Gym - FRA - Une première pour Léo Saladino

L'Equipe.fr
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À l'occasion de tests de sélection pour les équipes de France masculines, le junior Léo Saladino (18 ans) est devenu ce jeudi à Montceau-les-Mines le premier Bleu à réussir officiellement une acrobatie folle : double salto arrière groupé avec une triple vrille. Une commission nationale de sélection doit se réunir ce vendredi, et l'on saura aussi, à cette occasion, si la France décide ou non de participer aux Championnats d'Europe qui se tiendront à Mersin (Turquie) du 9 au 13 décembre pour les hommes, du 17 au 20 décembre pour les femmes. Rien n'est moins sûr quand on constate l'hécatombe des nations qui déclarent forfait, et que l'on considère les relations plus que tendues entre la France et la Turquie. Reste que mercredi et jeudi, les meilleurs juniors et seniors hommes ont enchaîné deux jours de tests à Montceau-les-Mines, avec l'espoir de se qualifier pour cet hypothétique rendez-vous. On y a vu de belles choses et, notamment, une performance inédite pour un gymnaste français. Au sol, le junior Léo Saladino (18 ans) a en effet réussi un double salto arrière groupé avec une triple vrille. Une acrobatie majeure, l'une des plus valorisée dans le code de pointage puisqu'elle équivaut à 0,7 point. Une audace rare puisqu'en compétition officielle, ce Miller (du nom du trampoliniste américain Wayne Miller qui fut le premier à la réaliser en 1964) n'a été validé sur un praticable que par trois hommes, le Nord-Coréen Ri Jong-song et les Japonais Kohei Uchimura et Kenzo Shirai et... une femme, l'extraordinaire Simone Biles. « D'elle, plus rien ne nous surprend. Mais je ne savais pas que seuls trois hommes l'avaient réussi en compétition », s'étonne Léo Saladino.
Lui s'y est repris à deux fois pour braver l'obstacle. Lors de son passage mercredi, le sociétaire du pôle d'Antibes avait chuté sur ce Miller ; le lendemain, à l'instant de s'élancer pour sa première diagonale acrobatique, il en a évacué le souvenir, se concentrant sur les détails à assumer. « La principale qualité pour cette acro(batie), c'est d'arriver à se repérer dans l'espace, explique-t-il. Si tu vrilles trop tôt, ou trop tard, tu peux vite te perdre. » Quand il a atterri sur un tapis placé exceptionnellement en bout de ligne, on a vu les entraîneurs autour applaudir à la performance. Lui n'y a pas prêté attention. « Il fallait y aller à fond, insiste-t-il. Au pire du pire, j'allais tomber. Mais, réussir, c'est cool, stylé. Une joie. Ça donne un coup de boost pour la suite du mouvement, une motivation pour la suite : si tu réussis cette première diag', ce serait bête de tomber après. » À maturité pour les Jeux 2024 ? C'est à l'âge de 5 ans que Léo Saladino a débuté la gym dans les pas de sa soeur. Persévérant, exigeant avec lui-même au point de trimbaler l'image du râleur invétéré, le jeune homme ne cesse de s'affirmer. Bien sûr, il peine encore à s'exprimer à la barre fixe, qui lui fait peur, est d'ailleurs passé à travers de cet agrès-là jeudi, en fin de sélection. Mais il s'impose doucement comme un généraliste qui doit arriver à maturité aux Jeux olympiques de Paris en 2024. Il possède d'ailleurs deux atouts majeurs au sol donc, mais aussi et surtout au saut où ses deux envols actuels (en triple vrille et en lune double salto arrière groupé avec demi-tour) l'incitent à ambitionner légitimement un podium lors des prochains Championnats d'Europe juniors. S'ils ont lieu, bien évidemment. En tout état de cause, Léo Saladino reflète une nouvelle génération française qui a tout à prouver. Rappelons que les aînés ont failli à se qualifier l'an dernier pour les Jeux de Tokyo par équipe, ce qui n'était plus arrivé depuis ceux de Barcelone en 1992, et même si trois individualités ont obtenu leur ticket (Loris Frasca au concours général, Cyril Tommasone aux arçons et Samir Aït-Saïd aux anneaux). Il y a deux ans, les juniors bleus, parmi lesquels se trouvait déjà Saladino, avaient échoué à une triste 7e place européenne. Aujourd'hui, ils sont plusieurs à présenter de jolies qualités, à se risquer à de grosses difficultés. « Des Miller, j'en avais fait un peu l'an dernier pour m'amuser et j'avais arrêté. Je présentais un autre élément (double salto arrière tendu avec double vrille), mais je prenais trop de fautes (il était plus pénalisé que valorisé pour la prise de risque). J'ai réfléchi avant d'en parler avec Rodolphe (Bouché, son entraîneur) qui était d'accord avec moi », raconte Léo Saladino. La première étape, une réussite en test officiel, a été franchie ce jeudi.