Les fratries de l'esport (2/3) : sOAZ et Panpan, le prodige et le trampoline

Paul « sOAZ » Boyer (à gauche), avec son frère, Max « Panpan » Boyer. (DR)

Les fratries de l'esport (2/3) : Malgré son bon niveau sur plusieurs jeux dans les années 2000, Max « Panpan » Boyer a percé trop tôt pour devenir pro. Mais il a joué un rôle essentiel dans l'éclosion de son cadet, Paul « sOAZ » Boyer, l'un des tout meilleurs joueurs de l'histoire de l'esport français.

À l'âge où Max Boyer a commencé à jouer sur l'ordinateur familial, en 1994, le mot esport n'existait même pas. « Panpan », son pseudo, est de la génération des balbutiements, celle qui montait des LANs, écumait les cybercafés, celle qui ne pouvait même pas rêver de grandes scènes pour jouer aux jeux vidéo, parce qu'elles n'existaient pas. Alors, lorsqu'il a reçu des opportunités pour disputer des tournois semi-professionnels sur Counter-Strike, abandonner ses études n'a même pas été une option. « Je pense que ce n'est pas tombé au bon moment, confirme le trentenaire. Personne ne faisait ça à l'époque, il n'y avait pas de modèles à suivre. On ne pensait même pas que c'était possible d'en vivre. »

Le frère qui a essuyé les plâtresÀ l'âge où Paul « sOAZ » Boyer commence League of Legends, en 2011, son grand frère a déjà essuyé les plâtres pour lui et les compétitions de jeux vidéo ont bien grandi. Parmi les meilleurs joueurs d'Europe en ligne, le cadet écume les tournois en physique, voyageant parfois jusqu'à Hanovre (Allemagne) ou à Jönköping (Suède), pour les premiers championnats du monde. Alors, lorsqu'il reçoit une offre de contrat de la part de Fnatic, l'une des plus grosses structures européennes, à 18 ans, l'équation n'est plus la même. D'autant que son aîné le pousse à saisir sa chance et à s'envoler pour Berlin.

« Comme Paul avait déjà ça dans le sang, que ça le passionnait, ça comptait pour moi de lui permettre de faire ce qu'il aimait faire, confirme Panpan. Si de mon côté j'avais fait le choix de ne pas faire une carrière, je voulais que lui puisse s'il le voulait. » À cette période, sOAZ jongle entre les tournois et ses études, dans un lycée hôtelier puis un CAP boulangerie. « Je partais pour des compétitions, je ratais des cours, c'était très difficile. On m'a mis un ultimatum : soit tu continues le jeu, soit tu continues avec nous. » Pour lui, c'est une évidence. Mais il faut convaincre sa mère, qui élève seul les deux frères.

« Une semaine de négociations et c'était parti »« C'est moi qui ai dû lui montrer que ça existait des joueurs professionnels de jeux vidéo, lui faire la comparaison avec le foot, se souvient Panpan. Au moment où Paul est parti, il devait y avoir une centaine de pros. On a fait des recherches, on a vu qu'il pouvait reprendre ses études jusqu'à 25 ans, on a préparé un scénario « au cas où » ça ne marchait pas. Ça a été une semaine de négociation et c'était parti. » Pour de bon : sOAZ restera sept ans en Allemagne, le temps de se construire l'un des plus beaux palmarès de l'esport français (cinq titres de champions d'Europe et six participations aux championnats du monde).

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À Talence, le succès de sOAZ n'a jamais étonné personne, tant ses aptitudes ont toujours été des évidences. « Sur notre premier PC, on jouait chacun notre tour. L'autre était sur le lit à côté, on se donnait des conseils, rembobine le grand frère. Ça permettait d'avoir deux cerveaux pour une partie. Paul était beaucoup dans l'intuition, l'action-réaction. J'étais plus dans la stratégie, j'essayais d'avoir trois coups d'avance. On était un peu complémentaires. » À la maison, alors qu'ils sont encore ados, les Boyer hébergent un serveur Counter Strike, organisent leurs propres petits tournois, voient leur niveau grimper en flèche.

Des facilités depuis toujours« La compétition, ça a commencé comme ça, sur Counter-Strike : Source pour moi, poursuit sOAZ, 28 ans aujourd'hui. Je jouais aussi beaucoup à DOTA en parallèle. Je participais à des matchs organisés sur un site français, j'arrivais à jouer en première division alors que j'avais 11-12 ans. C'est à partir de ce moment-là que je me suis rendu compte que j'avais des facilités. » À la sortie de League of Legends, son chemin se sépare de celui de son frère, qui ne s'investit pas pleinement sur le jeu, préférant rester sur World of Warcraft.

Longtemps une aventure familiale, son expérience sur les jeux vidéo devient alors plus solitaire, encore plus une fois parti à l'étranger. « Je regardais tous les matchs au début, relativise quand même Panpan. J'étais très curieux et surtout je tenais informé ma mère. Puis au fur et à mesure, ça n'a été plus que ses matchs, puis un de temps en temps, même si on parlait encore souvent du jeu. Il n'a jamais demandé beaucoup d'aide. On a juste mis le trampoline au début. »