Humeur - La jungle

L'Equipe.fr
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Pour se distraire, si on a un creux dans l'agenda cette semaine, on pourra s'incliner en pensée devant la statue de l'immense Tarzan. Johnny Weissmuller, son premier interprète au cinéma parlant, nous a quitté il y a 37 ans, en janvier justement. Avouez que nous sommes nombreux ayant décidé, plus jeunes, d'un avenir exclusif : plus tard, on serait le Roi de la jungle ou rien.

Peau de chamois nouée à la taille, fémur de poulet au cou, et voilà que le saule pleureur à la sortie de l'école offrait à nos petits poings glabres les plus belles lianes de l'Afrique farouche. Heureusement, une fois devenus sérieux, on verrouilla nos boussoles vers des jungles plus adultes. La vie est bien faite, on ne peut pas la passer en slip panthère.

Le king des piscines parisiennes des années folles

Le nageur américain aux cinq médailles d'or olympiques, king des piscines parisiennes des années folles, était adulé pour son cri. Il a même demandé à le faire jouer lors de ses funérailles, sacrifiant à la bonne humeur la solennité de l'instant.

Johnny racontait être l'unique auteur-interprète de ce hululement strident. Il prétendait avoir conservé de ses racines austro-hongroises des rudiments de yodel. Les rabat-joie contredisent, affirment que cette signature serait plutôt un millefeuille de sons enregistrés : rire de hyène, cri de chameau, corde sol d'un violon, cantatrice et imitation d'un couinement de cochon par un artiste de l'Arkansas... Toujours est-il que ce cri de Tarzan est aujourd'hui un modèle déposé, à Sèvres, paraît-il, au Bureau international des beuglements. Un document écrit tamponné conserve le détail de la mélodie, la protégeant de la première triple croche au dernier soupir.

Alors n'hésitons pas. Poussons son cri avec force, sans dérailler sur le sol dièse aigu. Car nous n'oublions jamais l'avertissement d'un fameux primatologue : « On peut sortir le singe de la jungle, mais pas la jungle du singe. »