Jérémy Stravius, le savoir nager pour le plaisir

Bien que retraité, Jérémy Stravius n'était pas loin de monter sur le podium sur 50 m dos aux Championnats de France petit bassin à Chartres. (J-M. Hervio/L'Équipe)

Retraité depuis janvier 2020, Jérémy Stravius continue de nager en compétition pour le plaisir. Plaisir de la glisse et de partager avec les jeunes de son club des Etoiles 92. La semaine dernière à Chartres, il a encore signé le 4e chrono de la finale du 50 m dos des Championnats de France petit bassin.

Le 30 janvier 2020, Jérémy Stravius annonce la fin de sa carrière. Il évoque le « ras-le-bol de [s] on corps » et sa profonde « lassitude ». On pense ne plus le revoir derrière un plot. On s'imagine que pour un tel champion, la natation en dilettante n'existe pas. Quand il a signé aux Etoiles 92, club privé créé en août 2020 et basé à Nanterre, le contrat ne stipule pas de nager en compétition. Pourtant, l'Amiénois replonge. Sans ambition de résultat, juste pour le plaisir.

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Pendant quatre jours à Chartres lors des Championnats de France petit bassin, il a encore surpris. Sur le 50 m dos, il s'est retrouvé à huit centièmes de chiper la troisième place à Yohann Ndoye-Brouard avec son chrono de 23''86 et ses coulées magiques. À 34 ans, il s'amuse. Il a gardé la passion de la compétition sans les contraintes de l'entraînement. Pour rester en forme, on peut le voir à l'Aquapôle d'Amiens deux fois par semaine. Au milieu du public, il enchaîne quelques longueurs, environ deux kilomètres hebdomadaires, il « barbote » comme il dit en riant. Il joue au squash et au padel.

À Nanterre, quand il rejoint les Etoiles 92 de temps en temps, il effectue le même entraînement que ses jeunes camarades car l'ancien champion du monde a le goût de la transmission et de la valeur de l'exemple. Mais son quotidien a bien changé. Du mardi au samedi, il est tous les soirs au « Point ! Bar », établissement qu'il a ouvert fin août 2021 à Amiens. « C'est mon boulot et 95 % de mon temps », souligne l'ancien champion du monde.

Depuis 2016, il pense à sa reconversion. Il a envisagé plein de projets comme un chenil ou du karting électrique avant de mettre ses économies dans ce bar lounge où il se régale dans la rencontre et le partage. Quand il replonge en championnats ou en interclubs comme ce week-end, c'est surtout cet échange qu'il vient rechercher.

« Je retrouve ce côté social quand je suis en compétition. Je reparle avec des bénévoles, des entraîneurs, des journalistes, des officiels, des nageurs. J'adore tout ça. Au bar, ça se passe un peu comme ça. On fait des rencontres avec des personnes de tous âges. Parfois, on me dit mais tu aimes tout le monde ? Oui j'aime les gens. J'adore ce côté relationnel et rencontrer des gens qui sont heureux d'avoir passé une bonne soirée. » À Chartres, on l'a souvent vu échanger et plaisanter avec sa grande amie Mélanie Henique ou discuter avec les uns et les autres.

Pour lui, c'est un peu des « vacances » ! Enfin, des vacances très studieuses. Jérémy Stravius se moque du résultat mais ses valeurs restent. Il veut aussi montrer « l'exemple » aux jeunes sur « l'échauffement, les étirements, la récupération », il répond à leurs questions, les observe pour distiller quelques conseils. Quand on lui signale qu'ils doivent être écoeurés de le voir se qualifier pour deux finales (50 m dos, 50 m papillon) sans préparation, il hoche la tête en souriant : « Sur le coup, ce n'est pas le meilleur exemple, ça se contredit mais c'est parce que je reste sur des acquis. Je n'ai jamais été quatre-cinq mois sans me mettre dans l'eau. J'ai gardé ce toucher d'eau. Dès que je me mets à l'eau et que je fais une course, je le fais sérieusement. Mais j'évite de leur dire que je ne nage quasiment pas. Le message à passer est de s'entraîner sérieusement. »

Avec affection, son ancien entraîneur Michel Chrétien l'a un peu regardé nager. Comme tout le monde, il se demande : « Qu'est-ce qui le pousse à encore continuer à nager ? » Il a vite la réponse : « Je crois que c'est le plaisir. Il a toujours aimé nager. Il ne vient pas là par défi, il vient parce qu'il aime ce sport, il aime nager, il aime cet environnement. Je crois qu'il n'a pas coupé le cordon. Je crois qu'il joue. Il n'a pas un gros ego, ceci peut expliquer cela. Il y a d'abord cette notion de plaisir dans l'environnement plutôt que son plaisir personnel d'être le meilleur. »

Accessible, gentil et généreux, le triple médaillé olympique n'a pas d'orgueil mal placé. Il apprécie juste les sensations de glisse qu'il retrouve par moments. Il sait bien qu'il a perdu environ une seconde sur 50 m et deux secondes sur 100 m sur ses meilleurs temps. « C'est bien payé », résume-t-il. Il découvre un autre monde, celui de la compétition sans stress : « Ça ne m'arrivait jamais, c'est une autre façon de voir la compétition. C'est plaisant. » Cette semaine, les « vacances » sont finies. Ce mardi soir, il retrouve ses clients au « Point ! Bar » avec, peut-être, quelques petites courbatures mais avec encore des histoires à partager.

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