Impôts : ce que cachent les 2 milliards d’euros de baisse promis par Macron

YOAN VALAT / AFP

Le président de la République veut donner un coup de pouce aux « classes moyennes ». Mais son annonce, pour l’instant, est entourée d’un flou épais.

Emmanuel Macron veut baisser les impôts de ce qu’il appelle les « classes moyennes. » Il l’a promis et répété lundi 16 mai au soir dans le journal de 20 heures de TF1, dernière étape d’une offensive médiatique qui aura vu la parole présidentielle se répandre dans Challenges, L’Opinion ou le Financial Times en un temps très court.

Objectif : tourner la page de la difficile réforme des retraites en enfourchant l’un de ses chevaux de batailles favoris, l’économie et la réindustrialisation, pour saturer l’espace de diverses déclarations et autres annonces. Sans oublier de soigner une popularité en chute libre depuis sa réélection.

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Dans ce contexte, également marqué par une inflation toujours galopante, la promesse de redonner du pouvoir d’achat à certains Français ne pouvait passer inaperçu. « J’ai demandé au gouvernement de me faire des propositions » pour supprimer deux milliards d’euros d’impôt aux « classes moyennes », a effectivement expliqué le président de la République à Gilles Bouleau, sur la Une. Mais quand ? Et comment ? Ou pour qui ? Force est de constater que les questions restent nombreuses après l’interview du président.

Qui sont les « classes moyennes » ?

En réalité, cette annonce, sans doute la plus marquante de son passage sur TF1, n’en est pas vraiment une. La baisse d’impôt était déjà au programme de l’agenda des 100 jours proposé par Élisabeth Borne en avril dernier. Emmanuel Macron lui-même l’avait teasé dans les colonnes de L’Opinion la veille de son passage au 20 heures.

Restait alors à connaître le montant de l’enveloppe. Ce sera donc deux milliards d’euros, comme prévu en amont, là aussi, dans la « trajectoire budgétaire » du pays, selon les mots d’Emmanuel Macron. La feuille de route de la France, baisses d’impôt comprises, a effectivement été transmise par le ministre des Finances Bruno Le Maire à l’Union européenne il y a quelques semaines.

Mais pour quel résultat concret dans le porte-monnaie des Français ? Pour l’instant, ni l’Élysée ni Bercy ne se risquent à trop de précisions concernant les mécanismes à l’étude pour parvenir à cette baisse. « Il y a plusieurs éléments qui permettent de toucher les classes moyennes », a seulement relevé Emmanuel Macron, lundi soir, soucieux de ne pas « fermer de portes » aux « choses intelligentes. »

Le flou est tout aussi épais quant aux personnes finalement concernées par le dispositif. À travers l’expression « classe moyenne », un brin fourre-tout, Emmanuel Macron veut s’adresser aux « Françaises et Français qui travaillent dur, qui veulent bien élever leurs enfants » et qui gagnent un peu trop pour avoir bénéficié des différents chèques débloqués par l’exécutif au fil de l’inflation. Quid, dans ces conditions, des retraités ? Ou des personnes sans enfant ? Pas de réponse, pour l’instant.

« C’est en train d’être travaillé, instruit, à Bercy », explique l’entourage de Bruno Le Maire au HuffPost, selon qui les pistes devront être rendues publiques dans « les quelques semaines qui arrivent. »

Des doutes sur les finances

Dans ce contexte incertain, il est tout de même intéressant de noter que le montant budgété pour ce rabotage est sans commune mesure avec les baisses d’impôt ou les dispositifs d’aide entérinés précédemment. La suppression de la taxe d’habitation avait par exemple coûté, en tout, 18,5 milliards d’euros entre 2017 et 2022.

La fin de la redevance télé avait provoqué, quant à elle, un trou de plus de 3 milliards d’euros dans les caisses de l’État au tout début du quinquennat, pour un gain de 138 € par an pour chaque foyer. Des dispositifs de plus grande ampleur, donc, que celui dessiné par l’exécutif après la réforme des retraites, et qui concernaient l’ensemble des Français.

Un an plus tard, le tâtonnement du gouvernement sur sa nouvelle politique fiscale semble traduire les doutes de certains (dans la majorité ou dans l’opposition) sur le financement d’une nouvelle baisse d’impôt. Qui plus est à l’heure où la dette inquiète et où l’agence de notation Fitch a dégradé le score de la France.

« Est-ce qu’on peut continuer les baisses d’impôt, même celles promises avant la décision de Fitch ? », s’interrogeait par exemple le député macroniste Charles Sitzenstuhl, il y a quelques jours, dans les colonnes du Monde. Son collègue socialiste, Philippe Brun ne dit pas autre chose. « On n’a pas les moyens de le faire », expliquait-il, lundi soir, sur le plateau de BFMTV.

C’est également ce que traduit la petite phrase d’Emmanuel Macron sur le timing de son nouveau dispositif. Quand les baisses d’impôts pourraient-elles intervenir ? « Quand la trajectoire budgétaire le permettra dans ce quinquennat, dans cette mandature », a-t-il expliqué sur TF1. « Il n’y a pas d’urgence. Ce sera avant 2027 », confirme-t-on du côté de Bercy, ce mardi, en expliquant assumer une « politique qui aide ceux qui travaillent » tout en restant « attentifs aux finances publiques. » Avant d’ajouter, avec ironie : « Depuis 1974, aucun budget n’a été excédentaire. On n’aurait donc pas les moyens pour beaucoup de choses ». Et si c’était cela le principal enseignement de cette annonce ?

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