INTERVIEW - Bazdarevic : "La Bosnie s'est trop reposée sur sa génération dorée"

EXCLU GOAL - Mecha Bazdarevic a dressé le bilan du parcours de la Bosnie en éliminatoires du Mondial et annonce qu'il souhaite continuer l'aventure.

La Bosnie-Herzégovine ne participera pas à sa deuxième phase finale consécutive de Coupe du Monde. Présente au Brésil en 2014, elle n'a cette fois pas réussi à se sortir de son groupe de qualifications. Malgré un bilan honorable (5 victoires, 2 nuls et 3 défaites), Pjanic et consorts se sont faits devancer par la Belgique et la Grèce. Avec cet échec, ils passent à côté d'un deuxième tournoi majeur consécutif. En tant que sélectionneur de cette équipe, Mecha Bazdarevic doit faire face maintenant aux critiques dans son pays. L'ancien coach de Grenoble et de Sochaux ne fuit pas ses responsabilités, mais il estime que de nombreux facteurs, sur lesquels il n'avait pas le contrôle, ont causé la faillite de la Zmajevi. 

Les stars qui ne verront pas la Coupe du Monde 2018

Qu'est ce qui a manqué à la Bosnie pour se qualifier au Mondial ?

Mecha Bazdarevic : Tout d'abord, je pense qu'il nous a manqué de la qualité. Un peu plus de concurrence à des postes clés ne nous aurait pas fait du mal. Des joueurs cadres étaient souvent absents. Lulic et Spahic sont partis, et lors du dernier match c'est Pjanic qui était forfait. Sinon, lors des matches cruciaux, il nous a toujours manqué des joueurs importants. Deuxièmement, nous avons aussi manqué de réussite. Contre la Grèce, on a pris un but à la 97e minute. Sans ce but, on serait qualifiés pour les barrages. Contre Chypre aussi, on mène 2-0, Dzeko rate la balle de 3-0 et à la fin on perd. À un moment la chance a basculé du côté de nos adversaires. Mais, concernant le travail qui a été fait, il n'y a rien à dire. On s'est donnés à fond.

"Malgré l'élimination, on a produit du très bon football"

Aujourd'hui, on imagine que c'est un peu la déception qui prédomine avec ce nouvel échec en éliminatoires ?

Vous parlez de nouvel échec, mais si on ne prend en compte que mon mandat, ce n'est que le premier. Pour l'Euro, on avait alors fait une excellente fin de parcours. Si vous analysez comme il faut, vous verrez qu'on a produit du très bon football. C'est vrai qu'on est déçus, mais malgré cette déception, il y a le sentiment que la reconstruction qui a été entamée après 2016 commence à porter ses fruits. Et qu'il y a beaucoup de promesses pour l'avenir. Tout en jouant ces qualifications du Mondial, on a donc préparé le futur.

Vous êtes donc convaincu que malgré cette élimination, l'équipe a les atouts pour rebondir et repartir de l'avant dès les prochaines qualifications ?

Oui. Tout à fait. Il y a quelques anciens qui vont arrêter. Vous savez, en Bosnie, on n'a pas beaucoup de très grands joueurs et qui jouent dans de grands clubs européens. Mais, on a de bons jeunes qui poussent et auxquels on a donné leur chance. On peut avoir une équipe compétitive pour les prochaines qualifications.

Vous parliez des anciens, qui sont ceux qui envisagent d'arrêter ?

Je ne peux pas encore me prononcer. Mais je peux prendre l'exemple de Senad Lulic, qui a 33 ans maintenant. Spahic, lui, a déjà arrêté. C'était l'un de nos meilleurs joueurs. Et je pense qu'avec lui on n'aurait jamais perdu les matches contre Chypre ou la Belgique. Il y a aussi Salihovic et d'autres qui ont plus de 32 ans. En fait, ça dépendra du sélectionneur. Moi, mon contrat s'arrête le 25 du mois et je ne sais pas si je serai toujours là.

"À part Dzeko et Pjanic, quels grands joueurs on a ?"

Quel est votre souhait ? Êtes-vous toujours autant motivé pour continuer avec cette sélection ?

Pourquoi pas. Moi, je pense que malgré les résultats négatifs, on a fait du très bon boulot. Quand je suis arrivé, la sélection était en train d'exploser. Il y a eu du bon travail qui a été fait, notamment à la fin des éliminatoires de l'Euro. Mais, en 2017, beaucoup de joueurs importants nous ont manqué. C'est devenu très compliqué. Mais il y a beaucoup de choses qu'on a essayé de mettre en place. Je suis toujours motivé, mais si je ne suis pas sélectionneur, la vie va continuer. Ma passion pour ce que je fais reste intacte. Personnellement, c'était deux années très riches. J'ai très envie de continuer. Si ce n'est pas avec la Bosnie, ça sera ailleurs.

Et si vous aviez un message à faire passer aux supporters bosniens ?

Les supporters sont certainement frustrés, mais c'est surtout parce qu'ils sont un peu rêveurs. Ils n'ont pas vraiment le sens de la réalité. Je pense que par le passé, on a trop mis en avant notre sélection, mais c'est surtout parce qu'on se reposait sur une génération de joueurs exceptionnels. On n'a pas anticipé la retraite de ces joueurs-là. Aujourd'hui, on en paye le prix. Parce qu'aujourd'hui, à part Dzeko et Pjanic, quels grands joueurs on a ? La génération des Barbarez, Misimovic et cie. Sans eux, on n'aurait rien réussi. Et je crois que quand on est supporter, il faut aussi le rester dans des moments difficiles. Et il faut aussi demander aux gens qui sont en place de bâtir, de construire, et ne pas se reposer sur les acquis. En tous cas, si ça continue, ça ne serait que mieux, parce qu'on a appris de nos erreurs. Et si ce n'est pas moi, alors je souhaiterai le meilleur pour celui qui arrivera.

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