Foot - L. nations - LUX - Luc Holtz (Luxembourg) : « On est beaucoup plus respectés »

L'Equipe.fr
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Alors que le Luxembourg entame une série de deux matches qui pourrait lui permettre de grimper d'une division en Ligue des nations, son sélectionneur Luc Holtz décrypte la progression des Lions Rouges.

Quand il a mis un terme à sa carrière internationale en 2002, fort de 55 sélections et 1 but, le milieu de terrain Luc Holtz restait sur une phase de qualification à la Coupe du monde très délicate. Le Luxembourg venait de subir 10 défaites en autant de rencontres disputées et il pointait à une peu reluisante 148e place au classement FIFA.

Dix-huit ans plus tard, c'est ce même Holtz (51 ans) qui dirige le Luxembourg, et ce, depuis 2010. Mais les choses ont changé. Le Grand Duché, désormais 95e au classement FIFA, est en train de briller en Ligue des nations. En cas de résultats favorables à Chypre ce samedi (18 heures) puis contre l'Azerbaïdjan mardi (20h45), le Luxembourg pourrait même monter en Ligue B et rejoindre les 32 meilleures sélections européennes. Avant la rencontre amicale disputée mercredi face à l'Autriche (0-3), au cours de laquelle il a effectué un large turnover en vue des échéances à venir, Holtz a pris le temps, par téléphone, de décrypter cette période dorée.

« Il reste deux matches à jouer, vous êtes premier de votre groupe et vous pouvez monter en Ligue B de la Ligue des nations. Est-ce simplement un heureux concours de circonstances ?
Au départ, on ne peut pas dire qu'on avait pour objectif de postuler à la montée en Ligue B. Mais avoir cette opportunité, à mon avis, n'est pas du tout du hasard. Je dirais que c'est le fruit d'un travail de plusieurs mois, voire de plusieurs années, de développement d'un groupe de joueurs, que ce soit au niveau collectif ou individuel, pour améliorer les compétences. C'est ce fruit-là que l'on récolte.

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Quels ont été les axes de travail ?
Ces dernières années, on a réussi à avoir davantage de joueurs professionnels, qui ont plus de rythme, plus de vitesse, plus d'expérience, et qui peuvent être compétitifs. C'est aussi dû au fait qu'on a mis en place un groupe de joueurs. Le noyau est souvent le même. Ces derniers mois, cela nous a permis de mettre en place certains principes de jeu, avec une certaine philosophie, des automatismes. Je crois aussi qu'au niveau de la mentalité, de la confiance, on a pas mal travaillé. On gère mieux les situations de stress. Ce sont tous ces facteurs qui font que l'on peut postuler à une montée en Ligue B.

Justement, vous avez la possibilité de monter en Ligue B. Mais n'est-ce pas prématuré ? N'êtes-vous pas mieux en Ligue C, finalement, avec des adversaires de votre niveau ?
Non, je pense que quand on a l'opportunité, il faut la saisir. Maintenant, il n'y a pas du tout de pression parce que quand nous avons démarré cette Ligue des nations, l'objectif était surtout de ne pas finir derniers (sourire). Avoir la possibilité de décider nous-mêmes de notre sort, on ne l'avait pas imaginé, et si l'on devait monter en Ligue B, on jouerait des adversaires plus difficiles, mais cela signifierait que nous avons réussi à créer quelque chose de fantastique.

Quels sont vos joueurs cadres ? Ceux qui incarnent bien votre campagne en Ligue des nations ?
Je ne veux oublier personne et je tiens à souligner que même lorsque nous avons eu des absents, nous avons quand même réussi à faire de très belles choses. Après, on a Laurent Jans (latéral gauche), qui est le capitaine de l'équipe et joue au Standard de Liège (il a quitté Metz en octobre), Leandro Barreiro (milieu), qui joue à Mayence, et Gerson Rodrigues (ailier), qui joue la Ligue des champions avec le Dynamo Kiev. Ces joueurs-là sont les leaders et ils savent gérer les temps faibles. Les autres doivent pouvoir s'appuyer dessus et c'est ce qu'ils font à merveille en ce moment.

En comparaison avec l'époque où vous étiez joueur, sentez-vous un peu plus de respect pour le Luxembourg ? Vos adversaires vous regardent-ils différemment ?
Oui. Depuis un certain moment. Le fait qu'on fasse match nul en France (0-0, en 2017) ou en Italie (1-1, en 2014), que l'on ait eu des matches serrés contre les Pays-Bas - en 2016, on perd 3-1 mais au bout de 60 minutes il y avait toujours 1-1 -, bref, tous ces résultats-là et aussi les performances qu'on a montrées ces dernières années, font que l'on est quand même beaucoup plus respectés. À l'époque, je pense que nos adversaires, dans leur approche du match, sachant qu'ils jouaient le Luxembourg, n'étaient pas à 100 % au niveau de la concentration. Depuis quelques années, je sens vraiment la concentration au niveau de leurs attitudes. Ils savent désormais qu'ils doivent s'investir à 100 % s'ils veulent nous battre.

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Identifiez-vous tout de même des fragilités qui persistent ?
Bien sûr. On n'est jamais à l'abri d'un résultat très négatif, parce qu'aujourd'hui on a une vingtaine de joueurs professionnels qui ont atteint un bon niveau, mais on n'a pas de profondeur d'effectif. Si l'on doit faire face à certaines absences dues à des blessures ou au Covid-19, ce qui est le cas de pas mal d'équipes en ce moment, on ne peut pas les compenser comme d'autres nations. On aurait moins de qualité individuelle sur le terrain, on serait moins forts, moins solides. Là, en l'espace de six jours, on joue trois matches, il faut considérer cet aspect physique. C'est un peu plus à risque pour le Luxembourg.

Qu'en est-il exactement du niveau de votre Championnat national ?
Concernant mon noyau, il y a 5 joueurs qui évoluent toujours dans le Championnat du Luxembourg, qui n'est pas professionnel. Certains joueurs sont professionnels, mais ce Championnat est amateur. Il y a seulement 3, 4 équipes dont les joueurs peuvent vivre du football. Et dans mon noyau, il y en a encore qui ne sont pas professionnels. Au niveau du Championnat, le souci concerne l'intensité et les exigences du haut niveau, la vitesse cognitive, la précision technique, l'intensité dans les transmissions et les duels. Là, il y a un certain retard.

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Où avez-vous envie d'emmener cette équipe du Luxembourg ?
Fixer un objectif en termes de résultats me paraît difficile car, comme je l'ai dit, il nous manque encore un peu de profondeur d'effectif. On n'est pas encore à un niveau où l'on peut rivaliser ou postuler pour plus. On a déjà franchi plusieurs paliers ces derniers mois et l'objectif est toujours d'être dans le développement des joueurs et de l'équipe à moyen voire long terme. Jusqu'où on peut aller, ça, je ne peux pas le dire. Il faut continuer notre petit chemin, et puis ça dépendra de notre avenir proche, en Ligue des nations. Cela jouera sur la confiance, la maturité des joueurs. Mais fixer un objectif de qualification pour une Coupe du monde ou un Championnat d'Europe ne serait pas tout de suite en relation avec les qualités que l'on a.

Comment jugez-vous les infrastructures et les moyens mis à disposition de la sélection ?
Concernant la préparation des rencontres, on se retrouve toujours dans un hôtel calme, dans le nord du pays, avec des terrains juste à côté, et je pense qu'il est difficile de trouver mieux. C'est plutôt une infrastructure très agréable. Après, un nouveau stade est en construction et va bientôt être prêt. Par rapport aux exigences du football moderne et aux spectateurs, on sera dans le vrai. Ce sera tout à fait différent par rapport au stade actuel (Josy-Barthel). On joue actuellement dans un stade de 8 000 places. Le nouveau pourra en accueillir 10 000 voire 12 000. Et surtout, là, on sera dans un vrai stade de football, sans piste d'athlétisme. Ce sera totalement couvert, à Luxembourg ville. L'ambiance qui va y régner sera différente. Avec les réglementations, ça traîne un peu, mais on devrait y jouer en 2021.

Comment est perçu votre parcours au pays ?
La situation ne passe pas inaperçue. Le peuple luxembourgeois est un peuple exigeant, qui fait souvent la comparaison avec la Bundesliga. Mais, là, sur nos derniers matches, que ce soit via les médias ou les réseaux sociaux, on ne tire que du positif. Alors on va tout faire pour continuer à rêver. »