Foot - L1 - Entre Jean-Michel Aulas (OL) et Jacques-Henri Eyraud (OM), un conflit qui dure

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Les présidents de l'Olympique Lyonnais et de Marseille ne s'apprécient guère et le font savoir depuis décembre 2017. Ils ont fini par échanger des noms d'oiseaux lors d'un conseil d'administration de la LFP. Tout a commencé par une interview dans notre quotidien...Jean-Michel Aulas et les présidents de l'OM, c'est souvent la même histoire. Une histoire conflictuelle. Le patron de l'OL s'était trouvé un adversaire à sa mesure avec Pape Diouf, qui a présidé l'OM pendant quatre ans (2005-2009), puis s'était beaucoup chamaillé avec Vincent Labrune (2011-2016). Sa relation était normalisée avec Jacques-Henri Eyraud, aux commandes de l'OM depuis le 17 octobre 2016. C'est finalement l'homme de Frank McCourt qui avait ouvert les hostilités...Notre quiz : Qui a dit ? Aulas ou EyraudAux origines du conflitTout est parti d'une histoire de penalties. Dans une interview publiée le 23 décembre 2017 dans notre quotidien, Jacques-Henri Eyraud avait usé du second degré pour évoquer celui obtenu par l'OL à Toulouse trois jours plus tôt (2-1) après une simulation de Mariano Diaz : « Je vais demander à Rudi (Garcia) d'intégrer dans les protocoles d'entraînement un stage au Cercle des Nageurs de Marseille. Quand Rudi dit qu'il nous manque un peu de vice, je crois qu'il a raison. Après, c'est tellement peu glorieux de gagner sur une action comme ça. Mais les enjeux sont ce qu'ils sont et il faut employer les armes qu'emploient certains. » Dans son viseur : les « dix-neuf » penalties dont l'OL a bénéficié « depuis la saison 2016-2017 », quand « cinq » ont été accordés à l'OM dans le même laps de temps.Jacques-Henri Eyraud : « Il faut employer les armes qu'emploient certains »Twitter, lieu du conflitJean-Michel Aulas n'était pas passé par voie de presse ou un communiqué publié sur le site de son club pour répondre à ces « propos limites ». Il avait utilisé son compte Twitter, son canal de communication préféré. « Dans notre foot français, les arbitres sont professionnels et honnêtes. L'habitude d'être proche des paris hippiques a peut-être désorienté JHE ? », avait-il écrit, en allusion au passé de son homologue marseillais, ancien patron du groupe de médias Turf éditions.Qui avait lui aussi répondu sur Twitter : « J'ai démarré un long et difficile apprentissage. Mais si je suis un jour tenté par une sortie comme celle-ci, je m'engage à t'appeler pour te demander conseil et retrouver la raison. Promis. » Son message était accompagné d'une vidéo, datant de 2010, où Aulas s'en prend à des arbitres à l'issue d'une rencontre.Aulas avait répliqué dans la foulée : « Plutôt que de ressortir une vidéo de plus de dix ans alors que tu n'étais pas dans le foot, pour répondre à ta sortie médiatique et si tu as besoin d'un conseil pour améliorer tes relations avec tes groupes de supporters, je peux effectivement te faire progresser aussi. »Deuxième vaguePendant cette même saison, quelques semaines après un OM-OL de triste mémoire (la rencontre du 18 mars 2018, remportée 3-2 par Lyon s'était terminée par une bagarre générale), Jacques-Henri Eyraud avait fait part de son courroux envers le président lyonnais en avril 2018 dans une interview à L'Équipe et à La Provence. « Mon objectif professionnel n'est pas d'afficher 8 000 tweets sur mon compte. J'ai autre chose à faire que de passer mon temps sur mon téléphone, y compris en vacances à Saint-Barthélemy, à tweeter sur l'Olympique lyonnais ». Il poursuivait son attaque en règle : « Jean-Michel Aulas a bâti un réseau d'influence, de pouvoirs [...]. Je veux croire que cette influence s'exerce dans le respect d'une morale et de principes », renommant Aulas « Don Giovanni Michele ».Jacques-Henri Eyraud : « Je rendrai coup pour coup »Jean-Michel Aulas avait immédiatement réagi à ces propos, toujours dans notre quotidien : « C'est tellement désagréable. Vulgairement, je dirais qu'il a pété les plombs car je suis choqué par ces attaques personnelles. » JMA poursuivait : « Il est en train de disjoncter. Il parle aussi de mes tweets, mais ça reste un moyen de communication utilisé par les hommes politiques, les chefs d'entreprise. Il oublie que, quand la décision a été donnée par la commission (qui avait infligé la même sanction de trois matches de suspension à Adil Rami et Anthony Lopes, N.D.L.R.), il tweetait trente minutes plus tard : ''J'ai compris... '' Tout le monde sait à quoi il faisait référence (à une phrase de Bernard Tapie en 1990, N.D.L.R.). Je l'ai interpellé pour savoir ce qu'il avait compris mais je n'ai pas reçu de réponse. Et quand il m'appelle ''Don Giovanni-Michele''... C'est encore de la dénonciation calomnieuse. »La situation était restée tendue jusqu'à la fin de la saison et la finale de la Ligue Europa disputée par l'OM au Groupama Stadium et perdue (0-3) face à l'Atlético de Madrid. « J'ai une pensée pour l'OM qui a tout perdu dans notre stade », déclarera Aulas, pris pour cible tout le match par les supporters olympiens (« Aulas, on va tout casser chez toi »).La tempête après le calmeDepuis deux ans, donc, hormis cette petite pique du président rhodanien, les relations étaient relativement apaisées entre les deux hommes. Mais la crise sanitaire et l'arrêt du Championnat ont réveillé les tensions. À l'origine, un entretien au Monde de JMA, dans laquelle le président lyonnais donnait sa vision sur la suite des événements. La Ligue 1 était alors suspendue : « Le plus logique serait de dire on annule tout et on repart sur la situation du début de saison. » Une option qui permettait à l'Olympique Lyonnais, septième avant l'arrêt du Championnat, de passer troisième. Très agacé, Jacques-Henri Eyraud lui répondait dans une tribune acide publiée par le Journal du dimanche, un long texte où il pointait du doigt « l'égoïsme » du président lyonnais et « l'obscénité » de sa position : « Nous tenons notre Lider maximo, prêt à bondir sur un virus dévastateur pour occulter la saison difficile de son club en Ligue 1. »Le patron de l'OL avait répondu avec son mode de communication préféré : « Heureusement pour toi et tes disciples que le ridicule tue moins que le Coronavirus ! Pour le reste j'espère de tout mon coeur que le Championnat reprendra vite et que nous pourrons le terminer comme le match de Ligue des champions et la finale de la coupe. Pour toi JH (Jacques-Henri Eyraud) le plus dur commence », avait d'abord tweeté Aulas. Avant d'enchaîner avec un deuxième tweet beaucoup plus rude pour le président de l'OM : « Le foot JH n'a jamais été ta meilleure compétence : après avoir proposé d'augmenter les points pour les buts marqués hors de la surface, les 200 millions d'euros de pertes en trois ans pour 30 autorisés par le FPF, tu t'exposes à une plainte en diffamation car tu as travesti mes propos ! »Noël Le Graët était sorti de sa réserve pour demander aux deux hommes de se calmer. L'accalmie aura été de courte durée. Mardi soir, pendant un conseil d'administration en urgence de la Ligue, les deux hommes se sont déchirés pour savoir s'il fallait suivre la recommandation gouvernementale en mettant un terme définitif à la saison en cours ou s'il fallait la reprendre en août. Des noms d'oiseaux ont même été échangés, à la stupeur des autres participants consternés par un tel spectacle. L'épisode le plus récent d'un conflit qui dure maintenant depuis deux ans et demi.

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