Foot - Série - Série - Jérôme Alonzo : « Mais c'est quoi ce ballon, sérieux ? »

L'Equipe.fr
L’Equipe

L'ancien gardien du PSG et de l'OM, aujourd'hui consultant de la chaîne L'Équipe, se montre très critique à l'égard de certains ballons de son époque. Toute la semaine, retrouvez les six épisodes de notre série « Objets de controverse » 1/6 : une pointe d'inquiétude (athlétisme)
2/6 : le cordage spaghetti (tennis)
3/6 : les vélos de la discorde (cyclisme)
4/6 : ballon de foot ou ballon de plage (foot)
5/6 : les combinaisons interdites (natation)
6/6 : les lames carbone, inclusion et compétition (athlétisme) « Quel est le plus marquant dans l'évolution des ballons ?
La trajectoire. J'ai vraiment senti la différence au début-milieu des années 2000, on s'est mis à les comparer à des ballons de volley. Un ballon de volley, c'est hyper léger, ça flotte quand les mecs servent. C'était vraiment moins le cas à vos débuts ?
Quand j'ai commencé, il y avait un ballon fantastique, le Tango, de chez Adidas. Il ne bougeait pas, était très solide et n'avait qu'un défaut : il devenait un peu plus lourd sous la pluie. Ce n'était pas plus mal pour un gardien car c'était plus compliqué pour les frappeurs et se prendre 80-90 grammes de plus dans la tronche, ça ne changeait pas grand-chose (rires). Série « Objets de controverse » (4/6) : le ballon de foot Avez-vous pris un but casquette à cause de ces "ballons de volley" ?
Lors d'un PSG - Saint-Étienne (2-2, le 4 février 2006), Helder Postiga (l'attaquant stéphanois) fait un centre-tir. J'anticipe dans les six mètres, le ballon revient vers le but, je veux faire une claquette, me le fous sur mon pied et me le rentre tout seul... Un but vraiment con. À la fin du match, Jérémie Janot (le gardien adverse) me dit : "Même de derrière, j'ai cru qu'elle partait au-dessus !" Une autre fois, à Lyon, Sonny (Anderson) tire, je pense que le ballon va finir en lucarne, je pars sur ma gauche et il fait un écart de 40 ou 50 centimètres dans les airs ! Il me revient dessus, je me mélange les pinceaux et ça rentre (0-1, le 11 mai 2003). Ce but a servi à avoir les premières vraies discussions avec les mecs de Nike au PSG. « Je me rappelle m'être dit qu'il fallait brûler l'entrepôt » Aviez-vous une "bête noire" ?
Lyon a longtemps joué avec un Umbro. On avait l'impression qu'il était tout petit ! Et Juninho se régalait avec. Le ballon flottait de fou. À Gerland, sous la pluie, c'était un enfer. Mais le pire, c'était un Mitre. Alors celui-là, putain... Mais pourquoi on a joué avec ça ? Je me rappelle m'être dit qu'il fallait brûler l'entrepôt. Qu'avez-vous alors pensé ?
Dieu merci, je ne joue pas dans ce club (il ne se souvient plus lequel utilisait ce ballon) ! On s'est même dit, avec l'autre gardien : "Il n'est pas aux normes, ce n'est pas possible, on dirait un ballon d'enfant." Notre réflexion était la suivante : plus on se rapprochait du ballon d'enfant, plus c'était une merde. Cette réflexion était fréquente ?
Ça m'arrivait souvent de me dire que le ballon ne correspondait pas aux normes. Combien de fois je me suis dit dans le vestiaire : "Mais c'est quoi ce ballon, sérieux ?" Et là, tu regardes la feuille de match en face, et tu te dis : "Oh putain, lui, s'il frappe de 30 mètres, mais ça va partir où ?" « Les ballons vont plus vite et sont devenus tellement glissants ! » Vous attendiez-vous à une telle évolution ?
Non. J'ai revu un PSG-Auxerre avec Djibril Cissé (attaquant de l'AJA de 1999 à 2004). Quand il prenait bien le ballon, tu ne savais pas où il allait aller, il pouvait dévier d'un mètre en l'air. Mais vraiment d'un mètre, je ne déconne pas ! Aviez-vous décidé d'interpeller les autorités du football avec les autres gardiens ?
Non. En revanche, l'interaction sur les ballons avec les équipementiers des clubs est devenue très importante au milieu des années 2000. Qu'ont changé ces ballons pour les gardiens ?
Aujourd'hui, on entend : "Les prises de balles, ce n'est plus pareil." Mais tu ne peux plus garder un ballon ! Lionel Letizi et Grégory Coupet avaient une super prise de balle et même eux ont dû adapter leur jeu. Les ballons vont plus vite et sont devenus tellement glissants ! Le Tango, il y avait comme des petits granules dessus, c'était génial pour la prise en mains. Aujourd'hui, ils sont tout lisses, on dirait un crâne de chauve ! Comment jugez-vous les ballons d'aujourd'hui ?
Pour avoir eu entre les mains les derniers Uhlsport (équipementier de la L1 depuis 2017), j'ai moins eu l'impression de pouvoir faire un beach-volley avec (rires). Ils sont plus cohérents. Auriez-vous préféré être gardien en ce moment ?
J'aurais préféré être gardien dans les années 80, avec les Tango (rires) ! Plus sérieusement, j'aurais bien aimé, ne serait-ce que pour l'uniformisation des ballons en L1 (avant la saison 2009-2010, chaque club recevait avec son ballon). Cela faciliterait beaucoup mon boulot. Les gens n'ont pas conscience à quel point il est important d'être habitué au ballon. » Jérôme Alonzo a été gardien professionnel entre 1990 et 2010, jouant notamment à l'OM (1995-1997), à Saint-Étienne (1997-2001) et au PSG (2001-2008).

Faire défiler pour accéder au contenu
Annonce

À lire aussi