Gianluigi Buffon : l'Italien laisse le PSG sur la fin

Journaliste Yahoo Sport
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Débauché il y a un an pour apporter du caractère à l’équipe du PSG, Gigi Buffon n’aura pas su être à la hauteur de cet ultime challenge.

Tous les ingrédients semblaient réunis, pour que la recette italienne soit goûteuse. Une légende de la Juventus, l’immense Gigi Buffon, débarquée dans la ville lumière, avec un charisme et un aura uniques. Mais aussi et surtout avec l’expérience qui faisait défaut au poste de gardien de but du PSG, et le caractère qui manquait cruellement à cette équipe dans les plus grands rendez-vous.

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Sur le papier, et malgré les 40 ans du portier, l’idée semblait parfaite. La logique sportive aussi, le PSG cherchant à faire grandir son jeune titi, Alphonse Areola, dans les pas de son idole. Le tout, sans débourser un centime, puisque l’Italien quittait les Bianconeri libre de tout contrat.

Et force est de constater que les six premiers mois de l’année, l’idée conjointe de Thomas Tuchel et de Antero Henrique a largement porté ses fruits. Très bien intégré au sein de l’équipe et apprivoisant très rapidement le français, c’est sur le terrain que Buffon a aussi convaincu. Il faut dire que malgré une carrière de géant, l’ancien patron de la squadra azzurra savait se plier à une concurrence stimulante avec Alphonse Areola, dans un rapport presque paternel entre deux hommes que 15 ans séparent.

Jusqu’à la fin du mois de février, les deux Parisiens étaient d’ailleurs les gardiens les plus efficaces de Ligue 1, s’offrant le meilleur taux d’arrêts de l’Hexagone, des statistiques plus que flatteuses.

Et bien au-delà de ce duo inédit, c’est dans l’ensemble du vestiaire francilien que Buffon a su s’imposer en leader naturel. Loin des prises de parole des capitaines ou de la grinta d’Alves, Buffon est de ceux qui sont allés chuchoter des conseils à l’oreille des plus jeunes. L’image du vétéran, canalisant la fougue de Mbappé tout juste sanctionné par Tuchel sur la pelouse du Vélodrome, restera comme une marque de son influence auprès des jeunes en quête de références.

LE COUP D’ARRÊT

Malheureusement, et Gigi Buffon n’a pas dérogé à la règle, le Paris Saint-Germain et ses recrues estivales ne manquent jamais l’occasion de rappeler que l’objectif de la direction reste la gloire européenne.

Comme pour mieux se tirer une balle dans le crampon, ce PSG qui n’a plus goûté aux demi-finales depuis plus de 20 ans, s’adjuge finalement la réussite d’une saison sur le flanc de ses échecs européens. Manque de chance, l’épopée des siens s’est arrêtée net dès le mois de mars, et les huitièmes de finale de la plus prestigieuse compétition.

Installé Ultimo Minuto dans les cages parisiennes lors de la débâcle face à Manchester United, Buffon n’a pas échappé à la sanction made in Paris. Car, outre les errances de Kehrer et de Kimpembe, c’est aussi sur les épaules d’un gardien de 17 ans leur ainé que les espoirs auraient pu et dû reposer. Finalement, ce sont aussi les gants glissants du Toscan qui ont plombé les espoirs parisiens. Une boulette qui a offert à Lukaku l’occasion de planter son doublé, et aux siens le plaisir sadique de s’offrir un coup d’éclat dans un Parc des Princes ankylosé par la douleur des mauvais souvenirs.

Malheureusement pour Buffon, les cadres sont les premiers à porter le fardeau des humiliations, tant ils ont failli dans leur rôle de leaders. Le gardien, lui, restera aussi comme l’un des protagonistes des faillites individuelles de ce nouveau revers.

Gigi Buffon, pourtant, avait bien pris la parole à la mi-temps de ce match. Et ce qui aurait pu être un exemple de révolte, de par la chronologie des événements, s’est finalement mué en une triste scène de désinvolture.

LA FIN DE L’AVENTURE

Après ce revers continental, nul ne se faisait de grands espoirs sur la suite de la saison bien monotone des Parisiens. Une élimination en Coupe de la Ligue, en Ligue des Champions, une défaite en finale de Coupe de France plus tard, et un titre déjà acquis en Ligue 1 : il n’en fallait pas plus pour que le fiasco soit total dans cette saison qui se terminait en eau de boudin.

Dans les cages aussi, le duo qui a longtemps été un exemple de réussite sportive et humaine, a finalement lui aussi flanché au diapason. Une défense décimée devant eux, l’envie de penser à son propre avenir, le manque de confiance… Reste que Buffon comme Areola ont finalement laissé les statistiques flatteuses au vestiaire, encaissant buts sur buts.

Sur la concurrence aussi, les dés semblent avoir été jetés du côté de Thomas Tuchel. Fini, la volonté de s’éterniser dans une rotation qui n’aura pas permis de passer un cap. Le coach allemand abandonnait publiquement l’idée de continuer sur les mêmes bases, poussant l’un des deux « numéros 1 » vers le banc, ou la sortie.

Comme un signe que la direction sportive allait miser sur le pur produit de la formation francilienne, Tuchel a fait pencher la balance en faveur d’Areola, déséquilibrant l’habituelle alternance. Après la déroute mancunienne, le coach avait d’ailleurs décidé de laisser le Titi dans les cages à 4 reprises, pour la première fois cette saison.

Pendant que Buffon ramassait les pots cassés d’une saison brisée, Areola reprenait le devant la scène. Et si le Français n’a pas eu à rougir de la concurrence cette saison, il n’a pas non plus fait totalement l’unanimité, souffrant d’une irrégularité proportionnelle à ses coups d’éclat. Mais à 26 ans, celui qui a déjà vécu des prêts pour revenir dans la peau d’un titulaire, et qui a déjà battu le fer avec Kevin Trapp, s’est aussi vu freiné dans sa progression en restant spectateur des dernières rencontres européennes. Et s’il a décidé de prolonger son contrat en décembre dernier jusqu’en 2023, c’est aussi et surtout parce qu’il veut incarner l’avenir en tant que numéro 1.

« C’est le moment pour Alphonse de montrer qu’il est là et il prend ce moment. Les deux sont exceptionnels ensemble et rien n’a changé. C’est le moment d’Alphonse et il a été bien », expliquait d’ailleurs Tuchel après la victoire du PSG contre Toulouse, comme un ultime message qu’il était enfin temps de prendre son envol et de laisser l’Italien sur le carreau.

Et si l’histoire est cruelle pour Buffon, elle n’aurait pas pu mieux s’achever pour Areola, ce vendredi, pour l’ultime rencontre de la saison du PSG. Installé pour les honneurs dans les cages, Buffon n’a pas su éteindre le feu des critiques, offrant aux Rémois la possibilité de finir en beauté. Comme le coup de grâce.

Alors oui, le PSG va forcément discuter de l’avenir avec l’ancienne gloire du Piémont. Peut-être que l’hypothèse de le voir poursuivre, pour une ultime pige, ferait sens si elle s’inscrit dans la volonté de laisser Areola éclore. Maxwell ou Motta avaient eux aussi repoussé leurs retraites sportives pour permettre à leur direction de se retourner.

Mais serait-ce vraiment bénéfique pour Buffon de continuer à s’engouffrer dans cette fin de carrière sans saveur ? Jusque-là, de Bekcham à Ibrahimovic, le PSG avait su soigner le départ de ces hommes aux carrières fastueuses. Pour Gigi, tout sera encore question de sortie, maitrisée ou mal gérée... Peut-être vaut-il mieux partir par la petite porte, la tête haute, que d’être poussé dehors par les remords corrosifs de « l’année de trop » ?

"Le club m’a proposé une prolongation, ça me rend vraiment heureux. Nous allons nous voir dans quelques jours pour examiner ce projet et voir si nous croyons tous les deux qu’il est bon de continuer ensemble » a expliqué le n°1, convaincu de pouvoir continuer à entretenir la légende.

Sans faire offense à l’immense homme qu’il a été, peut-être qu’il est temps de remercier le champion du monde d’être venu, d’y avoir cru, même s’il n’a su vaincre les vieux démons de son nouveau foyer. Peut-être est-il temps pour lui de quitter la lumière et d’occuper une nouvelle place dans l’ombre, ou de s’offrir un nouveau costume au sein de la maison Rouge et Bleu. Arrivederci, Gigi ?

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