Golf - Comment Michael Jordan est-il devenu golfeur ?

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Michael Jordan entretient une passion dévorante pour le golf depuis ses années universitaires. Récit d'une rencontre sportive capitale dans la vie du plus grand basketteur de tous les temps. « Ça vous embête si je viens avec vous ? » Michael Jordan venait juste d'entrer à l'Université de North-Carolina en 1984 lorsqu'il posa cette simple question à Buzz Peterson, son colocataire et aussi partenaire dans l'équipe de basket des Tar Heels. Il y avait une troisième personne dans leur chambre ce jour-là. Un nouveau pote que Peterson avait récemment rencontré en classe de psychologie. Il s'appelait Davis Love III (l'un des plus grands joueurs américains des années 80-90). « En rentrant à ma chambre, j'ai présenté Michael à Davis, se souvient Peterson. Je lui ai dit qu'on allait taper quelques balles au golf. » Normalement, ce sport n'attirait absolument pas l'attention de basketteurs comme Jordan ou Peterson. Encore plus fin mars, une période normalement clé pour les basketteurs universitaires. Sauf que l'équipe des Tar Heels venait de perdre une demi-finale régionale contre Indiana. Jordan avait inscrit 13 points avant de se faire sortir pour avoir commis trop de fautes dans ce qui serait son ultime match universitaire. Peut-être qu'à cet instant précis, Michael Jordan tentait juste de remplir le vide laissé par cette saison brusquement interrompue. Peut-être était-ce simplement son esprit de compétition et sa curiosité qui l'ont piqué. Il était quoi qu'il en soit très intrigué. Et c'est à cet instant précis qu'il posa la question. Bien sûr ni Peterson, ni Love n'allaient lui refuser ses premiers pas, clubs en mains. Ils partaient donc tous les trois vers le parcours et le début d'une longue histoire entre Jordan et le golf. « Michael n'était pas spécialement à son aise au début, se souvient Davis Love III. Il conduisait la voiturette, marchait avec nous sur le terrain sans vraiment donner l'impression d'être intéressé. En même temps, il y avait pas mal de monde sur le parcours. Et puis, il s'est mis à prendre un club et à taper une balle ici ou là. On sentait que son intérêt grandissait à chaque frappe ou presque. Du coup, je lui ai trouvé quelques vieilles balles, je lui ai filé un sac avec des clubs. Il a commencé à jouer comme ça. » Jordan arpenta son premier parcours ce printemps-là. Les premiers temps, il avait du mal à se faire à toutes les règles. « J'étais perdu entre le fer 6 et le fer 9, ce genre de trucs... », se souvient His Airness, qui ne se rappelle pourtant pas de son score lors de cette première. Il garde par contre un souvenir très précis, celui du moment où le golf l'a conquis pour la vie. Un par au milieu d'un chapelet de scores fleuves. Un simple par qui allait tout bouleverser : « Depuis ce jour, et ce seul par en 18 trous, je suis devenu dingue de golf. » Davis Love III tient à préciser les choses. Il n'a pas appris à Michael Jordan à jouer au golf. Il ne lui a pas enseigné les bases sur la manière de tenir un club, ni de se placer devant la balle. Il l'a seulement guidé vers son premier parcours de golf. O.K. Si ce n'est pas DL3, qui a façonné le swing de Jordan ? C'est là qu'Ed Ibarguen entre en scène. L'actuel directeur du Duke University Golf Club était le pro du club de Finley, là où MJ est tombé en adoration pour le golf. Jordan n'était pas le premier athlète d'UNC à s'intéresser au golf, après tout la Caroline du Nord recèle quelques pépites de parcours (Pinehurst, ça parle ?). Et il n'était pas non plus le seul membre de son équipe de basket à venir régulièrement taper des balles au practice. Davis Love III, qui passait le plus clair de son temps au golf, se souvient que Dean Smith, le légendaire entraîneur de l'équipe de basket, appelait régulièrement au golf pour savoir où étaient ses joueurs. « Il m'a même demandé une fois de ramener toute son équipe, qui était au practice, vers la salle de sport ! », se souvient Love. Mais l'intérêt de Jordan pour le golf était un cran au-dessus des autres. « Michael avait été piqué bien plus fort », raconte Ibarguen. Tout son temps libre, Jordan le passait au golf avec son ami Buzz Peterson. « On se levait et on filait direct vers le parcours, se souvient-il. On s'arrêtait au McDo du coin pour attraper un semblant de petit déj' et on allait jouer. Le midi, c'était un hot dog rapidos et on repartait vers le parcours. C'était du golf non-stop ! » Petit à petit, Michael Jordan se rendait compte qu'un oeil avisé l'aiderait à progresser davantage. Naturellement il se tourna vers Ed Ibarguen : « Michael est un jour entré dans le pro-shop, et s'est présenté à moi. Bien sûr, il n'était pas encore la superstar qu'il est devenu, mais il était déjà considéré comme un très bon basketteur et bien sûr je savais qui il était. Je me souviens de lui comme d'un gars plutôt timide à l'époque mais surtout très sympa. Je lui ai tout de suite demandé s'il était vraiment prêt à apprendre le golf. Et sa réponse a été un grand oui. À partir de là, on est parti bosser et on est devenus très proches jusqu'à aujourd'hui. » Ibarguen restera le coach de MJ jusqu'à ce qu'il déménage en Floride il y a quelques années. Mais ils jouent toujours fréquemment ensemble et ne ratent pas une Ryder Cup ou une Presidents Cup au plus près des joueurs. Transmettre la science de l'équipier Jordan sait aussi transmettre sa passion pour le jeu en équipe. En 2012, en amont de la Ryder Cup qui se déroulait à Medinah, dans la banlieue de Chicago, il avait préparé une vidéo. Davis Love III, le capitaine de l'équipe américaine, avait été surpris de son contenu : « Ce n'était pas un condensé de ses meilleurs paniers, de ses plus gros dunks... C'était des highlights de ses meilleures passes, de ses plus importants soutiens à ses coéquipiers. Son message avait été puissant, même si au final nous avions perdu. Ça en disait long sur sa façon de voir le jeu en équipe : soutenir les autres et tous ensemble être meilleurs. » À ses débuts, le premier défi était de trouver des clubs qui permettraient à Jordan d'être performant. Étonnamment, ce n'était pas son 1,98 m qui allait poser le plus de problèmes. Ibarguen lui avait bricolé des clubs rallongés le temps que Jordan puisse réaliser un fitting complet. « Ce qui est intéressant chez Michael, précise le coach, c'est qu'il a de si longs bras qu'on a pas eu besoin de rallonger ses clubs tant que ça. On a dû rajouter un inch, ce qui est très peu pour un joueur aussi grand. » Le vrai problème résidait ailleurs : « Vu la taille de ses mains, on ne parvenait pas à lui trouver des grips adaptés. Même en lui posant des grips aussi épais qu'une batte de base-ball ce n'était toujours pas suffisant. Ça a été un sacré casse-tête au début. » Une fois les bons grips trouvés, Ibarguen s'est rapidement rendu compte que son nouvel élève était du genre spécial : « Bien sûr, il possédait une coordination main-oeil incroyable. Mais il était surtout très observateur. Il regardait attentivement comment taper tel ou tel coup et en général, au bout de 10 ou 15 frappes, il avait trouvé le truc. » Si son sport de prédilection lui apportait beaucoup pour le golf, il fallait tout de même un peu d'adaptation pour passer des parquets aux greens pour Jordan. « Le plus compliqué pour lui était d'apprendre à être un peu plus « figé », explique son coach de toujours. Au basket, Michael shootait et se déplaçait vers une cible fixe. Le golf restait bien plus stationnaire dans un sens pour lui. » Ibarguen estime malgré tout que Jordan a attaqué le golf comme il l'a fait avec le basket. Il voulait dominer ce jeu et par conséquent, il passait autant de temps que possible à s'entraîner. « Michael ne rechignait pas à taper des balles sous une chaleur écrasante. Il voulait progresser encore et encore. À chaque fin de saison, il venait me voir et je l'inondais de travail. Il m'a même glissé que mes sessions d'entraînement étaient plus intenses que celle de Phil Jackson (son coach aux Chicago Bulls). Il avait en plus la motivation d'être prêt pour un tournoi de célébrités qui avait lieu tous les ans à Lake Tahoe. Ça l'angoissait terriblement. Il aurait préféré jouer seul contre cinq joueurs sur un parquet plutôt que de s'imaginer au départ du 1 devant un public nombreux. » En 1990, Buzz Peterson s'est marié à Asheville en Caroline du Nord. Michael Jordan était son témoin. Et parmi les garçons d'honneur figurait Davis Love III. Pendant que la mariée se préparait, tous trois filèrent jouer au golf. Jordan n'avait que 6 ans de golf derrière lui, mais Love était scié. « C'était incroyable de voir à quel point il avait progressé vite. Pour quelqu'un qui quelques années plus tôt ne savait même pas comment tenir un club, il était vraiment devenu très bon ! En fait ce type-là, peu importe le sport, il se débrouillait toujours très bien. Son esprit de compétition y jouait pour beaucoup c'est certain. » Davis Love III « Ce type-là, peu importe le sport, il se débrouillait toujours très bien. Son esprit de compétition y jouait pour beaucoup c'est certain. » La seule chose qui inquiétait Peterson n'était pas le niveau golfique de son ami, mais bien l'heure qui tournait. Son mariage avait lieu dans quelques heures et ses partenaires n'avaient pas l'air plus inquiets que ça : « Je n'arrêtais pas de dire à Michael, c'est bon on a assez joué, on y va ? Mais non, lui voulait continuer. Tant qu'il n'avait pas réussi à taper plus loin que Davis Love, il ne voulait pas s'arrêter ! Bien sûr, il n'y est jamais parvenu et on est arrivés tout juste à la cérémonie. » Jordan avait pourtant déjà eu sa chance, quelques jours plus tôt. Le même trio s'était retrouvé sur un autre parcours et sur un départ, Love avait complètement topé son drive. Jordan s'en frisait les moustaches, son heure avait enfin sonné. « Bien sûr, Michael a tellement voulu en mettre une énorme que sa balle a fini hors limites et qu'il n'a pas gagné son pari, se souvient Peterson. Il se foutait du score, tout ce qu'il voulait, c'était overdriver Davis. » À 57 ans, Michael Jordan joue presque chaque matin au Bear's Club en Floride. Il habite à cinq minutes du club et s'y rend avec l'une de ses voiturettes adaptées à ses jambes gigantesques et à son goût pour la musique très forte. « On ressent même les basses dans la poitrine quand il pousse le son... », précise Ed Ibarguen. Il y retrouve des joueurs du Tour comme Luke Donald, Keegan Bradley ou Ernie Els. Ce dernier s'avoue impressionné par le petit jeu de l'homme aux six titres NBA. « Quand il est en forme, Michael peut jouer sans souci autour du par, et rarement au-dessus des 80 dans une journée sans, précise le quadruple vainqueur Majeur. Par contre, quand on joue avec lui, il faut être prêt. Il adore provoquer, titiller. Il pousse sa musique à fond d'autant plus qu'il sait que je n'aime pas ça. Mais on se marre toujours avec Michael. » À l'inverse d'autres athlètes qui pourraient avoir tendance à profiter de l'absence d'arbitres, Jordan est du genre très à cheval sur les règles. Au point que très souvent, His Airness a besoin d'un avis extérieur pour être certain qu'il joue bien dans les clous. Ibaguen voit en cette attitude parfois extrême un respect pour le jeu tout aussi grand. Ça ne l'empêche pas d'être un grand chambreur sur le terrain. Perdre contre Michael Jordan se résume souvent en une longue litanie de moqueries qui peuvent durer à jamais. « Le plus drôle, c'est que lorsqu'il joue avec d'autres gens, tout le monde veut parier quelque chose avec Michael, précise son coach. Il adore parier ne serait-ce qu'un dollar, il ne le fait que par fierté personnelle parfois. Et à chaque fois qu'on lui demande '' eh, on joue combien ? '', Michael a toujours la même réponse : '' Je jouerai pour la somme qui te rendra nerveux'' ». Michael Jordan « Je jouerai pour la somme qui te rendra nerveux » La réponse vaut même pour les pros du PGA Tour avec qui Jordan joue. Sauf que très souvent, c'est lui qui perd. « L'une des rares fois ou j'ai vu Michael se faire clouer le bec, se souvient Ed Ibarguen. C'était face à un pro, bien sûr. Randy Towner trouvait tous les fairways et lui aucun. MJ a perdu le match en se lamentant. Sauf que Towner a pointé son doigt vers lui en disant « NBA » puis a retourné son doigt vers lui-même en disant « PGA ». Il y a un écart que tu ne pourras jamais combler, a-t-il simplement ajouté. Michael était scié. » Ça n'empêche pas Jordan d'être aussi agressif sur le parcours que sur les parquets. Et surtout d'avoir l'exacte même attitude : tant que ce n'est pas fini, tout est possible. « Peut-être que Jack Nicklaus a le plus grand nombre de birdies au 18 du Bear's Club, mais Michael ne doit pas être loin, estime Ibarguen. S'il trouve le moyen d'arriver jusqu'au 18 en pariant encore et encore, il parvient très souvent à enquiller un putt de folie pour un ultime birdie sorti de nulle part. Quand tout semblait perdu, qu'il ne lui restait qu'une poignée de secondes pour marquer un panier décisif, c'était là qu'il était le meilleur. Michael Jordan retrouve un peu de cette pression-là au golf. C'est ce qui lui fait adorer toujours plus ce jeu. » Cet article a été reproduit avec l'autorisation de PGATour.com

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