Gianni Infantino : « Je me sens gay, handicapé, travailleur immigré »

Le président de la Fifa lors de sa conférence de presse. (T. Groothuis/Witters)

Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a ouvert sa conférence de presse d'avant Coupe du monde du monde sur un monologue de 45 minutes où il a peiné à se justifier.

Il a fallu attendre le temps additionnel de cette conférence de presse aussi longue qu'un match (elle a duré 1 h 40) pour que la défense de Gianni Infantino montre autre chose que ses incohérences.

Au moment de clôturer la session, Bryan Swanson, directeur des relations médias de la FIFA, a fait une courte déclaration : « En tant que gay, je tiens à dire que tout le monde est bienvenu ici. Ce n'est pas parce que Gianni n'est pas gay qu'il ne se préoccupe pas de leur sort. Ici nous prenons soin de tout le monde. Je respecte toutes les opinions. Et quand il dit que nous sommes inclusifs, il sait de quoi il parle. »

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La prise de parole était certainement préparée. Mais elle avait le mérite de la conviction et de la clarté, soit l'exact opposé de tout ce qui avait précédé. Car le président de la FIFA, lors du long monologue (45 minutes) qui a ouvert la conférence devant environ 400 journalistes, a surtout donné le sentiment d'être mal à l'aise par rapport aux différentes polémiques entourant l'ouverture de la Coupe du monde, ce dimanche à Doha.

Il a commencé par une anaphore : « Aujourd'hui, je me sens qatarien, aujourd'hui je me sens arabe, aujourd'hui je me sens africain, aujourd'hui je me sens gay, aujourd'hui je me sens handicapé, aujourd'hui je me sens travailleur immigré. » Mais la suite de son argumentation s'est avérée incertaine. En premier lieu son injonction à recentrer notre attention sur le football : il a consacré une poignée de minutes de son intervention au ballon rond en lui-même, en comptant large.

Vendredi, un communiqué de la FIFA avait annoncé la décision de « supprimer les points de vente de bière des périmètres des stades [...] à la suite de discussions entre le pays hôte et la FIFA ». Ce samedi, Gianni Infantino a expliqué : « Toutes les décisions prises sont communes entre le Qatar et la FIFA. Il y aura plusieurs fans zones, plus de 200 sites qui vendent de l'alcool, 100 000 personnes pourront acheter simultanément de l'alcool, je pense qu'on peut survivre en ne buvant pas de bière pendant trois heures. En France et dans d'autre pays, la législation est similaire. Nous avons essayé jusqu'à la dernière minute de voir si c'était faisable. »

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Plus tard, il affirmera : « Je contrôle à 100 % cette Coupe du monde. Toutes les équipes logent au même endroit, cela représente beaucoup de défis, une machine compliquée à mettre sur pied. Nous assurons la sécurité de tous. »

Il lâchera, aussi : « Le Qatar est un pays souverain, ce n'est pas à la FIFA de lui donner des ordres. Vous pensez que la FIFA peut aller en Angleterre, aux USA, et y dire ce qu'il faut faire ? Je ne suis pas là pour faire taire, tout le monde est libre de parler. Mais mon message principal, c'est que nous sommes une organisation de football, qu'on ne devrait pas utiliser le foot pour d'autres fins. Les hypocrites, ce ne sont pas nous, ce sont les autres, ceux qui donnent des leçons aux autres, même si la situation chez eux laisse à désirer. »

Les travailleurs immigrés : « On a subi une véritable leçon de morale du monde occidental »Gianni Infantino, en poste depuis 2016, a parfois parlé comme s'il était président de l'ONU, appelant à la paix sur terre tout en donnant des leçons aux médias présents dans la salle : « Sur les travailleurs immigrés, nous avons pris des leçons du monde occidental, notamment des Européens. Je suis européen, je pense à ce que nous avons fait dans quatre coins du monde depuis 3 000 ans, peut-être est-ce à nous de nous excuser pour ce que nous avons fait pendant ces 3 000 années. J'ai abordé ce sujet des travailleurs immigrés dès le début. Combien d'entreprises qui gagnent des millions ici en parlaient avec les autorités avant nous ? Aucune. »

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Avant d'ajouter : « Qui se soucie des travailleurs ici ? La FIFA. J'ai participé à un événement il y a quelques jours sur le handicap. Il y avait quatre journalistes. Il y a pourtant un milliard d'handicapés dans le monde. Ici, les travailleurs immigrés gagnent dix fois plus que ce qu'ils gagneraient chez eux et peuvent aider leur famille à survivre. Nous, en Europe, nous fermons nos frontières, nous empêchons ces travailleurs de venir travailler chez nous de manière légale. Si l'Europe se soucie véritablement de l'avenir de ces individus, elle pourrait, comme le Qatar, mettre en place des canaux légaux pour qu'un pourcentage puisse venir en Europe. Donnons du travail, une lueur d'espoir. Je me demande pourquoi personne ne souhaite reconnaître les progrès effectués depuis 2016. »

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