Innes FitzGerald, la prodige écolo qui fait une croix sur les Mondiaux

Innes FitzGerald a annoncé qu'elle n'irait pas aux Mondiaux de cross, en Australie, le mois prochain. (Sam Barnes/Sportsfile via Getty Images)

La jeune star de l'athlétisme britannique Innes FitzGerald, 16 ans, préfère renoncer aux médailles plutôt que de prendre l'avion.

Innes FitzGerald deviendra-t-elle l'icône d'une génération de champions soucieux des dommages causés par leur pratique sur l'environnement ? La jeune prodige du demi-fond britannique (16 ans) a demandé à sa Fédération de ne pas la sélectionner pour les Championnats du monde de cross, le mois prochain en Australie, en raison de l'empreinte carbone du vol que causerait son déplacement. « Chère British Athletics, avoir l'opportunité de concourir pour la Grande-Bretagne en Australie est un privilège ; néanmoins, c'est avec grand regret que je dois (la) décliner, a écrit la jeune Anglaise dans sa lettre publiée par le magazine Athletics Weekly. J'avais 9 ans quand l'accord pour le climat de la COP21 de Paris a été signé. En huit ans, les émissions globales n'ont cessé d'augmenter, nous envoyant sur le chemin d'une catastrophe climatique. »

Et FitzGerald de citer David King, l'ex-conseiller scientifique du gouvernement britannique : « Ce que l'on fera dans les trois ou quatre prochaines années déterminera le futur de l'humanité. »

Un choix assuméL'histoire de FitzGerald est apparue outre-Manche l'an dernier, quand elle a décliné l'Euro des moins de 18 ans à Jérusalem pour les mêmes motifs, alors qu'elle venait de battre le record national du 3 000 m de sa classe d'âge, puis au soir du dernier Euro de cross mi-décembre.

Après sa quatrième place parmi les juniors, face à des filles ayant jusqu'à trois ans de plus qu'elle, Innes avouait que son voyage de plus de vingt heures, essentiellement en train, des environs d'Exeter jusqu'à Turin via Lille et Paris, lui avait coûté pas mal de fraîcheur et probablement une médaille.

Mais pour cette étudiante en mathématiques, physique et biologie, qui a découvert la compétition l'an passé et vit dans la maison passive (zéro carbone) de ses parents exploitants en fruits et légumes, il n'y a pas d'autre choix.

« La science est claire, changer la donne n'est possible qu'à travers une transformation des comportements collectifs et personnels, dit-elle. Je ne serai jamais à l'aise à l'idée de prendre un avion en sachant que cela pourrait coûter leurs moyens de subsistance à des gens. Je ne veux pas avoir ça sur la conscience. Le moins que je puisse faire est d'exprimer ma solidarité avec ceux qui souffrent en première ligne du dérèglement climatique. »

L'ONG Champions for Earth, qui soutient les sportifs écoresponsables et a primé FitzGerald en 2022, explique qu'Innes cherche désormais des sponsors pour l'aider dans ses voyages coûteux et entretenir son « rêve de devenir championne du monde tout en étant une championne de la planète ». La quadrature du cercle promet d'être d'autant plus compliquée à résoudre que les prochaines échéances olympiques auxquelles la jeune Anglaise pourrait prétendre auront lieu en 2028, à Los Angeles, puis en 2032, à Brisbane, en Australie.