« Gamory Cycles », des vélos en bambou conçus par Louis Segré

Louis Segré, dans son atelier, en pleine préparation d'un cadre en bambou. (Gamory Cycles)

C'est en réparant des coques et en fabriquant des mâts que Louis Segré a acquis la maîtrise des composites. Le jour où il a eu besoin d'un vélo, il s'est tourné vers l'assemblage de tiges de bambou, un matériau aussi résistant que durable.

Louis Segré n'est pas cycliste depuis une éternité. À la base, il est « plutôt navigateur » dit-il évasivement, comme pour éviter d'avoir à vanter ses hauts faits. Il n'empêche que ladite navigation n'est pas sans lien avec l'activité que Segré exerce aujourd'hui, puisque c'est en bossant à la réparation de coques et dans la production de mâts en carbone, que cet ingénieur de formation a fait ses armes dans la maîtrise des matériaux composites.

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Ayant grandi à La Rochelle, il avait l'habitude de se déplacer à vélo. On oublie parfois les objets si bien intégrés aux habitudes quotidiennes. À ses yeux le vélo n'avait pas d'existence en tant que tel. Et aujourd'hui qu'il en fabrique, sa préférence va toujours à son usage citadin, à sa valeur d'outil de déplacement qui, souligne-t-il « n'est pas la moins noble. »

De retour en France en 2017, après avoir vécu à l'étranger - notamment au Chili où il avait eu l'occasion de fabriquer un cadre acier avec un artisan local -, Segré se retrouve dépourvu sans vélo, et envisage la possibilité de s'en fabriquer un.

Premiers essaisSon frère attire son attention sur l'existence de vélos en bambou, et il n'a pas besoin d'y mettre le nez longtemps pour faire le lien avec ses compétences. Le principe de construction d'un cadre en bambou n'est pas très éloigné de ce qui se pratique avec le carbone : les tubes choisis sont coupés, grugés et collés sur un gabarit. Les jonctions sont enveloppées d'une trame composite - de fibre de carbone ou de lin - imprégnée de résine, avant d'être poncées.

Ses premiers essais sont prometteurs. L'artisan fabrique un premier cadre pour lui, puis un pour son amie et son frère. Il en juge aujourd'hui l'esthétique un peu « brut de décoffrage », mais ils fonctionnent toujours parfaitement bien, restituent l'énergie du pédalage et n'ont pas faibli d'un poil en cinq ans. De bouche-à-oreille, le cercle familial s'élargit aux amis et les clients se manifestent. Il perfectionne sa production au fil du travail, avant de créer son entreprise il y a deux ans : Gamory Cycles est né, empruntant son nom au lieu-dit où se tient la maison familiale.

Qualités mécaniques éprouvéesPour Louis Segré, les qualités mécaniques des assemblages de bambou ne font pas de doute, aussi bien en termes de solidité que de durabilité. Il en veut pour preuve, non pas tant les échafaudages « car par définition, un échafaudage est provisoire », dit-il, que les ponts parfois impressionnants bâtis de bambou. L'ingénieur souligne aussi que le vélo en bambou est vieux comme le monde : la britannique Bamboo Cycle Company fut fondée en 1894, et parmi ces pièces historiques certaines sont encore fonctionnelles.

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Avant le choix des sections de tubes, la première difficulté consiste dans la sélection de l'espèce : il existe des milliers de variétés de bambou. Ayant fabriqué le tout premier avec des chaumes coupés dans le jardin familial, Segré a depuis expérimenté plusieurs espèces, dont le « bambou de fer », le « tam vong » ou le « tonkin », mais qui avaient l'inconvénient de ne pas pousser en France. Il se fournit désormais auprès de la bambouseraie d'Anduze, dans les Cévennes.

Quel impact écologique pour le bambou ?La question écologique entre en jeu dans la création de ces cadres. « Je n'ai pas étudié sérieusement les impacts (écologiques) comparés des vélos en bambou ou en carbone, précise-t-il. Mais le seul fait d'une fabrication en circuit court fait déjà une différence prépondérante. Le bambou est une des plantes qui stockent le plus de carbone. Cela étant, le processus de fabrication comprenant colles et résines, n'est pas exempt d'éléments chimiques synthétiques. »

Les clients qui viennent à lui ont des besoins et des motivations variées. Gamory Cycles fabrique aussi bien du vélo « gravel » que du VAE urbain. L'avantage du bambou, c'est aussi la versatilité de tout « système à tubes », qui facilite le sur-mesure. Ainsi cette personne de grande taille affectée de douleurs de hanche, à qui il faut fabriquer un « grand vélo, solide, mais qu'elle peut enfourcher » est tout à fait réalisable.

Bien placé pour connaître le plaisir de fabriquer son propre vélo, Louis Segré propose des stages d'initiation à la création de cadres. En 5 jours, chacun repart avec un cadre fabriqué de ses mains. Ultime avantage du bambou : il permet de reprendre et corriger les erreurs.