Humeur - Pensons à l'avenir

L'Equipe.fr
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L'humeur du jour par Anne-Sophie Bourdet. On est en 2021, et quand on est journaliste sportive, on est obligée d'aller préciser à la télé qu'on n'est pas une salope. On ne sait jamais, des fois que certains confondraient un micro avec un vibro, il est vrai que l'allure est trompeuse. Il faut aussi préciser qu'on a le droit de porter des jupettes sans qu'on nous les soulève (cela dit, le vent souffle fort dans les locaux de Canal +), mener un duplex sans qu'on nous embrasse, écrire un article de foot sans qu'on y parle obligatoirement de la coupe des maillots. Posons ici ces préalables qui, apparemment, ne sont pas évidents pour tout le monde (et tous les milieux). On n'accueille pas une jeune journaliste dans une rédaction par « il y a de la bonnasse ici maintenant », mais plutôt par « bonjour et bienvenue ». Pour son deuxième jour, on ne lui demande pas quel goût elle préfère entre le sperme et le sirop d'orgeat, mais plutôt quel sport elle choisit de suivre entre le foot ou le tennis, par exemple. C'est moins franc de camaraderie certes, mais aussi moins clivant. « Faut-il continuer de plaisanter quand les blagues valent humiliation ? » Ces petites précautions d'usage éviteraient sans doute le maelström inaudible servi ces derniers jours sur le sujet. Avec, en clé de voûte, l'insupportable « on ne peut plus plaisanter/rien faire/rien dire aux femmes aujourd'hui ». Faut-il continuer de plaisanter quand les blagues valent humiliation ? Faut-il continuer de faire quand les mains vont trop loin ? Faut-il continuer de parler quand les mots sont aussi lourds que les clichés qu'ils perpétuent sur les consoeurs qu'ils visent ? À ce prix-là, alors oui, on ne peut plus, et on n'en est même pas désolées. On n'a pas non plus à devoir préciser à tout bout de champ, dans un très commode retournement de la position victimaire, que la majorité n'est pas comme ça. Ni, a contrario, entamer une rageuse chasse aux sorciers. On va regarder vers l'avant maintenant. Dans le meilleur des mondes, celui qui tournerait plus rond et volerait plus haut que les jupettes des filles, chaque pas en arrière constaté serait compensé par deux pas en avant. Et avant 2031, c'est promis, on n'en reparlera plus. Même qu'on rira aux blagues, car les plus lourdes n'étaient vraiment pas les meilleures.