Incidents au Stade de France : les supporters de Liverpool « ne pardonneront jamais »

Les représentants de supporters, en majorité anglais, ont livré des témoignages importants et effrayants, lors de leur audition ce mardi après-midi par le Sénat, sur le fiasco de l'organisation de la finale de la Ligue des champions entre Liverpool et le Real Madrid, au Stade de France fin mai.

On ne sait pas si c'est la présence des représentants de fans face à lui qui lui a fait dire cela. Mais dès le début des débats, François-Noël Buffet, président de la commission des lois du Sénat, a tranché en une phrase : « Disons les choses clairement et nettement, car les choses sont maintenant évidentes : les supporters anglais n'ont pas été à l'origine des incidents. » Le message est sans équivoque et met à mal la version du gouvernement, des autorités et instances.

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Ce mardi après-midi, c'était au tour des supporters d'être auditionnés au Palais du Luxembourg, trois semaines après le lancement des investigations. Et il faut croire que, comme le dit l'adage, le meilleur est venu à la fin. Pendant une heure et demie, les « premières victimes » du fiasco de Saint-Denis ont livré des témoignages « accablants », pour citer plusieurs sénateurs présents.

La démission de Gérald Darmanin réclamée, le maintien des JO 2024 à Paris mis en doute

Le discours, notamment, de Ted Morris, président de l'association des supporters handicapés de Liverpool, s'est avéré très puissant. Poignant, même. « Depuis le 28 mai dernier (date de la finale de la Ligue des champions), ma vision de Paris n'est plus la même, a-t-il asséné. C'est la pire expérience vécue, les plus grandes scènes de détresse vues de toute ma vie. Je ne veux plus venir ici tant que les choses ne changent pas. » Il a ensuite illustré ses propos en citant le récit de nombreux membres affectés : des personnes handicapées écrasées contre les grilles, des enfants et femmes en fauteuil roulant gazés, un individu poussé au sol et en manque d'air, un garçon autiste séparé de son père...

9 000

Au total, 9 000 plaintes auraient été transmises par les supporters au club de Liverpool. Un rapport sera émis une fois qu'elles auront toutes été compilées.

« Des supporters nous appelaient pour se plaindre et dénoncer le chaos. Ils avaient peur. Et personne ne nous a aidés. Tout le monde en reste traumatisé, a insisté Morris. Ce qui était censé être un voyage fantastique en famille à Paris s'est transformé en une expérience horrifique. Le traitement réservé a été choquant. Nous avons été traités comme des animaux. Cela doit être une honte pour les autorités. On s'est sentis complètement abandonnés. C'était vraiment terrifiant et on ne pardonnera jamais aux autorités ce qu'elles ont fait. Il faut qu'elles acceptent la responsabilité qui est la leur, sans quoi les JO ne peuvent pas se dérouler à Paris (en 2024). »

Selon ce responsable de groupe, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin est la « honte du gouvernement ». « Il a menti et cela a ajouté à notre douleur et traumatisme. Retirez vos accusations sans fondement et ayez la décence de démissionner, a-t-il appelé. Il y a 33 ans, déjà, les autorités ont menti sur la tragédie d'Hillsborough. Son discours nous a rappelé cela. Mais il faut avoir le courage de dire la vérité, même aux plus puissants. Tant qu'elle ne sera pas révélée au grand jour, nous ne serons pas respectés. »

Ronan Evain, directeur général de Football Supporters Europe

« Nous avons été traités comme nous sommes traités toute l'année, c'est-à-dire comme une menace. Cela explique les défaillances du dispositif de sécurité. Il est urgent d'en sortir, d'apprendre de nos voisins européens et de nous mettre à la page. »

Dans la foulée, Joe Blott, président de la Fédération Spirit of Shankly, qui avait lui aussi fait le déplacement du Royaume-Uni spécialement pour être entendu, en a remis une couche. « Nous sommes ici pour que justice soit faite, a-t-il lancé. Les forces de police en sont restées aux années 1980, pensant que les supporters de Liverpool étaient tous des hooligans. Ce sont des préjugés blessants et faux, pour cacher leur propre échec. Entendre les autorités françaises répéter les mêmes genres de mensonges que lors de la catastrophe d'Hillsborough, cela a causé énormément de chagrin et de peine aux fans. C'est un crève-coeur. Pourquoi faire porter la responsabilité sur les supporters comme premier instinct, alors que leur comportement héroïque a réussi à sauver des vies ? »

Emilio Dumas, Franco-espagnol et socio du Real Madrid depuis trente ans, a également partagé ce rejet des accusations. « Le soir du match, nous étions très inquiets plutôt qu'heureux de la victoire. Trois semaines après, encore, j'ai beaucoup plus de mauvais souvenirs que de bons. Personne n'était tranquille pour quitter le stade. Je n'ai jamais vu une attitude de la police aussi inactive face à l'aide demandée. J'ai vraiment eu peur. Ces histoires font honte à l'image de la France », a-t-il confié, en visio.

En complément et résumé, Ronan Evain, directeur général de Football Supporters Europe, a conclu : « Les supporters ont été victimes de trois choses : des représentations anciennes, un plan de mobilité archaïque et une mauvaise approche française des supporters. Nous avons été traités comme nous sommes traités toute l'année, c'est-à-dire comme une menace. Cela explique les défaillances du dispositif de sécurité. Il est urgent d'en sortir, d'apprendre de nos voisins européens et de nous mettre à la page. »

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