Ce GP remporté par un pilote qui n'a pas mené un seul tour

Charles Bradley
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La deuxième et dernière victoire d' en Grand Prix s'est nouée dans des circonstances exceptionnelles et sans que l'Italien ait mené le moindre tour. Ce fut toutefois le fruit d'une leçon qu'il avait retenue de l'édition précédente. Imola était réputé pour être un circuit très gourmand en carburant et la preuve en avait été faite un an plus tôt, quand De Angelis avait sauvé une place sur le podium après avoir été l'un des trois pilotes à tomber en panne d'essence. L'année suivante, il était déterminé à jouer au plus malin.

Ayrton Senna et Alain Prost à la lutte.

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Ayrton Senna et Alain Prost à la lutte. Motorsport Images
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À l'époque, la réglementation de la Formule 1 autorisait des moteurs turbo 1,5 litre qui avaient la capacité d'être les plus puissants – et les plus gourmands – jamais connus par la catégorie reine. Le carburant était strictement limité à 220 litres et les équipes devaient donc tenir compte de leur consommation pour la stratégie de course.

Alors ingénieur de Prost, Tim Wright se souvient : "Même à Adélaïde en 1986, nous avions encore des problèmes avec la mesure de carburant, donc en 1985 tout cela était très nouveau. Bosch développait le système pour connaître exactement la quantité de carburant que nous utilisions et nous savions que ce serait juste à Imola. Toute l'approche de la course consistait à prendre les choses tranquillement et à voir comment ça allait se passer, et nous avions conseillé Alain sur le rythme qu'il devrait maintenir."

Stefan Johansson au volant de la Ferrari 156/85.

Stefan Johansson au volant de la Ferrari 156/85. <span class="copyright">Motorsport Images</span>
Stefan Johansson au volant de la Ferrari 156/85. Motorsport Images

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L'abandon de Johansson offrit le leadership à Prost, qui économisait du carburant en passant plus tôt les rapports de boîte dans les derniers tours afin d'aller chercher une victoire facile. C'est du moins ce qu'il pensait ! Dans le tour d'honneur, la monoplace de Prost se retrouva à court de carburant au niveau de la Variante Alta, laissant penser qu'il avait parfaitement géré sa consommation. Néanmoins, la McLaren MP4/2B fut contrôlée après la course et son poids était 2 kg sous la limite minimum (après application de la tolérance de 2 kg).

"La raison pour laquelle la voiture était sous le poids minimum à la fin était peut-être de ma faute", raconte Tim Wright. "Déjà à Rio, quand nous avions pesé la voiture à l'issue de la course, elle était tout pile à la limite. La voiture était légère, [John] Barnard avait fait un superbe travail pour la concevoir à la limite du poids minimum, donc nous savions que ce serait juste. Mais nous n'avions pas pris en compte la perte de fluide et de gomme, car Imola est très abrasif. Nous avons tenté de nous défendre, de dire 'Nous devrions pouvoir ajouter un peu d'eau ou d'huile' et ils ont répondu 'Non, c'est comme ça, vous êtes sous le poids minimum'. Peut-être que s'il était rentré à quelques tours de l'arrivée et avait chaussé des pneus neufs, tout se serait bien passé. Mais c'est comme ça, nous ne pensions pas que ce serait aussi serré. Nous avons fait une erreur de calcul."

Alain Prost au volant de la McLaren MP4/2B.

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Alain Prost au volant de la McLaren MP4/2B. Motorsport Images

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ramena Prost vers le paddock en l'embarquant sur le ponton de sa Renault, permettant à son compatriote de rejoindre le podium avant que les commissaires ne découvrent l'infraction qui allait le disqualifier. Prost exclu, De Angelis hérita de la victoire après deux heures durant lesquelles les commissaires s'employèrent à persuader Ron Dennis, patron de McLaren, que la voiture était trop légère pour être conforme. Plus que la réaction de Ron Dennis, Tim Wright se souvient de son échange avec Peter Warr, le team manager de Lotus, lorsqu'ils sont allés aux vérifications.

"Je connaissais Peter Warr depuis la période Fittipaldi, mais je ne peux pas m'enlever de la tête l'image que j'ai de lui, debout, me criant 'Tu as merdé, tu ne sais pas ce que tu fais'. Je ne pouvais pas croire qu'un gars comme ça soit si grossier envers moi devant tous ces gens. Ron était ce genre de gars qui ne vous traîne pas dans la boue pour quelque chose comme ça. C'est un compétiteur, il sait que ces choses-là arrivent et il m'a dit 'Assure-toi que ça ne se reproduise pas'. Barnard était probablement un peu plus énervé que Ron, mais je ne me souviens pas de sa réaction. La chose qui me reste en tête, c'est la manière dont Peter Warr a réagi, ça m'a étonné."

Le podium du GP de Saint-Marin... avant la disqualification de Prost.

Le podium du GP de Saint-Marin... avant la disqualification de Prost. <span class="copyright">Motorsport Images</span>
Le podium du GP de Saint-Marin... avant la disqualification de Prost. Motorsport Images

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