Foot - « J?ai vite compris que c?était sérieux», le récit de Metz - Lyon arrêté par un jet de pétards

L'Equipe.fr
Emmanuel Orhant, ancien médecin de l'OL, raconte avec d'autres la soirée du 3 décembre. Des pétards lancés sur le gardien Anthony Lopes avaient entraîné l'arrêt définitif du match Metz-Lyon. Un huis clos réunit ce soir les deux équipes.

Emmanuel Orhant, ancien médecin de l'OL, raconte avec d'autres la soirée du 3 décembre. Des pétards lancés sur le gardien Anthony Lopes avaient entraîné l'arrêt définitif du match Metz-Lyon. Un huis clos réunit ce soir les deux équipes. Un bruit sourd en provenance de la tribune Est. Les regards se tournent vers cette partie du stade Saint-Symphorien où se ­situe notamment la Horda Frenetik, un groupe de supporters messins. Le gardien de l’OL, Anthony Lopes, est au sol, les mains appuyées sur les oreilles. Les Lyonnais n’ont même pas le temps de donner l’engagement après l’ouverture du score (29e) du jeune attaquant de Metz, Gauthier Hein. Sur le banc de touche lyonnais, ce 3 décembre, Emmanuel Orhant ne comprend pas instantanément qu’un pétard a explosé à proximité de l’international portugais. Mais le médecin du club rhodanien bondit, prêt à intervenir. « Comme “Antho” est quelqu’un qui ne triche pas, j’ai vite compris que c’était sérieux et j’ai décidé d'entrer tout de suite sur le terrain avant même que l’arbitre ne fasse un signe », se souvient le docteur qui a quitté l’OL en février dernier pour devenir directeur médical de la Fédération française de football. Plusieurs joueurs accourent alors vers Lopes, comme ses coéquipiers Maxime Gonalons ou Mapou Yanga-Mbiwa, d’abord stupéfait par les débordements en tribune : «C’était incompréhensible. D’autant que Metz avait l’avantage. Leur équipe avait réalisé une bonne entame et, nous, on avait fait tout le contraire. Il n’y avait pas de raison de jeter des pétards sur le terrain. » Le défenseur central a vite repris ses esprits : « Je suis resté dans la surface de réparation pour essayer de protéger Antho qui était à terre, se souvient le défenseur central, pour faire face aux supporters messins et leur dire d’arrêter de faire leurs bêtises. » Côté grenat, Guido Milan et Renaud Cohade tentent aussi de raisonner les fans les plus excités. En vain. Le directeur de la sécurité en mode « identification » Deux nouveaux pétards sont lancés sur la pelouse, le dernier à proximité du pied du médecin de l’OL. Dans un réflexe, Milan le dégage d’un coup de pied. Le défenseur lorrain avait d’abord pensé s’en saisir pour le jeter plus loin avant de se rétracter de peur d’avoir des séquelles à la main. La détonation est puissante. Lopes se roule de nouveau par terre et Orhant se tient la jambe. «Le “blast” (explosion) et la surprise que j’ai ressentie aussi ont fait que je suis tombé, se souvient Orhant. J’avais l’impression que mon survêtement était en train de brûler. Je me suis relevé et j’ai constaté que ce n’était pas le cas alors je me suis concentré sur “Antho”.» Il délivre les premiers soins à son joueur alors que l’entraîneur messin, Philippe Hinschberger, se précipite devant la tribune. « C’était un véritable cauchemar, se remémore le technicien. S ur le coup, j’avais envie de me pincer, tellement j’ai ressenti d’incompréhension. Quand je suis devant la tribune Est, je leur ai simplement crié : “Mais qu’est-ce que vous faites ? Arrêtez !” Et eux, ils n’arrêtaient pas de scander : “4-0, 4-0”, en référence à notre défaite dans le derby à Nancy (le 30 novembre, soit trois jours plus tôt) . » Lopes est évacué du terrain, soutenu par Alexandre Lacazette et Orhant. L’arbitre, Lionel Jaffredo, décide d’arrêter provisoirement le match et tous les joueurs se dirigent vers les vestiaires. Dans les coursives du stade, les dirigeants s’activent. Jean-François Girard, directeur de la sécurité du FC Metz, explique : « Mon premier réflexe a été de me mettre en mode “identification”. J’ai tout de suite demandé à mes opérateurs vidéo d’examiner attentivement les images pour identifier les individus qui avaient jeté les ­pétards. Et j’ai demandé aux stadiers de se tenir prêts à intervenir éventuellement dans la foulée pour les interpeller.» Aulas voulait conserver trois changements Les premiers échanges entre les arbitres, le délégué principal de la Ligue de football professionnel (LFP), Daniel Cholet, et les ­dirigeants des deux clubs commencent. Dans le vestiaire lyonnais, Orhant effectue un premier diagnostic sur Lopes. « Le temps de l’ausculter avec mon matériel et de voir ce que je pouvais lui donner, j’ai jugé que j’avais besoin d’une aide extérieure. J’ai donc décidé de l’hospitaliser. » Le staff médical de Metz appelle les pompiers pour que le joueur lyonnais soit évacué vers l’hôpital de Mercy, à une dizaine de kilomètres du stade. Des stadiers sont envoyés au pied de la tribune Est et à l’intérieur pour éviter de nouveaux ­débordements, appuyés par les forces de l’ordre. Dans le couloir des vestiaires, les tractations se poursuivent. Les dirigeants messins sont favorables à une reprise du match, leurs homologues lyonnais beaucoup moins. Selon plusieurs témoins de la scène, Jean-Michel Aulas accepte alors à condition de conserver les trois changements pour son équipe pour ne pas être pénalisé par la blessure de Lopes, due à un événement extérieur au jeu. Une requête impossible à accepter. « Quand j’ai assisté à toutes les discussions entre les délégués et les dirigeants des deux clubs, j’ai eu l’impression de vivre des scènes surréalistes , se rappelle Hinschberger. C’était extrêmement douloureux sur l’instant et ça nous a fait beaucoup de mal ensuite. C’était le pire moment de ma carrière d’entraîneur. » Le match ne reprendra pas. Le stade doit être évacué. Le speaker annonce l’arrêt de la rencontre et explique que les spectateurs quitteront l’enceinte, tribune après tribune. Une façon d’éviter un mouvement de foule. Échauffourées entre supporters messins « J’ai supervisé l’évacuation pour qu’elle se déroule dans les meilleures conditions possibles » , explique Girard, qui avait encore en tête les échauffourées survenues avant la rencontre au moment de l’arrivée du cortège des supporters lyonnais. Des membres de la Gruppa, groupe de la tribune Ouest, auraient profité de leur amitié avec des membres du ­virage Sud lyonnais pour s’y infiltrer afin d’en découdre avec l’autre groupe messin, la Horda Frenetik, avec lequel ils entretiennent une rivalité historique sur fond d’antagonisme politique. D’autres bagarres entre supporters se seraient ensuite déroulées en pleine ville, dans la nuit.À quelques kilomètres de là, à l’hôpital Mercy, les urgentistes ­livrent leur verdict : surdité traumatique des deux oreilles pour Lopes. « Après en avoir pris connaissance, j’ai décidé d’appeler l’ORL (oto-rhino-laryngologiste) avec lequel le club travaille (Christian Giroud). Je lui ai aussi demandé son avis pour savoir si Antho pouvait prendre l’avion. » Il donne son accord. Le médecin et le gardien rejoignent alors le reste de l’équipe à l’aéroport. Lopes sera malade tout au long du trajet. La LFP a déjà réagi rapidement par un communiqué pour dénoncer les événements de la soirée. Deux jours plus tard, Lionel Jaffredo et Daniel Cholet transmettent leurs rapports à la Ligue pour que la commission de discipline se saisisse du dossier. Lors de sa session du 8 décembre, l’instance décide dans un premier temps de fermer la tribune Est à titre conservatoire. Formellement identifiés dans les jours suivants, deux individus (23 et 30 ans) sont interpellés, mis en examen puis placés sous contrôle judiciaire (et ­interdits de stade à titre conservatoire) pour « violences aggravées, jet de projectile dangereux et interdiction de fusée ou artifice dans une enceinte sportive lors d’une manifestation sportive ». Le FC Metz se porte partie civile. La tribune basse est fermée pendant sept matches Après des doutes quant à sa participation, Lopes, lui, dispute finalement le dernier match de groupe de la Ligue des champions face au Séville FC (0-0), quatre jours après les incidents. Par précaution, il effectue tout l’échauffement avec des bouchons d’oreilles. La commission de discipline livre son verdict le 5 janvier après audition de certains acteurs, dont Lopes, venu spécialement à Paris. Les sanctions sont lourdes pour le FC Metz : perte de trois points, dont un avec sursis, et match à rejouer à huis clos. Sébastien Deneux, le président de la commission de discipline de la Ligue, considère qu’il fallait marquer le coup : « On était passés très proches d’une énorme catastrophe. Les textes sont très clairs. Les clubs sont responsables dans de telles circonstances, avec la possibilité d’une perte de points. Si Anthony Lopes perd ses doigts et doit arrêter sa carrière, on fait quoi ? » La tribune Est basse a été fermée pendant sept matches par le club (dont 6 de L 1), jusqu’à la réouverture contre Bastia (1-0, le 17 mars), avec des aménagements, en particulier un filet de protection qui bloque tout projectile. Après avoir fait appel auprès de la commission supérieure d’appel de la FFF, Metz est finalement sanctionné de trois points de retrait avec sursis. Les dirigeants rétablissent un semblant de dialogue avec les membres de la Horda Frenetik, auxquels il a été demandé de « siéger » désormais dans la partie haute de la tribune. Ils refusent et annoncent qu’ils ne viendront plus cette saison. Ils n’auraient de toute façon pas pu être présents, ce soir, pour ce match à rejouer qui se déroulera devant des tribunes vides.

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