Football: le FC Sochaux-Montbéliard ou l’histoire d’un club porté par le monde ouvrier

Jean-Baptiste Forray publie Au cœur du grand déclassement. La fierté perdue de Peugeot-Sochaux aux éditions du Cerf. Une enquête journalistique et une plongée littéraire qui racontent l’histoire d’un club et de la grande époque de l’industrie français, jusqu’au ravages de la délocalisation et la vente du FC Sochaux-Montbéliard à un groupe chinois ne sachant pas gérer cette institution, pour la plus grande tristesse d’un monde ouvrier, qui se sentait abandonné de tous.

Lorsque Peugeot annonça la vente du FC Sochaux en 2015, les amoureux des Lions crièrent à la trahison. Peugeot abandonnait le foot, très/trop populaire, pour le tennis et Roland-Garros, beaucoup plus élitiste.

Avec l’internationalisation du groupe, le foot a pris moins de place, et les heures glorieuses du Stade Bonal (20 000 places), n’ont pas ému la direction du groupe, qui a cédé le club en 2015 pour une bouchée de pain. Dans son livre Au cœur du grand déclassement. La fierté perdue de Peugeot-Sochaux, Jean-Baptiste Forray, rédacteur en chef délégué de La Gazette des Communes, raconte avec brio l’histoire d’une usine automobile et d’un club de football. Dans un récit mélancolique, Jean-Baptiste Forray dépeint une région où les hivers sont austères, mais les cœurs chaleureux.

42 000 ouvriers dans les grandes années

La vente du club, événement funeste, n'a fait qu'entériner le déclin d'une industrie, d'une ville, d'une légende. Le FC Sochaux-Montbéliard reste un des clubs fondateurs de la première division française (saison 1932-1933) et son histoire a soudé toute une région depuis des décennies.

L’usine de Sochaux compte environ 7 000 salariés et, au plus fort de son activité, 42 000 ouvriers se relayaient 24h sur 24, pour produire la fine fleure de l’industrie automobile dans la plus grande usine d’Europe dans les années 1970. Peugeot possédait tout à l’époque : les usines, les logements, les supermarchés. Une société paternaliste qui envoyait les gamins des ouvriers découvrir en colonies de vacances les joies de la montagne ou de la mer. On venait travailler à « la peuge » avec fierté, et on rêvait discrètement de s’offrir la dernière née de la marque au Lion, avec la ristourne de près de 20% offerte par le patron.

« Le football, c’est un sport qui ne va pas trop avec nos valeurs »

L’ère de l’internationalisation du groupe, a fait oublier l’épopée des Lions du Stade Bonal aux heures glorieuses des luttes de classes, avec un club symbole de la France ouvrière. Le livre s’ouvre sur les déclarations d’Isabel Salas Mendez, la directrice du « sponsoring » et des partenariats, au micro d’Europe 1 un soir de 2019. Quand le journaliste lui a demandé ce qui allait advenir du FC Sochaux-Montbéliard, elle lui a fait la réponse suivante : « Le football, c’est un sport qui ne va pas trop avec nos valeurs. Il véhicule des valeurs populaires, alors que nous, on essaie de monter en gamme. » Coup de couteau dans le dos.

Sur fond de mondialisation sauvage, Peugeot coupe le dernier cordon ombilical qui relie les ouvriers à leurs patrons. Le FC Sochaux, créé en 1928 sous l'impulsion de la famille Peugeot, n'est plus une nécessité, le voilà considéré comme un rebus. Il part à la poubelle, comme un mauvais pare-chocs qui n'aurait pas passé le contrôle qualité.

Pourtant, le FC Sochaux-Montbéliard compte à son palmarès deux titres de champion de France, remportés en 1935 et 1938, deux Coupes de France gagnées en 1937 et 2007 et une Coupe de la Ligue obtenue en 2004. Son meilleur résultat en compétitions européennes est une demi-finale de la Coupe UEFA lors de l'édition 1980-1981. Des fils d'ouvriers, à l'image de Benoît Pedretti, chaussent les crampons dès l'enfance pour passer par le centre de formation et devenir professionnel.

Aujourd’hui, la ville de Sochaux et l’agglomération de Montbéliard se sont largement paupérisées. « Jadis grande exportatrice, l’industrie automobile tricolore est désormais la championne d’Europe des délocalisations. Elle sort quatre à cinq fois moins de voitures de ses chaînes de montage qu’outre-Rhin », écrit Jean-Baptiste Forray dans sa conclusion. Depuis son arrivée à la tête de Peugeot en 2013, Carlos Tavares, désormais à la tête du groupe automobile multinational Stellantis, issu de la fusion entre le groupe PSA et Fiat Chrysler Automobiles, a supprimé 16 200 postes sur le sol français.

Le championnat de Ligue 2 terminé, le FC Sochaux (5e) se lance dans une nouvelle compétition, uniquement faite de matchs couperet, avec, au bout, un ticket pour monter en Ligue 1. L’aventure commence à Paris, au stade Charlety le 17 mai. Et tous les « Jaune et Bleu » de cœur croisent les doigts pour ce retour en première division attendu après cette 8e saison consécutive en Ligue 2.

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