Humeur - Invisible

L'Equipe.fr
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L'humeur du jour.

Après tant de reports et d'annulations, les trains qui partent et arrivent à l'heure sont des bonheurs que nous n'avons surtout pas envie de négliger. Si l'édition 2020 avait été disputée en août dernier car plus personne ne pédalait cinq mois avant, la Primavera annonçait à nouveau le printemps cette année, et c'est la promesse rassurante d'une routine qui va ressusciter les beaux jours tels que nous avons aimé les connaître, avec Milan-San Remo, puis les Flandriennes, puis les Ardennaises, puis Roland-Garros avant le bac et le Tour de France pour animer les grandes vacances.

La vie devrait toujours se structurer ainsi, mais il est écrit que le chemin du retour à la normalité sera ardu et on avait oublié que les pandémies ne sont pas les seules sources de contrariété. Alors qu'on se réjouissait de passer l'après-midi à somnoler en attendant que tout s'emballe en quelques minutes sur le Poggio, on a constaté que Milan-San Remo n'était pas télévisé, à cause de ce qui ressemble à des histoires d'argent.

On n'a pas vibré, et ce n'était pas la faute des coureurs
Le gouvernement n'a pas le monopole des étrangetés, et la vie est parfois aussi absurde qu'une attestation de déplacement à mille cases : toujours plus incontournable, au point de décider du calendrier et des horaires, la télévision abandonne l'amateur de sport au moment même où il a le plus besoin d'elle, car il n'est pas autorisé à aller au stade ou à venir au bord des routes. La L1 a été dans l'ombre pendant des mois, plusieurs grandes courses de vélo deviennent invisibles, il est désormais normal de payer pour voir le moindre match de Ligue des champions, et les dirigeants recommandent ensuite de changer le format de compétitions historiques pour relancer l'intérêt du public, alors qu'il serait plus efficace de les rendre accessibles au plus grand nombre.

Comme ce problème n'allait pas être réglé samedi après-midi, il fallait bien chercher un moyen de suivre Milan-San Remo, et on a fait ce qu'on a pu sur notre téléphone. On a trouvé, ça a coupé. On a retrouvé, ça a recoupé. On n'a pas vibré, et ce n'était pas la faute des coureurs.