Foot - L1 - Rennes - Bruno Genesio (Rennes) : « Même Zidane n'est pas mis en avant »

L'Equipe.fr
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Interrogé sur la place et l'image des entraîneur français, le coach de Rennes Bruno Genesio les considère sous-cotés et prend farouchement leur défense. Interrogé ce vendredi sur la longévité du futur ex-coach angevin Stéphane Moulin, qu'il va croiser samedi (12h45), l'entraîneur rennais Bruno Genesio a glissé ceci : « Ce sera de plus en plus rare, mais ça montre la qualité et c'est la récompense de son travail ». L'échange s'est poursuivi sur la qualité des techniciens français, justement, alors que le président de l'OM Pablo Longoria avait formulé cette observation récemment dans El Pais : « En France, il n'y a pas un modèle de jeu établi. C'est l'un des pays qui exporte le moins d'entraîneurs. On forme des joueurs très individualistes, sans concept réellement concret de jeu, précisément parce que l'on cherche encore cette identité. » Ça n'a pas échappé à Genesio : « Les entraîneurs français sont sous-cotés, j'ai encore lu une déclaration d'un président d'un grand club (Longoria) qui a dévalorisé la formation française, des joueurs français et des entraîneurs français, et je m'élève contre ça. Nous, entraîneurs français, on n'est pas suffisamment solidaires par rapport à ça. Quand je vois ce que fait Stéphane (Moulin), David Guion à Reims, Michel Der Zakarian à Montpellier par exemple, quand on ramène au budget et à l'effectif qu'il y a, et on peut aussi parler d'Olivier Dall'Oglio (Brest), il y a plein d'exemples de coaches français qui font très bien leur travail. Or, ils ne sont pas mis en avant, car ils n'ont pas la carte. Et peut-être que vous (les médias), vous avez une responsabilité là-dessus aussi, parce que dès qu'un entraîneur étranger arrive, c'est toujours extraordinaire, tout va être révolutionné. Alors parfois, c'est le cas, il faut le souligner, et l'apport de coaches étrangers nous aide aussi à progresser. Mais, parfois, il y a des coaches français qui travaillent très bien et ce n'est pas mis en avant. » lire aussi Wenger sur le déclin des entraîneurs français : « Un problème de réseau » Relancé sur le sens d'« avoir la carte », il a développé : « C'est-à-dire peut-être le look, la façon de parler, le fait d'avoir des relations avec un certain réseau, qui permet qu'à résultat égal, on va faire toute une montagne de l'un, et pas de l'autre. C'est ça, avoir la carte, et vous le savez très bien car vous êtes au coeur de tout ça vous aussi. » À propos de la faible représentativité des coaches français à l'export, il répond : « On a des contre-exemples extraordinaires, on a un coach champion du monde Didier Deschamps) et un coach qui va peut-être gagner une quatrième Ligue des champions en cinq ans Zinédine Zidane), il est aussi français, ils ont fait leur formation en France. Le gros défaut qu'on a, c'est qu'on n'est pas suffisamment élaborés au niveau des langues étrangères, et ça, on doit travailler là-dessus. Si on doit s'améliorer dans un domaine, c'est celui-là, car aller travailler à l'étranger, c'est forcément parler une langue étrangère, parler l'anglais. Et même en France, avec de plus en plus d'effectifs avec des joueurs étrangers. Ça, c'est un gros défaut par rapport à des coaches d'autres nationalités, capables de parler deux, trois voire plus de langues. » lire aussi Des entraîneurs français racontent leur vie de coach Pour Genesio, même Zinédine Zidane n'est pas considéré à sa juste valeur : « Même lui n'est pas mis en avant, je trouve, par rapport au travail qu'il a fait et à ce qu'il a gagné par rapport à d'autres entraîneurs étrangers. Zizou, je trouve qu'on n'en parle pas beaucoup par rapport au palmarès qu'il a. » Et Genesio de vouloir dépoussiérer l'image des coaches français : « En France, on a tendance à mettre les gens dans des cases. L'entraîneur français, c'est un coach frileux, défensif, le coach espagnol il va faire du jeu, avec l'Anglais, il va y avoir du fighting spirit... [...] Peut-être y a-t-il plus de matches fermés en France que dans certains autres Championnats, mais régulièrement, dans les clubs français, tous les très bons joueurs partent très vite à l'étranger, et ces clubs se renouvellent chaque année avec de plus en plus de jeunes joueurs et de moins en moins de talents, à part les quatre-cinq clubs qui sont devant. » lire aussi Rennes : Jonas Martin opéré d'une cheville