François Gabart doit attendre la décision sur la conformité de son trimaran

François Gabart lors de la Transat Jacques-Vabre. (S. Boué/L'Équipe)

Conforme ou pas conforme, le trimaran de François Gabart ? La question n'a pas été tranchée hier par le tribunal de Paris, qui rendra sa décision le 21 juillet.

« C'est des voiliers multicolores open, c'est bien ça ? », a cru comprendre le président du tribunal. C'est bien ça. Deux dans les rouges, un bleu, un blanc, un on ne sait pas encore comment et surtout un bleu, celui skippé par François Gabart, dernier-né de la classe Ultime et donc plus moderne, avec qui les autres n'ont pas envie de jouer la Route du Rhum (départ le 6 novembre), considérant le trimaran au look néo-spatial hors règlement.

Noeud (de marin et de vipère) du problème : une règle ancestrale (RSO 3.11), qui interdit les winches en dessous du pont. Encore faut-il définir la notion de pont. La ligne verte dessinée par la classe et la ligne bleue tracée par Gabart ne sont pas parallèles, d'où le franchissement de la ligne rouge, après un an de querelles d'experts, pour s'en remettre à trois juges civils.

lire aussi

Toute l'actu de la voile

Réponse (avant appel) le 21 juillet, ce qui nous amènera au minimum à la rentrée. « Si vous vous entendez, c'est mieux, prévenez-moi », a conclu le président. Ce n'est pas le sens du vent. En deux fois vingt minutes, temps maximum imparti et à peine dépassé, les deux parties ont jouté à la limite de la décence.

« La classe peut pas offrir du sport avec des tricheurs » (maître Besnard) ; « On va pas parler de leurs accidents » (maître Lamarche) ; « Sans notre accord, la classe a envoyé (au World Sailing, appelé en conciliateur dans le cadre d'un protocole) un simple dessin, c'est comme si un architecte présentait un dessin d'enfant pour le permis d'extension de sa maison » (Maître Vitrich) ; « Banque Populaire (un des armateurs) est aussi sponsor de la Fédération française de voile, vous en tirerez les conclusions que vous voulez » (maître Lamarche). Le juge a surtout laissé s'épancher sur le fond. Deux mots volèrent : « sécurité » et « éthique », bien sûr interprétés différemment. Car les winches bas permettent de gagner en aérodynamique mais nuisent peut-être à la visibilité.

Un projet à 40 millions d'euros

Il y avait là à Paris, en sueur et donc en eaux salées, sept avocats et François Gabart en vrai, qui, en « marin habitué à s'adapter », se prépare « à toutes les possibilités », voire celle de s'élancer en candidat pirate. « Mais on n'y est pas. »

Mais c'est sur la forme que se jouera le jugement. Sur l'avis rendu par le World Sailing. L'a-t-il été avant le 4 mars, selon les termes d'un protocole ? Concerne-t-il le trimaran de Gabart en particulier ou les bateaux en général ? Le team Gabart évoque une publication en ligne le 23 février, vite retirée car fondée sur « des plans trafiqués », une version deux affichée le 7 mars « et antidatée au 4 ». Le conglomérat des cinq armateurs ne discerne aucune entorse.

Ce n'est pas une petite affaire. L'audience a révélé que le groupe Kresk, sous la marque Lazartigue, avait investi 40 millions d'euros sur le projet Gabart. « Si ce bateau est trop rapide pour certains, ce n'est pas une raison pour en arriver là », peste son PDG Didier Tabary.

Gabart affirme que jamais, durant la construction, il ne fut alerté par les experts sur ce souci de règle 3.11, ses adversaires prétendent le contraire... « On serait les méchants et lui le gentil, objecte Samuel Tual, patron de l'armateur Actuel, qui regrette que l'affaire ne soit pas restée discrète, mais c'est pas nous les agresseurs. » Pas sûr que Gabart et les autres se retrouvent de sitôt au Café de la Marine.

lire aussi

Gabart au départ de la Dhream Cup

Notre objectif est de créer un endroit sûr et engageant pour que les utilisateurs communiquent entre eux en fonction de leurs centres d’intérêt et de leurs passions. Afin d'améliorer l’expérience dans notre communauté, nous suspendons temporairement les commentaires d'articles