Foot (F) - Trois écueils que doit éviter le football féminin pour s'épargner une crise de croissance

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Records de spectateurs, audiences télé en hausse, arrivée massive des clubs pros masculins : le foot féminin connaît une année faste. Son développement pourrait encore s'accélérer avec la Coupe du monde en France. Tout va très vite. Trop vite ? Voici quelques écueils à éviter pour s'épargner une crise de croissance.

Foot (F) - Trois écueils que doit éviter le football féminin pour s'épargner une crise de croissance

Records de spectateurs, audiences télé en hausse, arrivée massive des clubs pros masculins : le foot féminin connaît une année faste. Son développement pourrait encore s'accélérer avec la Coupe du monde en France. Tout va très vite. Trop vite ? Voici quelques écueils à éviter pour s'épargner une crise de croissance.

Records de spectateurs, audiences télé en hausse, arrivée massive des clubs pros masculins : le foot féminin connaît une année faste. Son développement pourrait encore s'accélérer avec la Coupe du monde en France. Tout va très vite. Trop vite ? Voici quelques écueils à éviter pour s'épargner une crise de croissance.Créer une bulle« C'est la logique d'aller vers les clubs pro, explique Marie-Christine Terroni, la présidente de la section féminine du PFC. C'est ce qu'on a fait à Juvisy, parce qu'à un moment, on était au bout du projet. On avait besoin de ça, il fallait regrouper nos forces pour se développer. » Le rapprochement avec les clubs professionnels a donné un coup d'accélérateur au foot féminin. Même s'ils restent limités, les moyens sont plus importants, et l'exposition augmente.En Ligue des champions, la concurrence se renforce autour de l'OLLes affiches qui répondent à celles du football masculin trouvent un écho chez les supporters. « C'est beaucoup plus vendeur et prestigieux, on ne va pas être hypocrite, dit Sonia Souid, la première agent de joueurs à s'être intéressée au football féminin. Une finale de la Ligue des champions Lyon - Barça, ça parle au public. Je pense que les supporters d'un club vont de plus en plus être supporter des deux sections. »Mais ce mode de développement via les clubs masculins n'est pas sans risques : inflation des salaires sans rapport avec l'économie réelle du foot féminin, disparition des clubs historiques, uniformisation... « L'économie est encore fragile, il ne faut pas que cela parte trop vite, avertit Marie-Christine Terroni. Nous sommes encore en phase de construction. »Perdre son identité« Voir un joueur se rouler par terre pendant cinq minutes avant de se relever immédiatement dès qu'il a obtenu un coup franc... C'est ce que le public ne veut pas voir dans le football féminin », dit Sonia Souid. Aujourd'hui, l'une des plus grandes forces du football féminin est son image, qui s'est construite en opposition à celle parfois négative du foot masculin. Image, justement, qui séduit les investisseurs.« Les gens qui investissent aujourd'hui sont des précurseurs, explique Marie-Christine Terroni. Ils sentent que ça va démarrer et ils veulent se positionner. Il faut garder cette fraîcheur qui attire des partenaires nouveaux. Ils veulent se démarquer, et c'est pour cela qu'ils vont vers le foot féminin. Pour l'instant, le foot féminin a une bonne image et il a bonne presse. Il faut garder le contact direct avec le public. »Les barrières dressées par les clubs pro autour de leurs joueurs peuvent-elles s'étendre aux joueuses qui, pour l'instant, conservent un lien privilégié avec leur public ? « Il ne faut surtout pas éloigner les joueuses du public, explique Sonia Souid. Il ne faut pas leur donner une image hautaine, où elles se coupent des spectateurs. La simplicité, l'authenticité des joueuses, c'est ce qui plaît au public. Rester simples, humbles et avec un lien de proximité, les joueuses doivent impérativement garder ça. » S'il veut conserver son public et ses partenaires économiques spécifiques, le football féminin doit donc rester démarqué du foot masculin. C'est la base implicite du contrat pour les grands clubs masculins : une bonne image contre des moyens. On comprend donc l'intérêt de ne pas brouiller les valeurs du foot féminin.Abandonner la formation« Un OM - PSG, comme on va avoir la saison prochaine en D1, c'est bien pour remplir les tribunes. Maintenant il faut aussi remplir le terrain. » Marie-Christine Terroni met le doigt sur la faiblesse actuelle du plan de développement du football féminin : la quantité de joueuses de haut niveau. Le boom en cours va encore accentuer la demande. La France, avec 7 pôles de formation fédéraux, est bien placée. Mais le vivier européen reste trop peu nombreux.En Europe, le foot féminin est en plein boom« La formation c'est la base de la pyramide, souligne Marie-Christine Terroni. Il ne faut pas construire une pyramide à l'envers. Le centre de tout, c'est la formation, qui doit pouvoir alimenter tous les clubs et augmenter la compétitivité des Championnats, pas seulement les plus gros. » La conjonction de l'arrivée de clubs avec des moyens importants et la pénurie de joueuses pourrait entraîner un emballement, et aboutir assez rapidement à la mise en place d'une économie des transferts, comparable à celle qui existe dans le football masculin.« Il va y avoir des rachats de contrats, annonce Sonia Souid. Cela a commencé, mais dans dix ans, cela sera courant. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Dans le football masculin, les clubs forment parce qu'ils vont vendre leurs joueurs. Cela fait partie de leur économie. Cela poussera les clubs à faire de la formation, parce que la formation, cela coûte très cher. » Marie-Christine Terroni ne semble pas accueillir cette ère nouvelle avec grand plaisir. « J'espère que cela n'arrivera pas, dit-elle. Il faut savoir garder les pieds sur terre. »

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