Foot - FIFAgate - Le parquet suisse « dans une phase de finalisation » des procédures liées au FIFAgate

L'Equipe.fr
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Le rapport annuel de gestion du parquet suisse, publié le 6 avril, évoque une phase finale dans les procédures liées au scandale du FIFAgate, six ans après son déclenchement. Il revient aussi sur l'issue du procès de Jérôme Valcke et Nasser al-Khelaïfi, à l'automne dernier. Six ans après le déclenchement du scandale du FIFAgate, la justice suisse est toujours aux prises avec le « complexe de procédures » liées aux affaires financières qui ont touché l'administration du football mondial. Dans son rapport de gestion annuel, publié le 6 avril, le Ministère public de la Confédération helvétique (MPC, parquet) revient notamment sur ses « activités opérationnelles » dans ce domaine pour l'année 2020. Une année jugée « difficile », marquée par la crise sanitaire et la démission du patron du MPC, Michael Lauber, effective fin août. Mis en cause pour ses rencontres secrètes en 2016 et 2017 avec Gianni Infantino, le président de la FIFA, Lauber n'a toujours pas été remplacé à son poste. Infantino et l'ex-procureur général font actuellement l'objet d'une enquête pénale, menée par le procureur fédéral extraordinaire Stefan Keller, dans cette affaire de rendez-vous secrets, sur fond de soupçons de collusion entre l'instance mondiale et le parquet suisse. En attendant un successeur à Lauber, la transition est assurée par deux procureurs généraux suppléants, Ruedi Montanari et Jacques Rayroud, interviewés dans ce rapport. Face aux questions sur la lenteur de la justice suisse dans le traitement des dossiers en relation avec le FIFAgate, Rayroud précise que « plusieurs procédures dans le contexte du football ont pu être clôturées définitivement », alors qu'une quinzaine d'entre elles, sur les 25 initiales, sont encore en cours. La masse de données à traiter est estimée à 90 millions de documents divers. Platini et Blatter dans l'attente Le MPC explique qu'il « est entré dans une phase de finalisation » des procédures pendantes. Parmi elles, celle qui concerne Michel Platini et Sepp Blatter, dans l'affaire du paiement controversé de 2 millions de francs suisses (1,8 M€) en 2011. Mi-mars, le procureur Thomas Hildebrand a procédé à l'audition finale de l'ex-n°10 des Bleus, prélude à la clôture de l'instruction. Depuis novembre, Platini est poursuivi pour « soupçons d'escroquerie, de participation à abus de confiance, de participation à une gestion déloyale et de faux dans les titres » dans ce dossier, qui a torpillé sa candidature à la présidence de la FIFA, à l'automne 2015. Platini a toujours assuré que l'argent versé par Sepp Blatter lui était dû dans le cadre de ses fonctions d'ancien conseiller sportif du Haut-Valaisan. L'entourage de l'ex-président de l'UEFA a évoqué « un acharnement judiciaire pour maintenir de façon dilatoire le tourniquet des charges et ainsi prolonger la procédure ouverte ». Premier visé dans cette enquête, Blatter (85 ans) n'a pu participer à ces dernières auditions pour raisons de santé. Sollicité, le parquet helvétique indique qu'il va « maintenant examiner la suite de la procédure à cet égard ». « La mise en oeuvre d'auditions finales ne permet pas de tirer de conclusions quant à l'issue de la procédure (classement, ordonnance pénale, mise en accusation) », ajoute le MPC. Valcke, Al-Khelaïfi et « l'arrangement corruptif » Dans le rapport, le procureur général suppléant Rayroud revient également, sans nommer ses protagonistes, sur l'affaire concernant Jérôme Valcke, ex-n°2 français de la FIFA, et Nasser al-Khelaïfi, jugée l'an dernier, et dans laquelle le patron de beIN Media Group et du PSG a été acquitté à l'issue d'un procès tenu en septembre. Rayroud considère cet aboutissement judiciaire comme un « élément positif », avec la « condamnation en première instance d'un ancien secrétaire général de la FIFA ». Dans le second volet de ce dossier (qui ne concernait pas Al-Khelaïfi), Valcke a été condamné à une peine pécuniaire avec sursis, pour « faux dans les titres répétés ». Cet « élément positif » est un maigre satisfecit, alors même que ce procès devant le Tribunal pénal fédéral (TPF) de Bellinzone s'était soldé par un revers quasi-total pour le parquet, qui soutenait l'accusation dans cette affaire liée à l'octroi de droits télévisuels. Le MPC a d'ailleurs fait appel du jugement prononcé et de l'acquittement de Nasser al-Khelaïfi, rappelant, plus loin dans son rapport, que « conformément à ce [qu'il] soutenait, la Cour a retenu que le président de beIN Media Group et l'ayant droit économique de TAF Sports Marketing (Konstantinos Nteris, le troisième prévenu) ont chacun conclu un arrangement corruptif avec l'ancien secrétaire général de la FIFA et qu'ils lui ont octroyé des avantages indus en échange de son influence dans les attributions de droits médias en question. » Les relaxes prononcées l'ont été en raison « de deux aspects juridiques », poursuit le MPC. Pas de coopération judiciaire du Qatar avec le parquet suisse De leur côté, Valcke et Al-Khelaïfi ont nié tout « pacte corruptif » dans cette affaire. Les avocats du dirigeant qatarien veulent même contester le paiement des frais de procédure (l'équivalent de 52 000 €) qui lui sont imputés par la justice suisse. Une demande de paiement considérée comme « absurde » par les conseils de « NAK », au vu de l'acquittement « total » de leur client en première instance. Dans un « aperçu de l'état d'avancement des procédures pénales » dans les affaires liées au FIFAgate, publié (en allemand) le 1er mars, le MPC notait en outre que dans le cadre de l'entraide judiciaire internationale, ses « demandes d'assistance mutuelle adressées aux autorités qatariennes [étaient] restées sans réponse », malgré des requêtes répétées. Le procès de Bellinzone fut le premier des multiples scandales du foot mondial à aboutir à un jugement en Suisse. Il a succédé à un raté : en mars 2020, un autre procès, impliquant d'anciens cadres de la Fédération allemande (DFB), accusés de malversations en marge de la Coupe du monde 2006, n'avait pu aller à son terme. « Au terme d'environ trois ans et demi d'investigation », souligne le MPC, les débats avaient été interrompus en raison de la pandémie de Covid-19 et le verdict n'avait donc pu être rendu avant le délai de prescription, fin avril. Plus de 30 millions restitués à la CONMEBOL Le procureur général suppléant Rayroud rappelle enfin que le MPC « a ordonné la restitution de plus de 36 millions (de francs suisses, soit environ 33 M€) de fonds acquis de manière illégitime ». Ces fonds, qui étaient bloqués en Suisse, ont été restitués à la Confédération sud-américaine (CONMEBOL), notamment lésée par les agissements délictueux de deux de ses ex-dirigeants, le Paraguayen Nicolas Leoz (décédé en août 2019), ancien vice-président de la FIFA et proche de Blatter, et l'Argentin Eduardo Deluca, ex-secrétaire général de l'instance sud-américaine. « Les autres procédures se poursuivent, mais on ne peut pas faire de pronostics », conclut Jacques Rayroud.