Francis Graille à propos de Modeste M'Bami, décédé samedi : « C'était vraiment un chic type »

Modeste M'Bami a joué au PSG de 2003 à 2006. (A. Martin/L'Équipe)

Président du PSG entre 2003 et 2005, Francis Graille a été profondément marqué par la mort, samedi, de l'ancien milieu camerounais Modeste M'Bami (40 ans), qu'il avait recruté à l'été 2003.

La mort de Modeste M'Bami, samedi, à l'âge de 40 ans, a profondément bouleversé le monde du football, et notamment Francis Graille, président du PSG entre 2003 et 2005. Il avait gardé contact avec le champion olympique 2000, qu'il avait recruté à l'été 2003. Ils ont encore échangé des messages jeudi. L'ancien président du club de la capitale se souvient avec beaucoup d'émotion et de bienveillance du milieu de terrain camerounais.

« Quels souvenirs gardez-vous de Modeste M'Bami ?
Le premier, c'est celui de son arrivée. J'ai aussi en mémoire son large sourire et sa conférence de presse de présentation où Vahid Halilhodzic (l'entraîneur de l'époque) l'avait chambré car il le trouvait un peu rond. Modeste était toujours heureux, il montrait ses sentiments. On est très triste. Je pense à ses filles et à son fils.

Racontez-nous son arrivée au PSG...
Elle a failli ne pas se faire. Vahid le voulait, j'ai donc entamé des discussions avec Pascal Urano, l'ancien président de Sedan. On est vite tombé d'accord tous les deux mais il m'a dit : ''je pense que c'est trop tard car Modeste est parti en Angleterre passer sa visite médicale'', à Wolverhampton de mémoire. J'ai appelé son agent, Pape Diouf, qui m'a confirmé qu'il avait passé sa visite mais qu'il ne signait que le lendemain.

Il devait être 19 heures. Pape m'a alors dit qu'il allait lui en parler. On a raccroché et à peine quelques secondes plus tard, il m'a rappelé pour me dire que Modeste voulait venir à Paris. Je lui ai dit : ''Que fait-on ?'' Pape m'a répondu : ''Modeste va rejoindre Paris dès demain matin et moi je vais rester ici pour expliquer aux Anglais pourquoi il ne signe pas''. Grâce à Pascal Urano, Pape Diouf et à la volonté de Modeste, il a pu signer à Paris. Il ne voulait pas quitter la France.

Son aventure au PSG, c'est aussi sa grave fracture du péroné droit contre le CSKA Moscou (défaite 3-1 et élimination de la Ligue des champions), en décembre 2004...
C'était un match important car avec une victoire, on se qualifiait pour le tour suivant et Modeste était un maillon essentiel au milieu de terrain. Mais sa blessure est intervenue en début de match, elle a perturbé le reste de l'équipe qui a été très affectée de le voir sortir sur une civière la jambe cassée. Le match ensuite n'était plus le même.

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Je me souviens de Modeste pleurant dans le vestiaire. J'étais descendu de la tribune dès qu'il a quitté le terrain sur la civière et le doc m'avait dit : ''c'est grave, il y a probablement une fracture''. Je suis allé le voir plusieurs fois à l'hôpital, et je lui avais amené toute la série des James Bond qu'il adorait. Il n'y a pas très longtemps, il m'a raconté cette anecdote que j'avais oubliée et m'a dit qu'il les avait encore (ému).

Vous étiez restés en contact depuis le PSG ?
Oui, il m'avait appelé lors de mon départ du club et ensuite on s'était revus plusieurs fois en Afrique lors des Coupes d'Afrique des nations, quand je travaillais pour Sportfive. C'était vraiment un chic type, toujours avec le sourire même si ces derniers temps il connaissait quelques soucis. Plus récemment, on avait échangé car il voulait aider des jeunes Camerounais à venir jouer en Europe.

Il avait le projet de monter une académie...
Oui, en effet. Quand j'étais président de l'AJ Auxerre, il avait fait venir différents clubs au Cameroun où il avait organisé des détections dans des petites villes. Il faisait tout pour sortir des petits de son pays et les faire progresser pour leur permettre de vivre ce qu'il a connu. Ces derniers jours, il essayait encore d'en faire venir en France. »