Guerre en Ukraine : Poutine salue la prise de Bakhmout, mais l’enjeu est sans doute ailleurs

Cette capture vidéo est tirée d’une séquence publiée le 20 mai 2023 sur le compte Telegram du service de presse de Concord - une société liée au chef du groupe de mercenaires russes Wagner, Yevgeny Prigozhin. Elle montre Yevgeny Prigozhin devant ses soldats à Bakhmout, en Ukraine.
Cette capture vidéo est tirée d’une séquence publiée le 20 mai 2023 sur le compte Telegram du service de presse de Concord - une société liée au chef du groupe de mercenaires russes Wagner, Yevgeny Prigozhin. Elle montre Yevgeny Prigozhin devant ses soldats à Bakhmout, en Ukraine.

GUERRE EN UKRAINE - Par la voix de Vladimir Poutine, la Russie a emboîté le pas à la milice Wagner et revendiqué samedi 20 mai au soir la capture totale de la ville de Bakhmout, épicentre des combats dans l’Est de l’Ukraine et théâtre de la bataille la plus longue et sanglante dans le pays depuis l’assaut russe en février 2022.

Le président russe Vladimir Poutine a ainsi félicité Wagner et l’armée pour « l’achèvement de l’opération (ayant permis de) libérer Artemovsk (le nom soviétique de Bakhmout, ndlr) », selon un communiqué du Kremlin repris par des agences de presse russes, dont TASS.

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« À la suite des actions offensives des unités d’assaut de Wagner, avec le soutien de l’artillerie et de l’aviation de l’unité “Sud”, la libération de la ville d’Artemovsk est totale », avait affirmé un peu plus tôt le ministère russe de la Défense.

Le porte-parole du président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui démenti ce dimanche 21 mai le fait que ce dernier ait confirmé la capture de la ville de Bakhmout par les forces russes, après des déclarations ambiguës en marge du sommet du G7 au Japon.

Les mots ambigus de Volodymyr Zelensky

La presse lui a demandé : « Président Zelensky, Bakhmout est-elle encore aux mains de l’Ukraine ? Les Russes disent avoir pris Bakhmout ». Le chef d’Etat a répondu : « Je ne pense pas », sans qu’il soit clair s’il répondait à la première ou à la seconde partie de la question. « Vous devez comprendre qu’il n’y a rien » là-bas. « Aujourd’hui, Bakhmout n’est que dans nos cœurs », a-t-il ajouté.

« Le président a démenti la capture de Bakhmout », a ensuite précisé son porte-parole Serguiï Nykyforov sur Facebook, reprenant les propos de Volodymyr Zelensky dans une version simplifiée.

Assis aux côtés du président américain Joe Biden lors d’une rencontre en marge du G7 à Hiroshima, le président ukrainien a visiblement eu du mal à s’exprimer sur ce sujet, avec une réponse en anglais longue, émotionnelle et parfois confuse.

Il a semblé suggérer que Bakhmout n’était qu’une victoire à la Pyrrhus pour les Russes et qu’il n’y avait plus rien à perdre sur place pour les Ukrainiens. « Il n’y a rien dans cet endroit (...) juste des ruines et beaucoup de Russes morts », a-t-il déclaré. Il a souligné que les soldats ukrainiens avaient fait du « bon travail » et que « nous apprécions leur excellent travail ».

L’annonce de Moscou fait donc suite à celle d’Evguéni Prigojine, patron du groupe paramilitaire russe Wagner, qui avait déjà revendiqué quelques heures plus tôt la capture de la ville.

Bakhmout prise en « 224 jours » selon Wagner

Depuis Bakhmout, Evguéni Prigojine - qui est en conflit avec la hiérarchie militaire à Moscou - a souligné que la capture de la ville avait pris « 224 jours » et qu’il n’y avait « que Wagner ici », pas de troupes régulières de l’armée russe. Selon lui, son groupe se retirera de la ville à partir du 25 mai et en laissera la défense à l’armée régulière, se tenant à disposition après rotation et entraînement pour des opérations futures de Moscou.

Si elle était confirmée, la prise de Bakhmout permettrait à la Russie d’afficher une victoire après une série de revers humiliants. Elle interviendrait aussi avant une contre-offensive d’ampleur que Kiev dit préparer depuis des mois.

Cette revendication survient en outre pendant une visite surprise de Volodymyr Zelensky à Hiroshima, au Japon, pour le sommet du G7, où il doit rencontrer son homologue américain Joe Biden après avoir déjà vu Emmanuel Macron et Narendra Modi notamment.

Le président des États-Unis s’est dit « impatient » de rencontrer Volodymyr Zelensky, après avoir ouvert la voie à des livraisons futures d’avions de combat F-16 de fabrication américaine pour aider l’Ukraine à « se défendre » contre la Russie, a communiqué la Maison Blanche.

Moscou et Kiev ont subi d’importantes pertes à Bakhmout, ville de quelque 70 000 habitants avant l’offensive russe, aujourd’hui en grande partie dévastée par les combats.

Les forces russes y ont progressé lentement tout en prenant des localités avoisinantes telles que Soledar plus au nord. Elles contrôlaient ces dernières semaines Bakhmout à plus de 90 %, ne luttant plus dans la cité que contre une dernière poche de résistance ukrainienne dans sa partie ouest.

L’Ukraine dit avoir « encerclé partiellement » Bakhmout

L’Ukraine a cependant revendiqué cette semaine la prise de plus de 20 kilomètres carrés aux forces russes au nord et au sud de la ville, mettant en danger les flancs de Wagner, qui sont tenus par des troupes régulières de l’armée russe. L’Ukraine a ainsi assuré ce dimanche avoir « encerclé partiellement » Bakhmout. « L’avancée de nos troupes dans la banlieue sur les flancs, qui se poursuit, rend très difficile la présence de l’ennemi à Bakhmout. Nos troupes ont encerclé partiellement la ville », a indiqué sur Telegram la vice-ministre de la Défense Ganna Maliar.

Le commandant des forces terrestres ukrainiennes, Oleksandre Syrsky, a lui assuré ce dimanche que ses troupes ne contrôlaient plus qu’une partie « insignifiante » de la ville. « Bien que nous ne contrôlions désormais qu’une partie insignifiante de Bakhmout, l’importance de sa défense reste d’actualité (...) Nous continuons à avancer sur les flancs dans la banlieue de Bakhmout », a-t-il indiqué sur Telegram.

Evguéni Prigojine s’était régulièrement plaint ces derniers jours d’un manque de soutien de l’armée russe, estimant que la bureaucratie à Moscou mettait « des bâtons dans les roues » de son groupe et que cinq fois plus d’hommes étaient morts à Bakhmout à cause des « caprices » du ministre de la Défense Sergueï Choïgou et du chef d’état-major Valéri Guérassimov.

La Russie, qui a lancé ses troupes à l’assaut de l’Ukraine le 24 février 2022, a subi de sérieux revers sur le front, étant forcée de se retirer des environs de Kiev, puis de la région de Kharkiv et de la ville de Kherson. Le front était essentiellement fixe tout au long de l’hiver, l’essentiel des combats se déroulant à Bakhmout.

Les deux camps sont désormais dans l’attente d’une contre-offensive d’ampleur annoncée par les autorités ukrainiennes, fortes des livraisons d’armes occidentales. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré récemment que son armée avait « besoin de plus de temps » pour préparer cet assaut.

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