Golf - PGA Tour - La bête Dustin Johnson à la loupe

L'Equipe.fr
Contempler les missiles limite inhumains de Dustin Johnson c'est une chose. Tenter d'expliquer, chiffres à l'appui, la façon dont le n°1 mondial massacre ses balles et inspire une future génération est une mission pour Guillaume Biaugeaud, maître Trackman reconnu dans l'hexagone.

Contempler les missiles limite inhumains de Dustin Johnson c'est une chose. Tenter d'expliquer, chiffres à l'appui, la façon dont le n°1 mondial massacre ses balles et inspire une future génération est une mission pour Guillaume Biaugeaud, maître Trackman reconnu dans l'hexagone.Quand le fichier est arrivé, on a presque cru à une blague. On s'est dit que les ingénieurs du célèbre radar de mesure orange s'étaient fait plaisir à inventer les données idéales. Sauf que c'est un homo-golficus bien réel qui était passé devant le Trackman. Cette frappe disséquée de Dustin Johnson driver en mains, datant de début mars, est quasi irréelle : 316 m de portée de balle pour une distance totale de presque 345 m ! On parle bien de l'actuel numéro 1 mondial, pas d'un concurrent de long drive. Et c'est peut-être ça le plus flippant.Guillaume Biaugeaud, pro au golf du Vaudreuil, et fin analyste de ces données, précise : «Le plus effrayant est de se dire qu'il est tout à fait capable d'accélérer encore la vitesse de sa tête de club. Je pense que ce coup précis est un drive posé, presque tranquille pour lui… Johnson fait partie, avec Tony Finau ou Bubba Watson par exemple, de ceux qui sont capables de vraiment affoler les radars de mesure et de swinguer leurs clubs bien au-delà des 124 mph.»La quadrature du cercleLa vitesse de la tête de club est un facteur important de la puissance brute. Mais à y regarder de plus près, des joueurs comme Sergio Garcia ont enregistré une vitesse moyenne comparable voire supérieure sur le PGA Tour l'an passé (122,42 pour DJ, 122,83 pour Garcia). Pourtant l'Espagnol rend presque 11m en moyenne à DJ sur la saison passée, babatte en mains. C'est davantage sur l'optimisation de cette vitesse que le numéro 1 mondial actuel fait toute la différence.«Sa vitesse de tête de club est importante, mais elle n'est pas la plus rapide de toutes, confirme Guillaume Biaugeaud. En revanche, sa vitesse de sortie de balle est démente (181,4 mph). Ça s'explique d'abord par le fait qu'il prend la balle parfaitement au centre de la tête du club. Son ‘’smash factor’’ est rarement en dessous de 1,50 (ratio idéal entre la vitesse du club et celle de la balle avec un driver, ndlr). Mais ça s'explique aussi par un spin loft assez bas (11,9°). Ce chiffre signifie que Dustin Johnson à la capacité de prendre la balle en remontant, d'où l'angle d'attaque de +2,8°, tout en gardant les mains au maximum devant la balle à l'impact. C'est ce facteur, en plus d'un fitting idéal, qui lui permet d'imprimer aussi peu de spin à ses balles, malgré son angle d'attaque.»En résumant, DJ est la quadrature du cercle : un angle de décollage important histoire de faire voler très haut et très vite des projectiles ultra rapides qui tournent très peu sur eux-mêmes et roulent beaucoup une fois le sol touché. Rien à jeter en somme.L'inspiration Johnson Mine de rien, depuis son arrivée sur le PGA Tour en 2008 Dustin Johnson a bousculé les lignes. Par son côté ultra athlétique, ses drives de mammouth, mais aussi sa technique. OK, à première vue celle-ci peut paraître peu orthodoxe, mais elle est en réalité d'une cohérence redoutable. Son grip, sa face de club ultra fermée en haut de backswing, son chemin de club, tout est en harmonie. «La technique et le système de Dustin Johnson ont beaucoup plus apporté qu'on ne le croit, confirme Guillaume Biaugeaud. Il inspire aujourd'hui chez les meilleurs coaches cette face de club légèrement fermée en début de descente. Tous les joueurs sont à la recherche de puissance c'est sûr, mais aussi de contrôle. Et le fait d'avoir une face de club légèrement fermée à ce moment du swing permet d'atténuer voir d'éviter carrément ce fameux release des poignets et des mains qui visait justement à refermer la face au moment de l'impact. Le relâchement se fait davantage par le corps et avec une idée de rotation. La face ne va quasiment plus bouger pendant la traversée et le contrôle en est accru.» Pas étonnant, donc, de voir de plus en plus de jeunes joueurs prendre le pas de cette optimisation à l'extrême de leur vitesse sans sacrifier au contrôle. Le meilleur exemple ? Jon Rahm : «Lui aussi a un haut du corps extrêmement incliné de façon latérale à l'impact (en regardant le joueur de face, ndlr) avec malgré tout des mains très basses et un manche de club très en avant. Ces deux joueurs produisent ce qu'on cherche : une balle haute avec très peu de spin pour optimiser au maximum la sortie de balle.» Et comme par hasard ces deux-là se battaient en finale du très récent WGC de match-play en envoyant missiles sur missiles…

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