Gerry Lopez : « Je n'ai jamais été aussi équilibré »

Gerry Lopez est en France ces jours-ci pour la promo du passionnant film documentaire sur sa vie « The Yin & Yang of Gerry Lopez ». L'Américain de 73 ans, qui est une des plus grandes légendes du surf, a accordé une interview à L'Equipe. Au programme : Pipeline, G-Land, yoga, méditation et snowboard.

« Votre vie est si riche qu'il est difficile de la résumer en quelques mots. Mais si vous ne deviez retenir que trois moments ?
D'abord, je dirais mon mariage avec ma femme. C'était dans les années 80... bon j'ai oublié l'année. Je ne pensais pas me marier un jour mais elle m'a dit « Ok, alors salut ! » Je l'ai retenu : « Attends, attends, ne pars pas. Allons nous marier. » Elle : « Tu es sûr ? » J'ai dit « Oui oui ! » Puis nous sommes allés à la plage. Les vagues étaient bonnes et elle m'a demandé laquelle je choisissais. « Je te choisis toi ! », lui ai-je répondu. Et nous sommes allés nous marier. Le deuxième moment de ma vie est la naissance de mon fils, en 1989. Et puis, je retiendrais ma première bonne planche fabriquée pour surfer Pipeline, au début des années 70. C'était une single fin (une dérive) très étroite. Je l'avais appelée la Coral Cruiser, elle est devenue le prototype de la plupart des planches de l'époque.

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Au-delà de votre histoire de vie, quels sont les messages importants que vous avez voulu transmettre à travers votre film documentaire ?
Que le surf a tellement de leçons à nous apprendre sur la vie. Ces leçons, je les ai apprises en surfant. Fondamentalement, le message le plus important est de vivre avec l'esprit "d'Aloha" (respect, bienveillance, amour, amitié, calme...), et avec l'idée de ne jamais abandonner. Il faut toujours continuer à ramer, pas seulement en surf mais dans un sens plus large, plus métaphorique. Chaque fois qu'il y a des épreuves ou des difficultés, il ne faut pas lâcher, mais toujours continuer à avancer.

Comment expliquez-vous que le surf soit devenu si populaire ?
La raison pour laquelle les gens se sont mis à aimer ça, c'est parce que ça fait du bien. Quand vous êtes fatigué ou déprimé, vous allez à la plage et même si vous pensez que c'est trop compliqué de prendre une planche et de ramer, vous allez le faire juste parce que vous savez que vous allez vous sentir mieux après coup. Chaque fois que j'ai foncé vers le large, je n'ai jamais regretté de l'avoir fait. C'est important dans la vie d'avoir quelque chose comme ça, sur lequel on peut compter pour se remonter le moral quoi qu'il arrive. Surtout dans le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, où il y a beaucoup d'agitation et de problèmes.

En quoi le yoga et la méditation vous ont permis de devenir un meilleur surfeur et un meilleur humain ?
Dans la vie, il est souvent facile de perdre sa concentration. Garder l'attention sur une chose n'est pas aisé. La méditation vous apprend à être attentif, à rester concentré.

Quelle est la chose dont vous êtes le plus fier ?
Sans doute le fait que je surfe toujours.

Vous expliquez dans le film qu'à un moment vous ne faites plus qu'un avec la vague de G-Land, en Indonésie. À quoi ressemble cette sensation si particulière ?
G-Land est une vague très difficile à maîtriser. Pour y arriver et comprendre comment elle fonctionne, il a fallu beaucoup de chutes et de rides inachevés. Mais heureusement, comme l'ambiance était très calme et qu'il n'y avait personne dans les environs du spot, nous pouvions vraiment nous concentrer totalement sur la vague. Un peu comme quand vous allez dans un temple zen. Vous pouvez plus facilement méditer. Imaginez, comme à l'école, un professeur derrière vous avec un gros bâton. Quand vous perdez votre concentration, il vous frappe fort avec ce bâton. G-Land, c'était pareil. Sauf que ce n'était pas un bâton mais la lèvre de la vague qui venait nous sanctionner. Cela nous a donc vraiment obligés à toujours rester pleinement « focus ». En faisant ça, nous avons beaucoup appris sur nous-mêmes. Et au bout d'un moment, vous vous rendez compte que tout s'accorde. Chaque fois que je revenais et que mes pieds touchaient le sable, tout mon corps était bien et en osmose avec l'environnement. J'étais comme à la maison. Une sensation de chaleur m'envahissait. C'était beaucoup d'amour.

Si vous deviez surfer une dernière fois avant de mourir, vous iriez prendre du plaisir à G-Land ou à Pipeline ?
À ce stade, je pense que j'irais sur n'importe quelle bonne vague. Pas besoin que cela soit Pipeline ou G-Land. J'ai eu tout ce que je désirais de Pipeline et de G-Land. Il y a aujourd'hui tellement d'autres gars qui veulent les surfer que c'est leur heure maintenant. Je leur laisse. Mon temps là-bas est fini. Ça peut donc être n'importe où, comme ici à la Chambre d'Amour (Anglet). Je dois juste aimer cette vague.

Vous avez tourné quelques films célèbres comme The Big Wednesday ou Canon le Barbare. Que vous ont appris ces expériences à Hollywood ?
Que je ne voulais pas de ce style de vie. C'est trop de combats. Et ce n'est pas compatible avec une vie de surf et de yoga. Le cinéma, Hollywood, c'est intéressant et c'est amusant pendant un petit moment, mais après un certain temps cela ne l'est plus. Et j'ai vu ce qui est arrivé à certains de mes amis, comme Jan-Michael Vincent (l'acteur de Supercopter avec lequel il a tourné The Big Wednesday, ndlr). Sa vie a mal tourné, c'est très triste. Je ne sais pas si vous avez vu des photos de lui avant sa mort, il était méconnaissable. Il n'y avait aucun moyen qu'il rame et obtienne une dernière vague. Moi, je veux pouvoir ramer jusqu'à la fin.

Pourquoi le snowboard est devenu votre passe-temps favori et quel plaisir en tirez-vous ?
Avec ma femme, nous avons déménagé dans l'Oregon pour être dans les montagnes et, au début, j'ai naïvement pensé que le snowboard c'était comme surfer sans avoir à ramer. Le télésiège s'en charge et, tout ce que vous avez à faire, c'est glisser. C'est très bien mais juste une manière paresseuse de surfer. J'ai fini par comprendre que nous nous étions installés à la montagne afin d'équilibrer ma vie. Il me fallait comprendre cet environnement, trouver la tranquillité propre à ce type d'endroit. Mon film parle de ça. Du Yin, relatif à mon for intérieur, rempli par beaucoup de surf. C'est contrebalancé par le Yang, les montagnes. Grâce à ça, je n'ai jamais été aussi équilibré. Et maintenant, je peux retourner dans l'océan.

Mathieu Crepel nous a raconté un jour, les yeux émerveillés à l'occasion de la sortie de son film Shaka, que chaque matin vous étiez le premier sur les pistes, c'est vrai ?
Oui, j'aime y aller tôt, m'asseoir le premier dans le télésiège, voir la montagne avant que tout le monde n'arrive et ne grimpe dessus. C'est comme après qu'il a neigé, c'est un nouveau monde là-haut. La vue est si inspirante, si belle. Quand je vois ça, c'est comme une force religieuse. J'en reçois l'énergie, j'ai l'impression d'être en présence de Dieu. La montagne est mon église.

Quel rapport entretenez-vous avec la France et ses spots de surf ?
J'ai une longue histoire avec Biarritz. Nous avons débarqué en 1971 et, à l'époque, il n'y avait pas tellement de surfeurs. J'ai des souvenirs marquants à La Barre (Anglet) et à Hossegor. On pouvait conduire sur la plage, aller où on voulait. C'est un bel océan qu'il y a ici, avec de belles vagues et désormais de très bons surfeurs. Il faut savoir que, quand vous avez de bonnes vagues, vous aurez toujours de bons surfeurs.

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Que pensez-vous des compétitions de surf actuelles et de la domination des Brésiliens comme Gabriel Medina, Italo Ferreira et Filipe Toledo ?
Ils semblent être les meilleurs et c'est à mon avis parce qu'ils sont peut-être plus passionnés que les autres. Ils sont tellement féroces en compétition, c'est impressionnant. Filipe, Gabriel et surtout Italo sont super à voir. Je les regarde toujours, j'apprécie beaucoup. »

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