Je suis français et j'aime la France

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Grizou, Blaise, Adil et les autres viennent de débarquer en Russie. Clairefontaine, les matchs amicaux qui ne servent finalement à pas grand chose, c’est fini. On passe aux choses sérieuses. La Coupe du Monde peut enfin commencer. Je m’en souviens comme si c’était hier. 

Vikash Dhorasoo
Vikash Dhorasoo

Je suis français et j’aime la France. 

6 juin 2006, nous avons battu la Chine à Geoffroy-Guichard. Je n’ai pas joué. À la fin du match, j’ai filé mon maillot à mon pote Roland. J’ai gardé l’autre précieusement pour ma mère. Un beau et grand souvenir de plus. 

Cissé s’est cassé la jambe et n’ira pas à la Coupe du Monde. Moi si ! Govou le remplace dans la liste des 23.

Je suis francais et j’aime la France. 

7 Juin 2006. Je me suis réveillé de bonne humeur. 

Dans quelques heures, je serai en Allemagne. Je quitte la France, mon pays qui m’a pourtant copieusement sifflé. C’était quelques jours plus tôt au Stade de France face au Mexique. À la 52ème minute, je remplace Zidane qui joue sa 100eme sélection. Cadeau empoisonné. Le public attendait Ribéry et c’est moi qu’on sort du banc. Je n’ai pas apprécié l’accueil. J’ai mal joué. Le retour au château de Clairefontaine a été pénible. Je vais m’en remettre.

Je suis français et j’aime la France. 

Je suis soulagé et heureux. 

Je suis dans l’avion direction l’Allemagne. Enfin tranquille, loin de ces sifflets qui sonnent encore dans ma tête. C’est pour la vie.

On atterrit sous un soleil de plomb. Momo de la sécurité n’est pas loin avec son petit sac à dos. Je me suis toujours demandé ce qu’il y avait dans ce sac. Du Cacolac ou un FAMAS !?

On entre dans le bus direction Hamelin, le village qui nous accueille. Hamelin ou Hameln ? Un village proche de Hanovre. Je ne sais même pas où c’est Hanovre moi. Je m’en moque à vrai dire. Je vérifierai un jour… Google ne marche pas encore sur mon Motorola.

Je suis français et j’aime la France

Je sais juste que c’est ailleurs, loin du Stade de France et de ses sifflets. Dans l’avion, on m’a raconté que le village a été sauvé de la peste à une époque et que la mascotte de la ville est un rat. Ah bon ? OK ! Jolie histoire, mais moi Vikash Dhorasoo, je suis là pour gagner la Coupe du Monde. 

Le bus s’arrête. On descend et on entre dans le gymnase du village. Tout est bleu, blanc, rouge. Tout est fait pour qu’on se sente bien, qu’on se sente chez nous, qu’on se sente en France. 

Nous sommes l’Équipe de France de football. Ils sont tous blonds, blondes. Ils sont blancs et blanches et nous on est presque tous noirs ou arabes. La scène est irréelle. Je regarde Makelele, Vieira, Zizou, Sagnol… On commence à se marrer, limite gênés et en même temps tellement fiers.

 

Je suis français et j’aime la France

On remonte dans le bus, direction notre lieu de résidence. Je prends ma clé de chambre. Je récupère mes bagages. Je suis pas loin de Barthez et Sagnol. En face, il y a Boumsong et Govou. 

Je commence à m’installer. C’est cool. J’investis ce lieu impersonnel. Je me mets à la fenêtre et j’observe. C’est la campagne. 

Aucun bruit, des vaches et un golf pour décor. 

J’aperçois les gars du GIGN qui nous protège au cas où on serait victime d’un attentat. 

C’est l’heure du premier déjeuner. Obligatoire celui là. Ce n’est pas toujours le cas. Je fais vite pour ne pas être en retard et ne pas prendre d’amende. 

J’arrive, je m’assois entre Trezeguet et Chimbonda. Ca sera ma place à table.  Je me sens pas trop mal. 

La Coupe du Monde peut maintenant démarrer.  


Je suis français et j’aime la France.

Vikash Dhorasoo

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