Freefly - Greg Crozier et Karine Joly, champions du monde de freefly : « Sauter de nuit au-dessus des pyramides... »

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Greg Crozier et Karine Joly, 39 ans, sont champions du monde de freefly, une discipline artistique du parachutisme. Ils racontent leur préparation, leurs sauts et leur rapport au corps.

« On s'est rencontrés en 2004, sur une drop-zone (lieu destiné à l'atterrissage des parachutistes), alors qu'on faisait du parachutisme en loisir depuis qu'on avait 16 (lui) et 18 ans (elle). On est devenu potes et trois ans plus tard, on s'est lancés en compétition de freefly, une discipline artistique du parachutisme. Notre mission, c'est de sauter à deux d'un avion, à 4 000 mètres d'altitude, et de réaliser en moins de 45 secondes une série de figures. Comme le Down under, qui est un peu devenu notre signature : l'un de nous est à l'horizontale, l'autre à l'envers, la tête appuyée sur le dos de son binôme. Notre caméraman nous filme et on envoie les images à un jury qui note la technique et l'artistique.

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Pour construire nos figures, on s'inspire du patinage artistique, du Cirque du Soleil, de l'acroyoga... Certaines sont exécutées en miroir, d'autres sont construites à deux. Avant un vol, on mime au sol nos positions et on s'assure qu'on est bien synchro : entre la sortie de l'avion et la fin du saut, où il faut s'éloigner pour aller ouvrir son parachute, impossible d'être en décalage, il faut donc parfaire tous les gestes en amont. D'autres figures ne peuvent se faire qu'au moment du saut, après une impulsion : pour maîtriser le Down under, par exemple, on a dû répéter 150 fois !

L'autre point important dans notre discipline, c'est le fait qu'un saut dans le vide fatigue tellement le corps qu'on ne peut en faire que dix par jour. On complète avec une heure quotidienne maximum de soufflerie (un simulateur de vol vertical en chute libre et en indoor) : cet outil est incroyable, il nous a fait gagner des années de pratique ! À ça, on ajoute du renforcement et du cardio, pour rester musclé, souple, gainé... Notre "vidéoman" reste "fit", lui aussi, car il doit être un très bon parachutiste pour pouvoir filmer à notre hauteur.

Ses vidéos, on passe des heures à les décortiquer : si un bras est mal placé ou une jambe mal pliée, on ajuste... Heureusement, après toutes ces années, on sait illico, juste par le regard, ce que pense l'autre. On adapte donc en plein vol nos positions, notre gestuelle... Maintenant qu'on a chacun entre 6 000 et 8 000 vols au compteur, on sait vite contrôler notre corps dans l'espace, et on n'a plus ni adrénaline ni palpitations cardiaques pendant les sauts.

Mais impossible pour nous d'être blasés ! Quand on saute, en Égypte, au-dessus des pyramides de Gizeh, de nuit, avec des obstacles... Tous ces risques, ça met du bon stress, des papillons dans le ventre ! Et puis on change souvent de destination, donc ce n'est jamais le même ciel, jamais les mêmes lumières, jamais le même décor... Bref, chaque saut est unique !

De plus en plus de jeunes découvrent le parachutisme en soufflerie. On espère que notre sport se démocratisera par l'indoor et que les jeunes iront ensuite sauter en altitude... Et nous ? Oui, clairement, même après avoir sauté au-dessus de Copacabana, au Brésil, de Palm Islands, à Dubaï, il y a encore des spots au-dessus desquels on rêve de voler. Mais pour l'instant, ça reste un secret... »

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