Foot - Disparition - Mort de Robert Herbin : « "Robby" a fait la révolution du football français », estime Osvaldo Piazza

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Osvaldo Piazza, le stoppeur argentin des Verts de 76, se souvient du côté visionnaire et novateur de Robert Herbin, son entraîneur, décédé lundi soir à l'âge de 81 ans. « Quel souvenir garderez-vous de Robert Herbin ?
Notre première rencontre, en 1972. J'arrivais de Buenos Aires et lui, il débutait sa carrière d'entraîneur. On ne se connaissait donc pas et la première chose qui m'a frappé, c'est sa conviction. J'ai vécu un an sans savoir où j'étais, à Buenos Aires ou à Saint-Etienne. Je passais au travers des matches. Le club était venu me chercher à onze mille kilomètres et je ne lui apportais rien. Même Pierre Garonnaire, le recruteur des Verts, n'était plus tellement sûr de lui et de moi. Pas "Robby". Il a toujours cru en moi. Il voulait que je sois dans l'équipe. Il avait cette capacité à voir quelque chose chez un joueur. Il m'a mis ailier droit, milieu de terrain... Jusqu'à ce qu'il me trouve le poste de stoppeur. À ce moment-là, le plus content des deux, c'était lui. Robert Herbin : « Cette équipe de Saint-Étienne a ouvert une voie » Vous l'aimiez donc, malgré la dureté de ses entraînements ?
Oui, et c'est étonnant car les anciens, avec qui il avait joué, disaient qu'il était feignant, pas un joueur très fin techniquement et qu'il ne s'entraînait pas. Et il nous faisait des entraînements de fou ! Il nous connaissait à la perfection et il nous demandait toujours plus. On travaillait toutes les semaines de la même manière parce qu'il voulait former une équipe à sa façon. Quand on vomissait lors de ses séances, il nous demandait : "Tu as pris ton petit-déjeuner à quelle heure ? Ah, c'est pour ça. Tu l'as pris trop tard." Il avait cette idée dans la tête : faire en sorte qu'on soit mieux préparés et que l'équipe soit plus équilibrée que les autres. Il voulait qu'elle lui donne l'assurance qu'elle allait tout donner. J'avais beau être international argentin, je ne connaissais pas cette rigueur, cette responsabilisation et cette solidarité. C'était des mots qui animaient le groupe. Pas des mots en l'air. « Il nous a tout donné. Il a fait de nous des joueurs professionnels, des gagneurs, habitués aux bons résultats » En cela, Herbin était-il un visionnaire ?
À ce moment-là, oui, et de très loin. Non seulement, il te préparait à l'entraînement mais en plus, il réclamait un avion privé pour que l'on puisse rentrer dormir chez nous, après les matches. "Robby", c'était un révolutionnaire. Il a fait la révolution du football français avec les Verts comme fil conducteur. Les Verts de 76, c'était son équipe. Il l'avait en tête depuis longtemps. Il l'a bâtie avec des joueurs qui n'étaient pas des joueurs d'exception. La preuve, une fois partis, à part Dominique Rocheteau et un peu Dominique Bathenay, très peu ont continué à briller. « Au fond de Robby, ça vibrait beaucoup », témoigne Ivan Curkovic C'est pour cette raison que vous lui êtes si reconnaissant ?
Oui. Il nous a tout donné. Il a fait de nous des joueurs professionnels, des gagneurs, habitués aux bons résultats alors qu'on ne possédait qu'un groupe de quatorze joueurs. Souvenez-vous qu'il n'y avait pas de remplaçants à l'époque. Jacques Santini et d'autres ont pourtant joué autant de matches que nous. Parce qu'il avait cette notion de groupe. Il ne parlait pas seulement aux onze titulaires avec ses mots justes et très précis. Il parlait à tout le groupe. Il te regardait dans les yeux, convaincu de ce qu'il te disait. "Robby" n'était pas un ami, quelqu'un que je fréquentais en dehors du football. Ivan Curkovic est celui qui le connaissait le mieux car "Robby" l'entraînait à part. Pierre Repellini le connaissait bien, aussi. Ils jouaient ensemble au tennis chez lui et il a été son adjoint par la suite. Mais tout ce qu'il nous a inculqué m'a servi pour la vie. Quand tu penses que 80 % de l'équipe de 76 était formée au club, c'est fou ! Robert Herbin, l'entraîneur qui a écrit les pages mythiques de l'histoire des Verts Malgré la distance, seriez-vous venu assister à ses obsèques ?
Oui, car je suis très touché par son décès et je lui dois beaucoup. Je ne le remercierai jamais assez. C'est d'autant plus triste qu'à cause de la pandémie du coronavirus, il ne pourra pas être entouré comme il le mérite, lors de son enterrement. Il ne pleut pas souvent, à Buenos Aires. Mais aujourd'hui, même Buenos Aires pleure ce grand entraîneur et ce grand homme qui a tout donné à sa manière pour Saint-Etienne. C'est une tristesse énorme. »

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