvoir avoir une fenêtre de tir pour reprendre, d'ici avril, les compétitions qui ont été arrêtées. » Les mesures annoncées ce jeudi soir par le Premier ministre Jean Castex, qui a notamment indiqué un nouveau confinement dans 16 départements, n'invitent pas franchement à l'optimisme...