Frédéric Soyez, sélectionneur de l'équipe de France : « À 100 % dès le premier match »

Frédéric Soyez, lors de France-Belgique, en mai 2022. (DR)

L'équipe de France de hockey sur gazon attaque sa Coupe du monde ce vendredi (10h30, en direct sur L'Équipe Live) face à l'Australie. Un gros morceau pour entrer de plain-pied dans une compétition où l'objectif est de sortir d'une poule qui compte également l'Argentine et l'Afrique du Sud.

Les Bleus du hockey sur gazon sont arrivés en Inde dimanche soir. Le temps pour les hommes du sélectionneur Frédéric Soyez de s'acclimater aux conditions météo (fraîches le matin et le soir, mais lourdes, entre 28 et 30 degrés, en journée) avant de démarrer la compétition ce vendredi à 10h30 (15 heures locales, au pic de chaleur) face à l'ogre australien, classé au sommet de la hiérarchie mondiale.

Ensuite, la France retrouvera l'Afrique du Sud (lundi, 12h30) contre qui elle s'est inclinée en Nation Cup en fin d'année dernière, puis la redoutable Argentine (vendredi 20, 10h30) qu'elle avait battue en 2018 (5-3) déjà à Bhubaneswar, sur la route du premier quart de finale de son histoire en Coupe du monde. Après deux matches test face à la Corée du Sud et au Japon pour « peaufiner les réglages et les systèmes de jeu », le moral est au beau fixe et aucun blessé n'est à déplorer, ce qui n'a pas toujours été le cas dans un passé récent.

« Est-ce un avantage ou un inconvénient d'affronter d'emblée l'Australie ?
Je préfère jouer contre l'Australie en premier. L'équipe est numéro un mondial, c'est un des favoris de la compétition, ça nous met dans le tournoi directement. On sait qu'on doit être à 100 % dès le premier match. On n'est pas favori, donc on n'a rien à perdre. Au contraire, on a même tout à gagner, donc on a essayé de préparer ce match en mettant en place des systèmes un petit peu différents de ce qu'on fait d'habitude. On va voir si on est en capacité de rivaliser et d'éventuellement prendre quelques points.

Vous restez sur une contre-performance en Nation Cup en Afrique du Sud à la fin de la saison dernière (5e). L'avez-vous digérée ?
Disons qu'on a été déçus du résultat, évidemment, parce qu'il y avait des attentes et un enjeu importants. Mais on a quand même des circonstances qui expliquent aussi cette contre-performance. On peut l'appeler comme ça mais ce n'est pas forcément un échec. On a essayé de relativiser car nous n'étions pas dans un moment optimum de préparation, à cette période de l'année. On est arrivé en Afrique du Sud quasiment sans préparation, avec des joueurs dans un état de fatigue assez important. On a dû gérer un nombre de blessures incroyable, qui ont touché des joueurs clé, c'est la première fois que ça m'arrive en 15 ans de carrière. On n'avait jamais vécu ça ! Une semaine noire. Je pense qu'on est la seule équipe à avoir vécu pareille situation ces dernières années dans un tournoi international.

C'est-à-dire ?
Au hockey, on joue normalement à 18. Juste pour comprendre, on a un deuxième gardien donc on a six remplaçants (dans le champ) mais on a joué nos matches avec trois remplaçants puisqu'on a eu six blessés indisponibles pendant le tournoi. Ça veut dire tourner avec un joueur par ligne. À ce niveau-là, c'est quasiment impossible. En plus, on jouait à Potchefstroom, à 1 000 mètres d'altitude, il faisait entre 30 et 35 degrés, avec une préparation minimum, des joueurs qui venaient de jouer cinq mois quasiment sans arrêt, avec pas mal lassitude physique et mentale.

Une semaine avant le début de la compétition, beaucoup de joueurs étaient encore en Belgique, en Championnat. Derrière, on a joué des équipes comme l'Afrique du Sud qui venait de se préparer pendant trois mois à cette compétition. Et l'Irlande qui est une équipe de notre niveau. Et même si on est un petit peu au-dessus, les Irlandais sont capables de nous battre sur un match, comme nous on est capables de battre des équipes qui nous sont supérieures au ranking. On ne cherche pas d'excuses, mais c'est vrai que toutes les conditions n'étaient pas réunies pour faire le meilleur tournoi possible. C'était vraiment atypique, très spécial et ça a eu un impact direct sur les résultats, notamment lors de ces deux matches de poule qu'on a perdus, mais d'un but malgré tout. Ce ne sont pas des marges énormes. Même si au ranking mondial ces équipes sont derrière nous, elles ne sont pas loin, donc d'un niveau quasi égal.

Avant Noël, un stage avec un tournoi amical à Cadix a regonflé le moral des troupes...
Oui, on a gagné contre l'Allemagne et l'Espagne qui sont des équipes du top sept mondial. Même si ça reste un tournoi dans des conditions amicales, ça veut dire que finalement, avec un groupe de joueurs au complet, on peut rivaliser contre des équipes qui sont devant nous. On sait élever notre niveau de jeu. Ce tournoi nous a redonné confiance. Maintenant il va falloir être encore plus constants, encore plus costauds. Là on a vraiment mis l'accent sur l'état d'esprit dans le sens où face à l'Australie, le travail défensif va être primordial. On va certainement subir contre cette équipe. On a donc travaillé sur notre capacité à garder la tête froide et à bien défendre, surtout dans les derniers mètres.

À quoi vous attendez-vous lors des deux autres matches contre l'Afrique du Sud et l'Argentine ?
L'Argentine est une équipe du top six mondial, très difficile à jouer, très physique, mais qu'on peut, je pense, battre si on joue à notre meilleur niveau. Quant à l'Afrique du Sud, c'est une équipe contre laquelle on part un petit peu favoris. Mais voilà, ce sont des matches vraiment très équilibrés. Ça va se jouer sur les petits détails. En tout cas, on sait ce qu'on doit faire pour gagner et aussi ce qu'on ne doit pas faire car on l'a fait en Nation Cup (rires). Mais je pense qu'on est aujourd'hui à un autre niveau qu'il y a un mois et demi. Je n'ai pas de doute sur le fait que si on fait vraiment de bons matches, dans le cadre qu'on s'est fixé, on gagnera contre l'Afrique du Sud et on fera une grosse performance contre l'Argentine.

Il y a beaucoup de jeunes dans la sélection de 20 ans... Ce rajeunissement de l'effectif était-il voulu dans le but de préparer les Jeux 2024 qui se profilent au loin ?
C'est loin mais c'est demain aussi et on n'a pas forcément beaucoup de temps non plus. On a un groupe de jeunes joueurs qui a fait un résultat lors de la dernière Coupe du monde juniors (médaille de bronze en 2021). Ils sont quasiment tous partis en Belgique. On en a encore quelques-uns qui jouent en France, mais le groupe a un certain potentiel et ce potentiel, il faut le travailler, le développer. Ce n'était pas une envie spéciale de rajeunir le groupe mais ça s'est fait un peu naturellement. Il y a eu un renouvellement de génération.

On a aussi un joueur comme Amaury Bellenger (qui sera consultant pendant la diffusion des matches des Bleus sur L'Équipe Live) qui était un joueur cadre ces dernières années et qui s'est blessé un mois avant le départ. Donc naturellement, les jeunes ont pris place dans cette équipe ce qui est à la fois un avantage et un inconvénient. D'un côté, ils ont une grosse envie de jouer une première Coupe du monde senior, surtout en Inde, le temple du hockey. D'un autre, on manque un petit peu d'expérience par rapport aux autres nations. C'est un paramètre qu'il va falloir bien gérer au sein du staff. Mais le groupe a beaucoup d'envie, de travailler, de progresser, de performer. C'est important aussi de penser au futur, de préparer ces Jeux et l'après-Jeux, avec de jeunes joueurs.

D'un point de vue plus technique il y a eu un petit manque d'efficacité sur petit corner en Nation Cup. Cela fait-il partie des choses à corriger ?
Pas vraiment car aujourd'hui, on est dans les clous, on a même progressé dans ce secteur. Il faut savoir que si on est entre 20 et 25 % (de réussite) on est dans la moyenne haute. Si on est entre 25 et 30 %, on est dans le top 3 mondial. Si on est en dessous de 20 %, ça devient compliqué de gagner des matches. Aujourd'hui, on tourne entre 20 et 25 %, donc on est dans une bonne moyenne. On cherche à être encore plus performant. Encore une fois, ce sont des petits détails, mais en Nation Cup, contre l'Afsud, on n'a effectivement pas eu un pourcentage élevé. Mais sur les 8 PC que nous avions eus, il y en a 6 où Victor Charlet, notre tireur n°1 n'était pas sur le terrain... On a tendance à dire qu'on n'est pas performants sur le PC mais on a aujourd'hui avec Victor un tireur de niveau international, qui doit confirmer sur une grosse compétition.

Mais on est confiant car on a bien travaillé ce secteur de jeu. Maintenant, on sait aussi que toutes les équipes, nous les premiers, travaillent énormément le PC défensif. C'est vraiment un des aspects sur les trois dernières années qui a quasiment le plus évolué dans le hockey. On en parle très peu, mais il y a un gros travail d'analyse et à l'entraînement qui est fait pour contrer le PC offensif. On espère être performants dans les deux domaines parce qu'on voit aujourd'hui que c'est une des clés du succès dans le hockey moderne.

Le fait que le hockey ait bénéficié du soutien de l'Agence Nationale du Sport pour viser une médaille aux Jeux, ça permet de travailler de manière plus confortable mais ça met aussi plus de pression sur un sélectionneur, non ?
En tant que sélectionneur, on aimerait toujours faire beaucoup plus. L'ANS nous a aidés l'an dernier pour pouvoir participer à la Pro League. Malheureusement, on n'aura pas cette Pro League cette année, donc on est toujours en recherche de sponsors externes. Il faut qu'on arrive à trouver des ressources extérieures, autres que les aides de l'État, pour pouvoir nous préparer plus et mieux. Aujourd'hui, on est malheureusement limités par ces ressources économiques. On est vraiment le petit Poucet de cette Coupe du monde, il ne faut pas se leurrer. On joue contre des équipes qui ont des budgets quasiment dix fois supérieurs au nôtre.

À un moment donné, ça devient difficile de rivaliser. Mais voilà, on essaie de mettre en place un système d'entraînement qui nous permet au moins d'avoir les joueurs de façon régulière. Maintenant, à nous aussi en tant que fédération d'aller chercher des sponsors pour nous permettre de travailler avec plus de sérénité et de façon encore plus professionnelle. »