La France décroche le bronze sur l'épreuve libre par équipes aux Championnats d'Europe

L'équipe de France de natation artistique, ici à l'entraînement, a glané trois médailles de bronze en trois épreuves collectives. (S. Boué/L'Équipe)

Grâce à un ballet sur le thème de l'art, l'équipe de France de natation artistique a décroché une médaille de bronze dans l'exercice libre, lundi. Sa quatrième médaille de bronze lors des Championnats d'Europe de Rome.

Les poings serrés, elles miment le sculpteur à l'ouvrage, avant de plonger, de préparer ce porté reconnaissable entre tous, qui mime le Penseur de Rodin. Il s'agit de l'une des oeuvres, des démarches artistiques qu'ont matérialisées dans l'eau les nageuses de l'équipe de France, récompensées ce lundi par une nouvelle médaille de bronze européenne pour leur chorégraphie libre. Une quatrième médaille, de la même couleur que celles obtenues à Rome dans les ballets technique et Highlight, et par Quentin Rakotomalala en solo libre. Une très jolie moisson pour une nation qui s'affirme à deux ans des Jeux Olympiques de Paris.

Même s'il manquait la Russie, interdite de compétition, ou l'Espagne, qui n'avait pas envoyé d'équipe, la progression intrinsèque et dans la hiérarchie est sensible. Les Françaises ont ainsi confirmé leur percée des Mondiaux à Budapest, où elles avaient pour la première fois obtenu une note supérieure aux 90 points pour le libre (90,2667 pts, 6e place). Elles grappillent même quelques centièmes au passage (90,5667 pts) d'une épreuve dominée par les vice-championnes du monde ukrainiennes (94,10 pts), suivies par l'Italie à la maison (92,6667 pts). Et ce n'est pas un hasard.

« On a voulu revenir à notre identité chorégraphique française, qui a été forte, mais qu'on a un peu mise de côté ces dernières années parce qu'on avait envie de performance, d'exécution, souligne Julie Fabre, la directrice de l'équipe de France. On avait envie de proposer quelque chose d'original, qui nous ressemble. » Une idée encore jamais vue. Et c'est l'art, qui a recueilli les suffrages. « Beaucoup de gens ont été jaloux qu'on ait trouvé ce thème avant eux », sourit Laure Obry, l'entraîneure des Bleues.

La France n'a pas fait appel à des chorégraphes extérieurs

Pour une fois, la France n'a pas fait appel à des chorégraphes extérieurs. Ce sont les deux techniciennes et les filles qui ont planché, multiplié les brainstormings. Un investissement personnel qui leur a plu. « Il y a notre coeur dedans, résume Charlotte Tremble. Contrairement au thème des zombies l'année précédente, on a pu faire des recherches en amont. On a proposé des oeuvres qui nous inspiraient, essayé des choses farfelues dans l'eau. Qu'on a gardées ou abandonnées parce que cela aurait nécessité un accessoire ou d'être plus que huit. »

Maureen Jenkins revendique la complémentarité qui a surgi de ce travail « d'équipe ». La connaissance qu'elles ont les unes des autres : « C'est un point fort, on nage ensemble depuis longtemps, on sait comment on bouge et c'est beaucoup plus simple de se caler par rapport aux autres. » Et si l'on ajoute la maturité technique et émotionnelle du collectif, cela donne une autre dimension artistique à leur ballet. « Avec des mouvements plus libérés, moins carrés, précise Charlotte Tremble. On ne nous attendait pas forcément dans ce registre. »

Laure Obry confirme que « ça (leur) tenait à coeur que la France soit capable de nager autrement, de proposer des mouvements qui peuvent toucher et utiliser tout le corps ». D'habitude, elle offrait des produits aux mouvements plus segmentés ; là, c'est l'ensemble du corps qui s'exprime. Peut-être parce que le thème s'y prête. Peut-être aussi parce qu'il a séduit. « Les gens, même les juges, se prennent au jeu de reconnaître les oeuvres, sourit Julie Fabre. Le Penseur, la Joconde... C'est aussi ça, un bon ballet. Il marque les esprits, s'avère stratégique parce qu'il va accrocher l'intérêt, la curiosité. Donner des images hyper claires aux spectateurs, qui leur parlent tout de suite de quelque chose. Qui génèrent une émotion aussi. »

Et s'il reste frais, nécessitera encore du travail et des réglages l'an prochain pour être vraiment abouti, ce ballet répond décidément à l'évolution des Bleues.

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