En Iran, pourquoi la police des mœurs concentrait-elle les critiques des manifestants ?

Une manifestante se coupe les cheveux lors d’une manifestation contre le régime iranien et en soutien aux femmes iraniennes, après la mort de la jeune femme iranienne kurde Mahsa Amini, arrêtée à Téhéran par la police des mœurs de la République islamique, à Istanbul le 2 octobre 2022. - Le 2 octobre, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Turquie pour condamner la répression iranienne des manifestations de femmes, qui a fait au moins 92 morts, suite à la mort d’une jeune femme après son arrestation par la fameuse police des mœurs du pays. L’Iranienne kurde Amini, 22 ans, a été déclarée morte le 16 septembre après avoir été arrêtée pour avoir prétendument enfreint les règles imposant aux femmes de porter le hijab et des vêtements modestes, ce qui a déclenché la plus grande vague d’agitation populaire en Iran depuis près de trois ans. (Photo par Bulent KILIC / AFP)
BULENT KILIC / AFP Une manifestante se coupe les cheveux lors d’une manifestation contre le régime iranien et en soutien aux femmes iraniennes, après la mort de la jeune femme iranienne kurde Mahsa Amini, arrêtée à Téhéran par la police des mœurs de la République islamique, à Istanbul le 2 octobre 2022. - Le 2 octobre, des centaines de manifestants sont descendus dans les rues de Turquie pour condamner la répression iranienne des manifestations de femmes, qui a fait au moins 92 morts, suite à la mort d’une jeune femme après son arrestation par la fameuse police des mœurs du pays. L’Iranienne kurde Amini, 22 ans, a été déclarée morte le 16 septembre après avoir été arrêtée pour avoir prétendument enfreint les règles imposant aux femmes de porter le hijab et des vêtements modestes, ce qui a déclenché la plus grande vague d’agitation populaire en Iran depuis près de trois ans. (Photo par Bulent KILIC / AFP)

IRAN - La mort de Mahsa Amini a été le point de non-retour. Interpellée par la police des mœurs pour « port de vêtements inappropriés », elle est tombée dans le coma trois jours après son arrestation et est décédée à l’hôpital, le 16 septembre dernier. Cette mort, choquant tout un pays, a été l’étincelle révélant la fureur et la colère d’une bonne partie de la population contre cette police bridant la liberté des Iraniennes de disposer de leur corps. Les manifestations qui ont suivi ont conduit à décision historique ce dimanche 4 décembre, avec la suppression annoncée de la police des mœurs.

Les autorités ont eu beau rejeter au cours des dernières semaines des « accusations injustes » envers cet organe du régime, assurant que la jeune femme était morte d’une insuffisance cardiaque et qu’il n’y avait eu aucun coup porté par la police, la contestation a rapidement pris de l’ampleur. De nombreuses Iraniennes ont partagé des vidéos d’elles en train de se couper des mèches de cheveux. Une façon de pointer du doigt ces justifications intolérables de la police des mœurs : Mahsa Amini a été arrêtée parce que son voile était mal mis.

Une unité au cœur des critiques

Jamais des manifestations d’une telle ampleur n’avaient visé la police des mœurs, appelée aussi « Gashte Ershad » (patrouilles d’orientation), et ses interventions violentes. Cette unité a été créée sous le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, pour « répandre la culture de la décence et du hijab ». Elle est formée d’hommes en uniforme vert et de femmes portant le tchador noir, qui couvre la tête et le haut du corps. Elle a commencé ses premières patrouilles en 2006.

Chargée de faire respecter le code vestimentaire strict de la République islamique pour les femmes, elle surveille particulièrement le port obligatoire du foulard en public. Elle leur interdit également de porter des manteaux courts au-dessus du genou, des pantalons serrés et des jeans troués ainsi que des tenues de couleurs vives, entre autres.

D’autres scandales

De fait, la mort d’Amini intervient après plusieurs scandales mettant en cause cette unité toute-puissante. En avril dernier, un champion de boxe a passé une dizaine d’heures en salle d’opération après une altercation avec la police des mœurs. Cette dernière venait d’interpeller son épouse pour un voile mal mis.

Il a reçu quatre balles dans le dos, à l’estomac et à la jambe. En juillet dernier, encore, une vidéo montrant une mère suppliant des policiers prêts à emmener sa fille, malade, dans un van, toujours pour un voile mal mis, est devenue virale.

Le rôle de la police des mœurs a évolué au fil des années, mais il a toujours divisé, même parmi les candidats à la présidentielle. Sous le mandat du président modéré Hassan Rohani, on pouvait croiser des femmes en jeans serrés portant des voiles colorés.

Sous la direction du Guide de la révolution

Mais en juillet dernier, son successeur, l’ultraconservateur Ebrahim Raïssi, a appelé à la mobilisation de « toutes les institutions pour renforcer la loi sur le voile », déclarant que « les ennemis de l’Iran et de l’islam voulaient saper les valeurs culturelles et religieuses de la société en répandant la corruption ». Une position qu’il semble avoir infléchie alors que les autorités iraniennes ont annoncé également, samedi soir, une possible modification des règles du port du voile.

Toutefois, les présidents iraniens ont très peu de latitude pour faire évoluer la police des mœurs. À l’instar des forces de police iraniennes, elle est sous la direction du Guide de la révolution, le plus haut responsable politique et religieux, actuellement Ali Khamenei.

C’est ainsi qu’en 2016, quand la Gashte Ershad a été dotée de 7 000 policiers supplémentaires, le président modéré Hassan Rohani s’est retrouvé sans grand moyen d’action, alertant simplement sur l’importance de « respecter la dignité et la personnalité des personnes ». Cette année-là, des développeurs iraniens avaient même lancé une application permettant de traquer les forces de la Gashte Ershad. Elle a depuis été désactivée.

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