Gilles Simon: « Il y a une partie de moi qui est impatiente d'arrêter »

Gilles Simon avoue être habité de sentiments contradictoires. (A. Réau/L'Équipe)

Vainqueur au finish d'Andy Murray (4-6, 7-5 6-3) et qualifié pour un deuxième tour, mercredi, contre Taylor Fritz, Gilles Simon était heureux d'avoir retardé l'heure de sa retraite tout en reconnaissant son envie d'en finir.

« Comment vous sentez-vous après cette victoire, et comment vous sentiez-vous avant d'entrer sur le court pour ce qui pouvait être votre tout dernier match ?
Là je suis fatigué, et sur le court j'étais très tendu, ça a été une journée difficile, très longue. Je jouais bien ces derniers temps donc je savais que je pouvais bien jouer. Mais c'était vraiment dur de se concentrer sur le jeu, et encore plus face à Andy, contre qui je n'ai jamais un très bon feeling (Murray menait 16-2 dans les face-à-face). Le début de match était très dur, le match dans l'ensemble a été très dur, à différents niveaux, à différents moments aussi. Je suis juste très heureux d'avoir gagné parce que ça partait très mal. Je suis content, pour une fois, d'être le vainqueur.


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Est-ce que vous avez eu l'impression de gagner ce match tactiquement, d'entrer dans sa tête ?
S'il y en a un qui est dans la tête de l'autre, c'est plutôt l'inverse. D'habitude c'est toujours Andy qui gagne ces matches-là. A chaque fois que j'étais en position de finir contre lui, c'était dur, alors je suis content que ce soit passé dans l'autre sens, cette fois. Mais il a vraiment baissé physiquement dans ce match, à un moment (L'Ecossais a expliqué avoir souffert de crampes à partir du milieu du deuxième set). Je sentais qu'il baissait, que quand mes coups étaient précis, ça devenait dur pour lui de défendre. A la fin il n'arrivait plus à servir, alors qu'avant il pouvait jouer huit heures (rire).

Vous disiez ces derniers temps votre crainte, parfois, d'encaisser des défaites très sévères. Ce sentiment vous a traversé l'esprit aujourd'hui?
C'est vrai que j'ai un niveau qui peut changer, parce que les jours où ça se passe bien je joue encore très bien. Mais je suis souvent empêché, arrêté, comme à Brest la semaine dernière (forfait après sa victoire au deuxième tour). Ça devient dur de faire trois matches en étant tranquille. C'est aussi pour ça que j'arrête, parce que c'est frustrant. Quand tu fais beaucoup d'efforts, et que finalement, tu fais un ou deux bons matches et que le troisième, tu ne peux plus jouer, tu te dis que vraiment ça ne sert plus à rien.

Avez-vous réussi à faire abstraction de tous ces visages connus, dans les tribunes?
L'entrée sur le court, c'était très dur. Heureusement j'en avais croisé certains juste avant, comme Jo (Tsonga) et Gaël (Monfils). « Ah tiens vous êtes là les gars... » (rire) Je préférais les voir là que quand j'étais sur le terrain, face à eux. En début de match, tu ne sais pas, t'as envie de les regarder mais il y a plein de trucs qui te viennent dans la tête et du coup tu n'es plus du tout concentré sur le jeu. Et tu sais qu'il faut bien jouer parce que tu as un adversaire qui ne fait pas de faute, qui ne te donnera rien, pas un jeu, et puis ça fait 1-0, 2-0, 3-0 et tu te dis ouais, effectivement il ne va rien me donner. Je reconnais bien le Andy qui me gêne donc c'est pas simple. Gagner le premier jeu (1-3), déjà ça libérait bien...

De quoi avez-vous envie pour la suite de ce tournoi ? Que ça se termine « bien » mercredi, contre Fritz, ou que ça continue encore un peu ?
Je ne sais pas (sourire), j'aurais été bien si ça s'était arrêté ce soir, parce que j'ai toujours cette inquiétude d'être au niveau du prochain match, mais on verra. C'est dans deux jours. Là, je suis fatigué. J'ai eu une journée très longue. Je vais essayer de bien récupérer, de bien gérer ma journée, le temps que j'aurai jusqu'au prochain tour. J'ai toujours beaucoup de sentiments contradictoires qui se bousculent. J'ai envie de gagner, bien sûr, mais il y a une partie de moi qui est impatiente d'arrêter, parce que c'est vraiment très dur. J'essaye de ne pas trop y penser. Je vais faire comme j'ai fait toute ma vie. J'ai un match dans deux jours, je suis dans tel état, j'ai 48 heures pour récupérer et faire du mieux possible. Quand je suis concentré là-dessus, ça me permet d'oublier le reste. »