Gaël Fickou face aux lecteurs de L'Équipe : « Il faut mesurer la chance qu'on a »

Gaël Fickou a répondu à nos lecteurs en toute décontraction, ce mardi au siège de L'Équipe. (A. Mounic/L'Équipe)

Gaël Fickou, capitaine du Racing 92 et cadre de l'équipe de France, s'est prêté avec aisance et franchise aux questions des abonnés de « L'Équipe ». Il a rendu une copie sans fausse note et conquis son auditoire.

Gaël Fickou s'est présenté hier en fin d'après-midi au siège de L'Équipe. Le trois-quarts centre du Racing 92 arrivait directement du centre d'entraînement de son club, polo ciel et blanc de rigueur. Le teint légèrement hâlé, conséquence d'une semaine de congé au Maroc, qui fait ressortir un peu plus son métissage issu d'une mère française et d'un père sénégalais, l'international tricolore, tout sourire, a pris le temps de saluer les neuf abonnés réunis pour lui faire face.

Neuf privilégiés sur plus de 200 demandes ! Mais surtout une majorité de passionnés de rugby qui avaient bien bossé leur sujet à la surprise de l'invité d'honneur, lequel ne savait pas vraiment à quoi s'attendre. Le joueur le plus capé de l'équipe de France en activité (74 sélections) a lui aussi surpris son assistance par sa disponibilité et sa bienveillance ou sur ce thème inattendu de la musique avec une petite révélation à la clé : « J'adore la musique. J'adore Nekfeu. Pour moi, ce n'est pas un rappeur, mais un poète. J'aime aussi Damso, ceux qui ont des belles plumes, pas ceux qui parlent fort. Je me suis mis au piano. J'apprends tout seul. J'essaie de m'exercer une heure par jour. »

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La rencontre a commencé tambour battant. Laurence, spécialement venue de Bretagne, s'est lancée la première. La doyenne du panel, qui a un fils de l'âge de Gaël Fickou (28 ans), attaquait sur le thème de la blessure, en référence à la récente absence du joueur du Racing, éloigné six semaines des terrains en début de saison en raison d'une entorse d'un genou et d'une cheville. Gaël Fickou répondait sans sourciller : « J'ai la chance de peu me blesser, contrairement à d'autres qui subissent l'enchaînement des matches, voire le poids des années (il sourit). Le rugby est un sport dur physiquement. La clé est de se connaître. C'est mon cas. Avec l'expérience, je connais mon corps par coeur. »

Il embrayait ensuite, taquin mais franc : « Quand je suis un peu fatigué, il y a des entraînements où je n'accélère pas. Mes coéquipiers sont au courant. C'est comme la musculation, je n'en fais jamais ! » Éclat de rire général dans l'assistance. « Non, j'en fais un peu, juste ce qu'il faut ! » Comment garder la motivation au quotidien pendant plus de dix ans de carrière ? interrogeait alors Sébastien. « Si je mentais, je dirais qu'on est tout le temps motivé, mais ce n'est pas vrai. Il y a des périodes très dures physiquement et mentalement. Il faut parfois faire des concessions. La motivation n'est pas toujours là. Par exemple, ce matin, quand j'ai pris ma voiture pour partir à l'entraînement à 7 heures et qu'il pleuvait, je n'étais pas très chaud ! Mais je n'ai pas le choix. En plus, je suis le capitaine de mon équipe, je ne peux pas me permettre de faire la gueule. Il faut mesurer la chance qu'on a. On m'a dit de profiter de chaque moment. Tout peut s'arrêter très vite. Regardez mon coéquipier Virimi Vakatawa, qui a dû mettre un terme à sa carrière en raison d'un problème cardiaque. »

Le thème de la dépression, dont les exemples se multiplient dans le rugby, est également abordé par Olivier : « L'année dernière, après le Grand Chelem, la redescente a été terrible. C'est très rare dans la vie normale d'avoir de telles sensations, de telles émotions. Je suis retourné m'entraîner deux-trois jours après. C'est compliqué de revenir à l'entraînement, surtout qu'on avait bien fêté ça ! C'est pour ça que des joueurs font des dépressions. Ils ne gèrent plus la pression, ils ont une usure mentale. Je n'ai pas fait de dépression, mais c'est vrai que c'est dur de remettre le bleu de chauffe. Tu as atteint un tel pic de bonheur que le retour à la réalité est difficile. Tu dois refaire le ménage, les courses... »

Très vite, le tutoiement est devenu de rigueur au moment d'aborder le parcours de Gaël Fickou. D'abord sur ses débuts au foot puis son passage au rugby à l'âge de 13-14 ans, d'abord à La Seyne-sur-Mer, le club de sa ville natale, puis au pôle Espoirs du Rugby Club Toulonnais, le club phare de la région. « Mais c'est lors de mon départ au Stade Toulousain, à 18 ans, que j'ai compris que j'allais devenir un joueur professionnel. Quand Guy Novès vous appelle, c'est que ça sent bon. » Il évoque ses idoles de jeunesse. « Fritz et Jauzion, j'avais leur poster dans ma chambre et là, je me retrouve à côté d'eux dans le vestiaire à boire des bières. J'aimais beaucoup Heymans aussi. »

Il développe aussi sur ses adversaires actuels : « À mes débuts, Tuilagi était au-dessus du lot. Je pourrais citer Nonu, Smith. Aujourd'hui, il y a Ringrose, De Allende ou Am. C'est peut-être le plus complet à ce poste. Mais le plus talentueux à mes yeux était Wesley Fofana. Un joueur incroyable. »

Ses signatures au Stade Français puis chez le rival, le Racing 92, sont forcément revenues au centre des débats, grâce à Ludovic. « C'est comme différentes histoires d'amour. À Toulouse, je suis parti car j'avais la sensation de ne plus progresser. J'avais besoin de me relancer. Au Stade Français, je ne me suis pas régalé sportivement. Il y a eu beaucoup de changements. Avec le staff, on ne s'est pas très bien entendu. Puis, le club a pris la décision de me libérer de mon contrat. Ça m'allait bien car à la base je voulais aller au Racing. Je me suis rendu compte que je m'étais trompé. Depuis que je suis au Racing, je me régale, c'est peut-être le club où je suis le plus épanoui, où je joue mon meilleur rugby. Bien sûr, il y a des hauts et des bas. Mais c'est un club stable, très familial où je me sens bien, et où j'ai des responsabilités. J'ai encore un contrat de deux ans et il y a de fortes chances que l'histoire se poursuive au-delà. »

Avant d'envisager pourquoi pas un départ à l'étranger : « Le Japon ou les États-Unis quand je serai en bout de course, vers 33-34 ans. » Est-ce que l'arrivée d'un nouveau manager l'an prochain, à savoir l'Anglais Stuart Lancaster, lui fait peur ? demande Hadrien. « Je ne pense pas. C'est un coach très compétent, avec beaucoup d'expérience. Quand il était sélectionneur de l'Angleterre, il est tombé et il a su se remettre en question. Il sera également bien entouré, avec Laurent Travers, Yannick Nyanga ou Dimitri Szarzewski. »

L'équipe de France, le Tournoi des Six Nations à venir et bien sûr la Coupe du monde ont enfin suscité beaucoup d'attention (voir ci-dessous). La question de la fin, sur l'après-carrière, est revenue à Gabriel. « J'y pense depuis longtemps. Je possède plusieurs structures, dont la première depuis mes 18 ans. Ça me permet de m'évader du rugby et de garder les pieds sur terre. Comme d'être président du club amateur de La Seyne-sur-Mer avec mon frère Jérémie. Il y a des contraintes. Ce sont de belles leçons de vie. »

Avant de filer, Gaël Fickou, accompagné de Justine, l'attachée de presse du Racing, avait un cadeau pour chacun des neuf abonnés. Un maillot ciel et blanc qu'il s'est fait un plaisir de leur dédicacer. Un dernier sourire pour la photo souvenir et le tour était joué.