Les fratries de l'esport (3/3) : Jezu et Serendip, un petit frère devenu grand

Pierre-Olivier « Serendip » Massol (à gauche) et Jean « Jezu » Massol (à droite). (DR)

Passé pro sur League of Legends à l'âge de 19 ans, début 2020, Jean « Jezu » Massol a inspiré son grand frère Pierre-Olivier « Serendip » Massol, qui lui a emboîté le pas deux ans plus tard. Une inversion des rôles rarissime dans l'esport.

Au jeu de devine-qui-est le-grand frère-entre-nous-deux, Jean « Jezu » Massol et Pierre-Olivier « Serendip » Massol ne sont pas loin d'être imprenables. D'une part, parce que le premier domine l'autre d'une bonne tête, de l'autre parce que c'est lui qui a démarré sa carrière professionnelle sur League of Legends avant l'autre, en 2020, avant que Serendip ne lui emboîte le pas deux ans plus tard. Pourtant, c'est bien Jezu, 22 ans, qui est le cadet de la famille. Ce qui ne l'empêche pas d'être un modèle pour son aîné (24 ans), dans une curieuse inversion des rôles, quasi unique dans l'esport.

« C'est lui qui m'a donné la motivation »« Sur Lol, mon petit frère m'a beaucoup aidé. C'est lui qui m'a donné la motivation, la volonté et l'ambition d'être un joueur pro. Il m'a appris comment approcher la solo queue, le jeu d'équipe. De manière générale, j'accorde beaucoup de valeur à ce qu'il me dit. Au début, ça m'a été d'une grande aide », reconnaît sans problème Serendip, qui évoluait l'an passé en deuxième division française chez Joblife. Loin de la première division européenne, où Jezu bataillait toutes les semaines avec SK.

À leurs débuts sur le jeu, les deux frères se suivaient pourtant de près. « J'ai découvert le jeu avec un pote, alors que j'étais en 5e, se souvient Serendip. Jean m'a vu jouer et s'y est mis aussi. » « En vrai, on ne jouait même pas tant que ça, rebondit Jezu. Mais dès qu'on pouvait, on le faisait. On était addicts, on matait des vidéos en cachette. » Surtout, la fratrie, très soudée, se lance très vite dans la compétition, écumant les LANs avec une équipe de potes, voyageant parfois jusqu'à Paris, alors même qu'ils sont encore mineurs, et progressent à pas de géant. Jusqu'au cap fatidique, celui du passage en études supérieures.

Une transition compliquée vers le monde pro« Pas mal de nos potes ont arrêté de jouer à ce moment-là, rembobine Jezu. J'étais en seconde et j'ai eu une offre d'une équipe semi-amateur, avec des entraînements tous les soirs, des ambitions pour l'Open Tour (le troisième niveau français) ». Fini les tournois en famille, les choses sérieuses commencent : le jeune Picard commence à obtenir de premiers résultats et brûle les étapes. À 19 ans, en janvier 2020, il profite de la suspension d'un joueur de Misfits Premier pour se voir offrir une place en première division. Alors qu'il vient tout juste d'entrer en école de commerce. « Ça a été une transition compliquée, se souvient-il. Je suis allé voir des gens de la scène avec mon père, qui lui ont confirmé que j'avais le niveau pour passer pro. Après ça, il m'a dit de foncer, qu'il me laissait deux ans et qu'on verrait après. »

Son ascension est météorique : un an lui suffit à accéder au plus haut niveau européen, tandis que son frère ronge son frein en école de commerce. « C'était un peu dur pour moi parce que je voyais qu'il se faisait un peu chier, que ça ne l'animait pas, se rappelle Jezu. Je n'avais pas trop mon mot à dire, mais je l'encourageais à faire ce qu'il avait envie de faire. » « Finir mon école, c'était un peu la seule option que j'avais dans ma vie, confirme Serendip. Je suis le premier enfant, peut-être que j'écoutais plus mes parents. Quand Jean arrive chez Misfits, il me reste quelques mois d'école et c'est là que je commence à me demander ce que je vais faire après. Je vois mon frère qui est joueur pro et je me dis qu'en fait c'est quelque chose que je pourrais faire. »

Un conseiller de luxeSon diplôme en poche, Pierre-Olivier franchit donc le pas à l'hiver 2021, pour emboîter ceux de son frère, qui est le premier à le conseiller sur ses choix lors du mercato et à l'aider à se lancer. Le 22 décembre, il signe officiellement chez JobLife. Dans la presse spécialisée, la nouvelle tombe : « Les JL recrutent le frère de Jezu ». « On m'a pas mal appelé comme ça, mais ça ne m'a jamais porté préjudice, sourit-il. Et franchement j'en jouais, même pour mon côté marketing, je ne m'en suis jamais caché. »

Pendant cette première année comme compétiteurs, les deux continuent à s'appeler chaque semaine. « C'est clairement mon grand frère sur Lol, confie Serendip. Il a plus d'expérience, c'est lui qui m'aide sur plein de trucs, la préparation mentale, l'entraînement... Pas tant les stratégies de jeu, même si je regarde quasi tous ses matchs. Je crois que c'est moins le cas pour lui. » « Je garde un oeil sur les résultats quand même, rétorque Jezu en rigolant. Attends, tu crois que je rate tes Karma mid ? » Puisqu'il s'est engagé avec GO cette année et revient donc dans l'Hexagone, il pourrait désormais la croiser en Coupe de France. Et attester, de lui-même, si ses conseils ont payé.