Gastaboy, un fabricant de cadres en bois performants

Sortie de la main Eddy Jeantet, une sublime pièce de noyer. (Gastaboy)

Eddy Jeantet, alias Gastaboy, fabrique des cadres en bois en frêne, noyer ou chêne. Merveilles d'esthétique, ils n'en sont pas moins performants.

Dans l'atelier de menuiserie installé à l'arrière de la maison familiale, son père et son grand-père ont exercé avant lui. « Pas fan de l'école », selon ses propres mots, Eddy Jeantet prolongera son CAP menuisier par un bac pro artisanat et métiers d'art, option ébénisterie.


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À son retour de l'internat, c'est dans l'exploitation viticole locale qu'il commença à bosser. « Six ans sans jamais retoucher un bout de bois », commente-t-il. Mais il se met au cyclisme, se passionne pour les vélos et, surfant sur les réseaux sociaux, il tombe sur un vélo en bois, qu'il juge « sans doute fonctionnel mais d'un manque d'esthétisme poussé. Moi, j'avais toujours l'amour des belles pièces. » Taillant les vignes, seul, il y gamberge, et imagine un premier vélo, un mariage de fluidité et de performance : « pas un truc carré ». Eddy Jeantet aime les courbes et la continuité. Littéralement, l'esthétique d'un amoureux du bois ne saurait être que ligneuse, organique.

Un peu plus tard, Jeantet remet la main sur le bois, se fabrique son premier cadre avec lequel il deviendra champion régional sur route et contre-la-montre, ajoutant bientôt le triathlon à son portefeuille d'activités sportives. C'est au moment de fabriquer le deuxième, un modèle de chrono, qu'il plaque tout et s'établit à son compte. Nous sommes en 2018, la future marque Gastaboy n'est pas encore née, mais elle est en genèse.


Les bienfaits du bois

Les qualités mécaniques du bois répondent aux contraintes du pédalage. De ce point de vue, la conception se concentre sur « la maîtrise des vibrations, et sur l'orientation localisée des fibres sur le cadre, leur réponse aux mises en tensions. Les fibres de bois créent une sorte de trame. » D'où le soin particulier porté au choix des planches, pour obtenir l'orientation désirée, et symétrique des fibres ou des veines.

L'ébéniste-cadreur se revendique, à la fois, de l'empirisme le plus empirique et d'un métier consommé. Il teste les bois qu'il utilise, comparant la flexibilité des différentes essences au moyen de planchettes d'égales dimensions dont il mesure la déformation sous contrainte. Mais il souligne également l'importance des techniques classiques d'ébénisterie, sur quoi tout repose : « Des trucs qui existent depuis toujours, dans la construction de bateaux, la lutherie, l'archerie ou le ski. »


L'assemblage, étape essentielle

Les principes de construction d'un cadre bois Gastaboy n'ont rien à voir avec un quelconque assemblage de tubes - lequel préside à la fabrication d'un vélo en bambou, par exemple. Ils sont faits de 40 à 50 pièces, assemblées sur les principes tenon-mortaise et lamellé-collé. Ils sont évidemment construits aux mesures du client, « toujours selon la même logique, mais sans logiciel !, s'amuse l'artiste. Je prends les cotes, je les reporte et je redessine les courbes à la main. »

Chaque cadre nécessitant environ 200 heures de main-d'oeuvre, à raison de « quatre semaines de 50 heures » - limite donc la production de Gastaboy à douze cadres par an. C'est dire combien l'homme est habité par l'amour de son métier, plus que par les rêves de richesse.


Essences : frêne, noyer, chêne

Pour l'heure, trois essences de bois sont proposées, à l'origine de cadre aux qualités mécaniques (légèrement) différentes, selon M. Jeantet qui d'abord, s'orienta vers le frêne : « Il est utilisé pour faire des skis, mais aussi diverses pièces mécaniques. Les timons de charrette par exemple, car il montre à la fois une bonne résistance à la compression, une certaine élasticité. » Mais depuis lors, Gastaboy propose aussi des cadres en noyer, et en chêne. « Le noyer pour plus de confort et de souplesse : les qualités qu'il procure à un vélo évoquent le titane. Quant au chêne, il fournit un surcroît de rigidité. »


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Un cadre en bois est plus lourd qu'un carbone et même que certains aciers. Eddy Jeantet nous cite le cas d'un client dont le vélo pourtant haut de gamme n'a pris que 200 g, quand le noyer est venu remplacer le titane et n'accuse que 7,2 kg sur la balance. Et précise : « Il faut relativiser. J'ai un client qui pèse 96 kg, je lui ai fait un cadre solide, et son vélo complet est à 9,2 kg, soit moins de 10 % de son poids. Vous connaissez beaucoup de grimpeurs de 50 kg qui roulent sur des vélos à moins de 5 kg ? » Le fait qu'un ex-pro comme Geoffroy Lequatre ait fait le choix d'un Gastaboy n'est-il pas un gage d'efficacité ?

Enfin, quant à la durabilité des pièces en bois, l'artisan s'amuse : « Si c'est fabriqué en 5 minutes à la Ikea, ça va durer 5 minutes. À côté de ça vous avez des bateaux, des meubles Louis XV, des Stradivarius, avant de conclure en poète, les arbres exposés au vent poussent plus vite et sont plus forts. Faire rouler une matière qui a été vivante et intelligente, c'est irremplaçable. »