Foot - Eco - Les clubs de foot et la Bourse en questions après l'attentat de Dortmund et la qualification de l'OL

L'Equipe.fr
En révélant les motivations financières de son auteur présumé, l'enquête sur l'attentat de Dortmund a rappelé que plusieurs clubs européens sont cotés en Bourse. C'est le cas de l'OL dont l'action n'a guère profité de sa qualification jeudi pour le dernier carré de la Ligue Europa. Le foot et la Bourse en questions.

En révélant les motivations financières de son auteur présumé, l'enquête sur l'attentat de Dortmund a rappelé que plusieurs clubs européens sont cotés en Bourse. C'est le cas de l'OL dont l'action n'a guère profité de sa qualification jeudi pour le dernier carré de la Ligue Europa. Le foot et la Bourse en questions. L'auteur présumé des explosions contre le bus du Borussia, le 11 avril à Dortmund avant le quart de finale aller de C1 contre Monaco, un Germano-Russe de 28 ans, a été interpellé vendredi. Selon le parquet, cet ancien soldat de l'armée allemande, la Bundeswehr, voulait s'enrichir en spéculant sur une baisse des actions du club allemand après l'attaque. Il a donc acquis, le jour même, l'équivalent de 15 000 options de vente sur les actions du club. Selon Bild, il aurait pu engranger jusqu'à 3,9 M€ de bénéfices. Mais comment pouvait-il espérer gagner de l'argent en pariant sur une baisse de ses propres actions ?Comment comptait-il s'enrichir ? Pour comprendre, il faut entrer dans la technique boursière. L'économiste du sport Bastien Drut (*) décrypte pour nous quel était le plan du terroriste boursicoteur. «L'auteur présumé de l'attentat a acheté des options de vente ("put") sur l'action du Borussia Dortmund. Ce produit donne le droit d'acheter l'action à un prix déterminé à l'avance, qu'on appelle prix d'exercice, à une date donnée. Si le cours de l'action est inférieur à ce prix d'exercice, le détenteur du "put" effectue un gain : il vend un titre plus cher que sa valeur de marché.»L'action du club a-t-elle baissé ? A peine. On ignore à ce stade à quelle date Sergej W. avait prévu de lever ses options de vente. Une chose est sûre : l'idée sur laquelle reposait son plan ne s'est pas réalisée ou alors sûrement pas avec l'ampleur qu'il espérait. Coté à Francfort, le club a en effet affiché un repli très limité à l'ouverture des échanges au lendemain de l'attaque (-0,4%) et a même terminé la séance en hausse (+1,7%). L'action s'est certes inscrite à la baisse les jours suivants (-4% environ) mais pas dans des proportions qui lui auraient permis une culbute.Quel était le vrai objectif de l'attentat ? L'enquête devra l'établir mais le parquet allemand s'est dit, dès vendredi, persuadé que son auteur présumé voulait «blesser» voire tuer des joueurs. Des éléments matériels plaident dans ce sens puisque les engins utilisés avaient une portée «explosive» de 100 mètres et contenaient «des tiges métalliques», l'une d'elle s'étant même fichée dans le repose-tête d'un siège du bus. Un policier a été blessé ainsi que le défenseur espagnol Marc Bartra (bras), mais le bilan aurait pu être bien plus lourd. Et faire baisser en effet le cours de l'action. «La valeur d'un club comprend parfois un stade, qui est un actif matériel, mais surtout toujours les contrats des joueurs, qui représentent un actif immatériel. Si l'objectif de l'auteur présumé des faits était de faire baisser le cours de l'action, tuer les joueurs était rationnel, même si complètement macabre.»Pourquoi les clubs entrent-ils en Bourse ? Le Borussia Dortmund fait partie des quelques clubs de football cotés en Europe. Il figure d'ailleurs parmi les composantes de l'indice Stoxx Europe Football qui en regroupe à ce jour vingt-deux. Les clubs danois (5) et turcs (4 dont le Besiktas) sont bien représentés dans cette liste. On y trouve aussi la Juventus Turin, futur adversaire de Monaco en demi-finale de la Ligue des champions et l'OL, introduit en Bourse il y a dix ans (février 2007). «Historiquement, l'introduction en Bourse des clubs s'est faite pour deux motifs : 1) recruter des joueurs et 2) construire un stade, souligne Bastien Drut. Dans le premier cas, on a quasiment toujours assisté à un effondrement de l'action alors que cela a plutôt marché dans le second cas car un stade participe à la construction d'un projet industriel beaucoup plus robuste.»Pourquoi l'action OL ne profite pas de la qualification ? Qualifié jeudi en Turquie au bout du suspense pour le dernier carré de la Ligue Europa, Lyon n'en a pas vraiment profité à la Bourse (+0,38% à la clôture). «Généralement, l'action des clubs varie à court terme avec les résultats sportifs de l'équipe mais les gains sont faibles en cas de victoire. C'est beaucoup plus la dynamique sportive sur plusieurs mois qui peut emmener l'action nettement à la hausse en faisant monter significativement la probabilité de qualification en Coupe d'Europe ou monter la valeur des joueurs sur le marché.» Ces derniers jours, l'action OL Groupe a plutôt été en baisse, malgré la qualification en demi-finale : «A mon avis pour deux raisons : 1) la défaite face à Lorient (défaite 1-4 le 8 avril, 32e journée) qui enterre les chances de qualification en Ligue des champions et met en péril la qualification en Ligue Europa, 2) la sanction d'exclusion avec sursis de l'UEFA (après les incidents du quart de finale aller contre le Besiktas le 13 avril) qui fait planer une épée de Damoclès sur une partie des recettes de billetterie du club.»Pourquoi l'action OL a-t-elle été souvent chahutée ? L'introduction en Bourse de l'OL Groupe en 2007 avait pour objectif d'aider à la construction d'un grand stade. Mais l'opération n'a pas été un grand succès. «Très vite, les investisseurs ont perçu que cette construction allait être perturbée et retardée par des recours administratifs et l'action s'est effrondrée, passant de 10,7 € mi-2007 à à peine plus d'un euro en 2013. Cette période est allée de pair avec des pertes financières conséquentes. La construction du Parc OL en octobre 2012 a donné le coup d'envoi du redressement de l'action.» «Depuis cette période, l'action est sur une tendance haussière nette (+147% depuis la mi-2013), même si cette évolution est un peu heurtée (cependant, les actions ne connaissent jamais de trajectoires parfaitement linéaires). Depuis 2013, l'action OL Groupe s'est emballée deux fois : vers le début de l'année 2015 et vers le printemps 2016, quand l'équipe marchait bien sur le plan sportif. La réussite sportive d'alors faisait miroiter des ventes lucratives sur le marché des transferts et une qualification elle aussi lucrative en Ligue des Champions.»

En utilisant Yahoo vous acceptez les cookies de Yahoo/ses partenaires aux fins de personnalisation et autres usages