« La guerre du foot », une série documentaire d'Apple sur la Super Ligue

La série d'Apple dépeint Aleksander Ceferin, le patron de l'UEFA, en héros d'une guerre du foot. (Apple TV +)

La plateforme Apple TV + diffuse à partir de vendredi une série documentaire soignée, « Super Ligue. La guerre du foot ». Une plongée dans la bagarre autour du pactole du foot européen.

Aleksander Ceferin a longtemps été très proche d'Andrea Agnelli, le président démissionnaire de la Juventus Turin, qui avait fait du patron de l'UEFA le parrain de sa fille, née en 2005. Mais la tentative de sécession d'un groupe de clubs européens, menés par l'héritier de la famille Agnelli, a eu raison de la vieille amitié entre les deux hommes. « Je l'ai effacé de ma vie. Certaines trahisons ne peuvent pas s'oublier », cingle le Slovène à la fin de « Super Ligue : la guerre du football », une série documentaire lancée vendredi sur la plateforme de streaming d'Apple, AppleTV +.

Réalisée par l'Américain Jeff Zimbalist ( « Les deux Escobars », 2010), cette « guerre du football » fait l'autopsie de la « tentative de coup d'État » lancée en d'avril 2021, par un groupe de douze clubs européens majeurs (Real Madrid, Juventus Turin, Barcelone, Manchester United...). Leur projet de créer une nouvelle compétition, la Super Ligue, inspirée du modèle des ligues fermées américaines, a fait vivre des heures de trouille aux dirigeants du foot européen, réunis en Suisse par un congrès de l'UEFA, au moment où la crise a éclaté. « Ils pensaient que c'était la fin du foot. Ils avaient peur de tout perdre », raconte Ceferin.

La conclusion de cette première bataille entre barons du sport business ne recèle aucun mystère. On sait déjà que la mobilisation de nombreux groupes de supporters contre la Super Ligue, notamment au Royaume-Uni, ainsi que les menaces de sanctions de l'UEFA ont poussé la plupart des clubs dissidents à faire machine arrière. Mais quand l'intrigue est bonne, on s'accommode de connaître les coupables avant la fin du film. Surtout avec de tels personnages.

Avec son regard d'acier et ses traits émaciés, Ceferin ressemble à un héros de cinéma. Andrea Agnelli, roi du double jeu, est un prince florentin en costume sur mesure. Quant à Javier Tebas, le président de la Ligue espagnole, auteur, entre autres, de cette réplique assassine - « dans le foot, je ne fais confiance à personne » - il mérite une série à lui tout seul. Le documentaire d'Apple permet au passage de découvrir des figures peu connues, comme Anas Laghari et John Hahn, les hommes d'affaires à la manoeuvre du raid.

Ceferin dans un rôle de sauveur sans doute trompeurConstruite autour du duel entre Ceferin et Agnelli, la série raconte avec minutie le déroulé de ces quelques jours de fièvre d'avril 2021, où l'équilibre du football continental a vacillé. Javier Tebas, mis dans la confidence par Joan Laporta, le président de Barcelone, qui prévient Ceferin de l'imminence du putsch et fait alliance avec le président de l'UEFA. Les mensonges d'Agnelli, soudain injoignable au téléphone, quand son ami Ceferin lui demande de démentir publiquement la rumeur.

Le double jeu de Gianni Infantino, le président de la FIFA, assurant au Slovène de son opposition au projet... après avoir négocié avec les promoteurs de la Super Ligue, une participation des clubs dissidents à une Coupe du monde des clubs. Le rôle décisif de Boris Johnson, alors premier ministre britannique, auteur d'un torpillage magistral de la Super Ligue, dont l'ombre menaçait la Premier League, etc. Le récit est suffisamment riche pour pardonner quelques passages lourdement didactiques, destinés par exemple à expliquer l'organisation pyramidale des compétitions européennes au public nord-américain.

La mise en scène de cette guerre du football est habile. Mais elle crédite Aleksander Ceferin d'un rôle de sauveur sans doute trompeur. On peut en effet douter que les fans de foot qui se sont mobilisés pour faire barrage à la Super Ligue, soient reconnaissants au patron de l'UEFA du nouveau format de la Ligue des champions décidé à partir de la saison 2024-2025, dont la formule ressemble beaucoup à leur cauchemar d'avril.