Golf - Rétro - Ils ont fait la décennie : Brooks tout-puissant

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Pour clore la décennie 2010-2019, la rédaction de « L'Équipe » a sélectionné dix grands moments golfiques. Septième épisode avec la domination de Brooks Koepka en Grand Chelem.Tout le monde l'avait annoncé : pour gagner à Bethpage Black, il fallait être long, précis et bien putter. Le nom de Brooks Koepka revenait donc régulièrement quand il fallait citer un potentiel vainqueur. Normal. Mais si le nom a été facile à trouver, la manière a en revanche décontenancé une bonne partie des observateurs. Sur un parcours réputé extrêmement compliqué avec des roughs d'où l'on ne pouvait quasiment pas sortir, le nouveau numéro 1 mondial s'est baladé les trois premiers jours : record du parcours le premier jour avec une carte de 63 (-7), score le plus bas de l'histoire en Majeur après deux tours (-12) et plus large avance après trois tours dans un USPGA (sept coups sur son premier poursuivant).Un puissant succèsUne victoire tout en puissance qui n'étonne pas ses collègues du Tour à l'image de Phil Mickelson : « La première fois que j'ai joué avec lui, c'était à l'USPGA 2013 à Oak Hill en partie d'entraînement. Je savais qu'il allait devenir un bon joueur. Mais on ne pouvait pas savoir à quel point il allait évoluer. Brooks est de plus en plus fort. » Associé à Tiger Woods lors des deux premiers tours, le joueur de West Palm Beach, a même donné le tournis à la légende du golf. Ce dernier développe : « Ce que fait "Brooksy" ? Driver à plus de 300 mètres en plein milieu du fairway. Il a des fer-9 en mains quand la plupart des joueurs tapent des fer-5 ou des fer-4 et en plus il putte bien. C'est un joueur qui a un parcours atypique : il est allé sur le Challenge Tour, le Tour européen et ça a payé. Il a trouvé son style jeu et ce qu'il fallait faire pour bien jouer. »Le Koepka show« Let's Go Biceps. » Dès les parties de reconnaissance, le public de Bethpage a d'ailleurs bien saisi son style : Brooks Koepka est un cogneur. Le joueur de Ryder Cup envoie des parpaings pleins fairways et quand il s'égare dans le méchant rough de Bethpage, sa puissance permet à « Biceps » de trouver les greens. Sur sa semaine, il n'aura loupé en moyenne que quatre greens par tour. Mais comment fait-il pour être aussi puissant ? « C'est pour ça que je vais à la gym », a-t-il simplement déclaré. Les muscles sont saillants, les appuis solides, le joueur de 29 ans met à profit ses heures passées à soulever de la fonte pour fracasser la balle. « C'est un swing qui n'a pas énormément de rotation dans le backswing, analyse Guillaume Biaugeaud, responsable d'Altus Performance Europe, avec au contraire un club presque vertical. C'est au retour qu'il tourne énormément et on voit alors son club tracté par la force des bras, des mains. C'est hallucinant de générer autant de puissance tout en restant en équilibre. »Brooks Koepka, parti pour dominer ?Force et contrôleLa puissance est d'ailleurs une recherche commune à tous les joueurs du Top 10 mondial. Dustin Johnson, Justin Rose, Rory McIlroy ou encore Justin Thomas ont des physiques différents mais cette obsession de la distance en commun. Cameron McCormick, coach de Jordan Spieth prévient : « Il y a plein d'exemples de joueurs même sur le Web.com ou d'autres minitours à travers le monde qui peuvent créer une vitesse de balle de 180 mph ou au-dessus. On voit des joueurs de plus en plus athlétiques. Mais malgré tout, le fait de créer beaucoup de vitesse n'est qu'une petite pièce du puzzle. L'important est de contrôler la balle. C'est ce que fait Brooks à un niveau exceptionnel. »Un mental presque d'acierMais Brooks Koepka n'est pas qu'une masse de muscles. L'Américain putte très bien et est surtout doté d'une puissance mentale hors norme. Il fallait le voir arriver vendredi matin au practice, le regard déterminé à bouffer tout le monde. Là où d'autres auraient choisi une place lambda, la mâchoire serrée, le Floridien est venu poser ses balles à côté de Tiger Woods. Comme pour lui dire « Alors, c'est qui le patron maintenant ? ». Après le « Tiger effect » du début des années 2000, est-on en train d'assister au « Koepka effect » ? « C'est vrai qu'on peut le voir ainsi, admet Rickie Fowler. Mais je ne le vois pas comme un facteur d'intimidation. Nous avons toujours considéré Brooks comme l'un des meilleurs joueurs du monde. Je pense que l'on est plus sur un respect naturel que sur de l'intimidation. »Woodland grille Koepka à l'US OpenDans la tempête le dernier jour, Koepka a eu très chaud. Lui que l'on pensait imperméable à la pression s'est complètement pétrifié. Au retour son regard a subitement changé. Auteur de cinq bogeys sur les neuf derniers trous, il a enfin été délivré par son putt pour le par au 18. « C'est la plus belle de mes victoires. Le dernier tour était compliqué avec ''DJ'' qui revenait de l'arrière. La dernière heure et demie du tournoi a été très stressante. C'est pourquoi j'ai poussé un grand ouf de soulagement sur le 18. C'était l'un des moments les plus intenses de ma vie. » Poing rageur et sourire aux lèvres, on n'avait jamais vu Koepka avec autant d'émotions. Une mésaventure humanisante et presque rassurante.Woods ou Nicklaus ?Avec quatre Majeurs en poche sur ses 13 succès professionnels, Koepka explose tout sur son passage. Sa domination à Bethpage force naturellement la comparaison avec les grands noms du golf. « Il me fait beaucoup penser à Jack Nicklaus, explique Thomas Levet. C'est un joueur qui tape très fort et en fade comme Nicklaus. Qui fait très peu d'erreurs tactiques, comme Nicklaus. Qui domine, comme Nicklaus. Il a un physique au-dessus de la moyenne. Toutes les comparaisons sont là. Il est plus impressionnant que Woods car il y a moins de vadrouilles sur le parcours. Il est très souvent au milieu du fairway et très près des greens. On n'a pas cet effet magicien d'un Woods qui, depuis les arbres, va faire un coup de recovery incroyable. Koepka, on sait qu'il va être près du drapeau car il a à chaque fois un petit club dans les mains. »Pas encore de KoepkamaniaUne domination qui n'a pour le moment pas conquis les foules. Koepka assomme tous ses adversaires mais aussi le public. Pas assez de folie ? Trop de perfection ? « Brooksy » n'a pour le moment pas trouvé la clé pour électriser le public comme Tiger Woods. « Je pense que les gens sont un peu choqués et sans voix de voir un gars jouer aussi bien au golf, sans trop d'émotions, confie Thomas Levet. C'est comparable au début de carrière de Borg au tennis. Les gens s'intéressaient mais ne le regardaient même plus car ses matches étaient gagnés d'avance. Il y avait trop de domination. Là, c'est un peu similaire. Mais dans cinq ou dix ans, s'il continue comme ça, les gens adhéreront sûrement. Pour le moment il n'y a pas de Koepkamania. » Pour le moment.

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