Heïdi Gaugain, hypervalide

Heïdi Gaugain sur son vélo de piste. (P. Pichon/FFC)

Titrée en poursuite par équipes et course aux points aux Mondiaux juniors de Tel-Aviv (Israël) en août dernier, Heïdi Gaugain est la première athlète handisport devenue championne du monde chez les valides. La jeune femme, qui ne s'interdit rien, suscite l'admiration.

Vendredi 26 août 2022, vélodrome Sylvan Adams, à Tel-Aviv (Israël). La course aux points du championnat du monde junior est lancée. C'est parti pour 80 tours et 20 km plein gaz. Deux jours plus tôt, Heïdi Gaugain et ses coéquipières de l'équipe de France, Clémence Chéreau, Aurore Pernollet et Lara Lallemant ont remporté la poursuite par équipes. Première place sur le podium, médaille d'or et les frissons lors de la Marseillaise. Ce premier titre l'a libérée, mais, Heïdi Gaugain sait qu'elle doit rester concentrée.

La course aux points est un défi physique : il faut avoir la caisse, rouler vite et accumuler les sprints. C'est aussi une affaire de vigilance, de vision, de stratégie. Il ne faut pas s'affoler, car c'est long et à la fois court, car il n'y a pas beaucoup d'occasions. Patience et vivacité : une affaire féline. La championne maîtrise : quand l'ouverture se présente, elle sort du peloton, seule, et prend un tour. « À partir de là, dit-elle, je me suis positionnée comme potentielle médaillable. »

Dix minutes plus tard, coupant la ligne pour la dernière fois, elle sait qu'elle a gagné. Dans le corps brûlant, la pression retombe. L'émotion et la joie la submergent. Elle ralentit puis s'arrête. Avant de tomber dans les bras du staff, Heïdi Gaugain décroche de son guidon l'anneau suppléant la main gauche qui lui manque.

Du bricolage à la performance

Atteinte d'agénésie, Heïdi Gaugain, venue au monde pour l'empoigner d'une seule main, est la première à réussir cet exploit : athlète handisport, la voici désormais double championne du monde junior chez les « valides ». D'une voix dont la douceur habille une détermination sans faille, la jeune femme raconte qu'elle n'a jamais souffert de son handicap - lequel au fond n'est qu'une désignation extérieure. « Je me suis toujours senti une petite fille normale, intégrée et capable » dit-elle, quand on lui demande le récit de ses débuts.

Née dans une famille de cyclistes, c'est à l'instigation de son père, ancien coureur et président du « Vélo Club Saint George Aventure », qu'Heïdi Gaugain prend le départ de sa première course. Elle avait onze ans. S'ensuivent des débuts dans la section école de cyclisme, et des licences successives à la Fédération française de cyclisme (FFC).

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Le handisport, où il sembla évident que son palmarès pouvait atteindre des sommets, n'est venu que bien après sa première licence - après que les résultats sportifs se sont multipliés. À la suite de ses deux premières années de lycée dans une section sport-études à Laval, la jeune championne a quitté son club et sa Mayenne natale pour Bayonne, où le club d'Urt 64 et le Pôle Espoir de paracyclisme lui offrent les conditions de scolarité adaptées à une athlète de haut niveau.

« À l'époque, je n'étais pas très bien appareillée. En guise de prothèse, je n'avais qu'un manchon rigide prolongé d'une main factice que je scotchais sur mon guidon. C'était du bricolage et, bien sûr, ça ne tenait pas très bien. » Désormais elle bénéficie d'une prothèse spécifique, cet anneau articulé qu'elle glisse autour du guidon et qui lui permet « de prendre toutes les positions sur le vélo, de passer du cintre normal au guidon de chrono et, sur piste comme sur route, de [se] mettre en danseuse et de sprinter. »

Double cursus

Plutôt que d'une bifurcation, il faut parler d'un double cursus. Comme elle vient d'en donner la preuve éclatante, Heïdi Gaugain n'entend pas renoncer à sa carrière « valide » mais bel et bien jouer sur les deux tableaux, et aller le plus loin possible.

Ses objectifs déclarés en témoignent. Dans l'ordre chronologique, il y a les Championnats du monde de paracyclisme sur piste, qui se disputeront du 20 au 23 octobre prochains au vélodrome national de Saint-Quentin-en-Yvelines. C'est d'ailleurs dans l'optique de « hausser son niveau, au détriment possible du nombre de victoires » qu'elle avait choisi de courir principalement chez les valides cette année. Au-delà, elle songe aux Jeux Paralympiques de 2024. Elle ne s'interdit pas de rêver à une carrière professionnelle, mais se concentre sur l'essentiel. « Je veux aller le plus haut possible, toujours élever mon niveau », répète-t-elle comme un mantra. Son rêve le plus fou - elle l'énonce du bout des lèvres - consiste à s'imaginer un jour « participer aux Jeux valides et aux Jeux paralympiques la même année ! »

Pour l'heure, elle admire encore ses aînées, Clara Copponi en tête, professionnelle chez FDJ Nouvelle Aquitaine Futuroscope et pistarde de talent. Laquelle, informée, réplique les yeux ronds : « Quoi ? Ce serait plutôt à moi d'être admirative ! ». De quoi encourager Heïdi Gaugain dans sa quête de succès.