Haut-Karabakh: la laborieuse trève entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie

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L’Arménie et l’Azerbaïdjan se sont mutuellement accusés ce lundi de violations du cessez-le-feu entré en vigueur dimanche dans la région séparatiste du Haut-Karabakh. Une première trêve négociée par la Russie une semaine plus tôt était déjà restée lettre morte.

C’est la deuxième fois qu’une tentative de cessez-le-feu échoue dans le Haut-Karabakh. Il faut rappeler que ce conflit est vieux de plus de 30 ans et qu’il n’a toujours pas été réglé. Le groupe de Minsk, dont font partie la France, les États-Unis et la Russie, est le médiateur dans ce conflit, mais sans résultats concrets en trois décennies.

Il y avait déjà eu une tentative en 2016, avec un cessez-le-feu effectif au bout quatre jours de reprise des affrontements. La Russie avait alors réussi à ramener les parties à la table des négociations. Mais aujourd’hui, chacun veut sa part, et même le puissant voisin russe n’a pas pu calmer les tensions comme l’explique Olga Oliker, directrice du programme Europe et Asie Centrale de l’ONG Crisis Group : « La Russie avait promis que si les deux parties se rendaient à la table des négociations, elles pourraient obtenir des résultats plus efficacement qu'en se battant. Mais comme ces 4 dernières années il n'y a pas eu de résultats, la Russie ne peut plus s’engager sur un quelconque résultat. »

Pour la chercheuse, c’est l’Azerbaïdjan qui est particulièrement frustré par les négociations. « C'est pour cela que vous avez aujourd'hui une guerre. C'est parce que vous avez des parties au conflit qui sont frustrées après trois décennies de négociations sans aboutir à ce qu'elles veulent. »

L’Arménie et l’Azerbaïdjan dans l’arrière cour de la Russie

La Russie a maintenu des bonnes relations entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ces dernières années. La Russie a un accord de défense formel avec l'Arménie et une relation de longue date avec l’Azerbaïdjan. Selon Olga Oliker, elle n’a pas assez de leviers puissants afin de négocier la paix dans cette zone aujourd’hui et ne veut pas s’impliquer dans un conflit armé. « Au fil des années, la Russie a fourni des armes aux deux pays. Elle a été fortement critiquée pour ça. Mais cela a aussi sans doute permis de maintenir l'équilibre des forces de telle sorte qu'aucune des parties n'était entièrement convaincue de pouvoir gagner ce conflit. Mais évidemment, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La Russie ne tire aucun bénéfice en s'impliquant dans cette guerre. La Russie a effectivement un engagement avec l'Arménie. Mais si la guerre avançait sur le territoire arménien en dehors du Haut-Karabakh, les Russes auraient un problème différent et cela, ils n'en veulent pas aujourd’hui », explique la directrice du programme d’Europe et d’Asie Centrale.

Le Haut-Karabakh peut-il devenir une guerre par procuration ?

Les derniers affrontements font craindre que le conflit ne se transforme en une guerre plus vaste, avec d’autres puissances étrangères dans le Caucase. Car en plus de la Russie aux côtés de l’Arménie, cela impliquerait aussi la Turquie, proche de Bakou culturellement et militairement.

En plus, la région du Haut-Karabakh est traversée par des oléoducs essentiels à l’approvisionnement des marchés mondiaux du pétrole et du gaz. Pour Moscou, il est hors de question de voir s’embraser cette région. Pas question non plus de laisser trop de pouvoir à la Turquie. Parmi les autres pays, il y a aussi la France et dans une moindre mesure les États-Unis, qui ont gardé des liens politiques et économiques avec les deux pays.

Mais ce n'est pas une guerre par procuration entre la Russie et la Turquie qu'on voit aujourd’hui, selon Olga Oliker. Ce sont plutôt des puissances étrangères qui se sont engagées auprès de l'Arménie ou de l'Azerbaïdjan et qui se retrouvent entraînées dans ce conflit. Même la Turquie, qui a beaucoup exprimé son soutien à l'Azerbaïdjan, ne fait que suivre son allié selon la chercheuse : « Je pense qu'Erdogan soutient le président de l'Azerbaïdjan, mais je ne pense pas que la Turquie dirige la bataille. Je pense que la Turquie soutiendrait l’Azerbaïdjan si Bakou veut retourner à la table des négociations. Tout comme Erdogan soutiendrait son allié s'il souhaite continuer les combats. »

Aujourd’hui, la situation reste encore très instable dans le Haut-Karabakh. La communauté internationale tente tant bien que mal d'apaiser un conflit qui a déjà fait plusieurs centaines de morts des deux côtés en trois semaines, mais pour l'instant sans résultat.

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