Golf - Mag - Matthieu Pavon «J'ai dû tuer mes mains avant qu'elles ne tuent mon golf»

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Usées, pleines de cornes, intelligentes, sensibles et surtout uniques relais entre le corps et le club, les mains des golfeurs pros ont une vie propre et des histoires plein les paumes. Celles de Matthieu Pavon ont failli stopper net sa carrière, n'ont pas peur des grosses séances de practice et sont renversantes.Matthieu Pavon : « Le grip est un des fondements du swing avec la posture. Je ne dirais pas que le mien m'obsède, mais c'est une des choses que je vérifie fréquemment pour être certain que rien n'a bougé. Je ne veux pas qu'une modification de mon grip, même minime, influe petit à petit sur mon swing tout entier. D'autant qu'il évolue un peu tout le temps, selon les conditions climatiques, selon le niveau de confiance... On le serre plus ou moins selon tous ces facteurs. Il faut donc y revenir de façon régulière pour s'assurer que tout est à la bonne place.Inverser pour avancer À la fin de ma carrière amateur, j'ai été rattrapé par des yips (spasmes musculaires incontrôlables) au chipping. Je n'étais pas bon techniquement dans ce secteur, mes mains devaient trop rattraper les choses durant la frappe. Ma main droite venait piocher le sol à l'impact. Chaque fois que j'avais un chip à jouer, peut être sept ou huit fois sur 10, je faisais une gratte ou un top... J'avais totalement perdu confiance en mes mains. J'en étais presque à abandonner mes rêves de circuits. Et puis, en m'entraînant à chiper à une main, j'ai trouvé cette solution l'inversion de ma prise sur le grip. À partir de ce moment-là, je n'ai plus jamais eu un seul petit spasme ou un seul mauvais contact. J'ai dû tuer mes mains avant qu'elles ne tuent mon golf. J'exécute tous les chips classiques avec les mains inversées. Un fer 9 roulé est un peu comme un long putt, et vu que je putte mains inversées, c'était naturel de chipper de la sorte. Petit à petit j'ai pris confiance et j'ai vu que je pouvais aller jusqu'à ouvrir un peu les faces des clubs pour varier les effets et les trajectoires. Les seuls chips que je joue avec un grip normal sont les lob shots qui s'apparentent à des sorties de bunker et qui demandent de la vitesse. Ce que coach dit... Avant de travailler avec Benoît (Ducoulombier), j'avais un grip globalement assez faible (dos de main gauche plutôt tourné vers la cuisse gauche pour les droitiers) ; petit à petit on l'a renforcé. L'objectif est de coller avec la norme des meilleurs mondiaux. Car, sur les 50 meilleurs joueurs du monde, peut-être 45 sinon plus ont des grips de main gauche forts. Et puis ce que demande mon coach, en général, je l'applique (sourire). J'ai toujours eu tendance à beaucoup serrer le club. Benoît m'a souvent dit que les joueurs aux vitesses de swing assez élevées, qui frappent puissamment la balle, avaient intérêt à bien tenir le grip. Je ne tape pas non plus comme un fou, mais suffisamment pour avoir besoin d'un peu de contrôle. D'ailleurs, les Rory McIlroy ou Dustin Johnson doivent sacrément bien tenir les mains pendant leurs swings.Cut manqué = mains qui grincent Ni crème ni rien... Je ne prends pas soin de mes mains, même lorsque je les martyrise lors de grosses séances de practice. Par exemple quand je rate un cut (il sourit). Je ne vais pas jusqu'au sang, mais le soir on peut constater que club et mains se sont rencontrés dans la journée ! Je ressens davantage de douleurs articulaires que de meurtrissures dans la chair à proprement parler. Et il m'arrive de devoir interrompre des séances d'entraînement un petit quart d'heure pour leur laisser quelques instants de repos.De l'importance des premiers coups Les sensations, bonnes ou mauvaises, passent évidemment par les mains. Il y a des jours avec et sans... Dès le matin, au practice, je sens très vite quel sera le ton de la journée, si je mettrai le club comme je veux, où je veux, et réaliserai toutes les trajectoires et les coups que j'ai en tête... ou pas. Mes mains sont très sensibles. Cela dit, il y a une différence entre les entraînements : au long jeu, j'ai très peu de journées où je ne sens pas grand-chose dans les mains. C'est assez constant. En revanche, c'est très variable quand il s'agit du petit jeu et du putting. L'indescriptible perfection C'est difficile de définir un bon contact... puisque ça se ressent (rires). C'est vraiment compliqué à décrire, il y a beaucoup de relâchement dans la frappe, il y a de la vitesse... Mais je ne trouve pas de mot précis à raccrocher à ce feeling.Domestiquer la dominée Je suis droitier et je pense que ma main droite dirige. Je ne sais pas si l'une est plus intelligente que l'autre, mais la droite est certainement plus habile, naturellement. C'est un peu pour ça que j'aime bien chiper, putter ou jongler seulement avec la gauche, histoire d'être un peu plus familier avec la main qui n'est pas dominante.»

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